‹ Pasteur, 1822-1922Chapitre 7 sur 12 · MAILLOT · texte numérisé non relu

MAILLOT

PASTi-:uii ilirle une note sur les vers à soie à Mihhnne Pasieiir, Por.l-Gisquet I8G7

quelques brocards dans la population un peu narquoise de la petite ville.

Ah ! qu'on était plus tranquille et mieux installé dans le domaine du Pont-Gisquet, près d'Alais, dont M. Pasteur avait fait son centre de recherches sur la maladie des vers à soie. Des ombrages, de l'eau, une orangerie qui faisait un admirable laboratoire, des magnaneries pour les expériences pratiques, des mûriers dans la propriété, une maison d'habitation vaste, propre et commode, où on faisait ménage en commun, tout cela a bien contribué au succès des études, à l'entrain et à la bonne santé des travailleurs et de leur chef. Mais la conquête de cet Eden ne s'était pas faite sans peine : la mission avait été trop improvisée pour avoir, dès le début, toutes ses aises. La première année, M. Pasteur était parti seul, après s'être hâtivement fait montrer par notre camarade, le P. Legouis, alors préparateur d'histoire naturelle, les détails généraux de l'organisation d'un ver blanc. On n'avait pas de vers à soie sous la main, et il fallait pourtant bien savoir comment étaient faits, en gros, les êtres dont on allait entreprendre la guérison. M. Pasteur était donc tout ce qu'il y a de plus improvisé comme éducateur de vers à soie, au moment de son départ pour le Midi, ce qui ne l'empêcha pas de revenir, moins de trois semaines après, ayant conquis l'idée directrice de ses futures recherches.

L'année suivante, il était reparti pour Alais avec Gernez et Maillot ; pendant les premiers temps, la mission avait dû se contenter de la vie d'hôtel pour le vivre et le couvert, et, pour les expériences, d'une installation plus que sommaire chez un sériciculteur voisin de la ville. On mangeait mal, on dormait peu, on travaillait péniblement, et cela dura jusqu'au jour où l'ami Gernez profita d'un dimanche pour faire une tournée aux environs d'Alais, avec l'idée d'y découvrir quelque chose de plus confortable. La Providence des savants, ou plutôt celle des vers à soie, le conduisit en face du Pont-Gisquet, qui lui sembla un paradis, vu au travers des grilles. Mais ce

paradis ne semblait pas à louer, et la grille ne s'ouvrait pas, malgré les appels réitérés et les coups de sonnette. C'est que le propriétaire était absent, et que tout était aux soins d'un jardinier, ami de son repos, qui fit un accueil plus que froid à Gernez, lorsque celui-ci, fatigué de sonner en vain, se fut décidé à franchir une muraille. Violenti rapiunt illud ! Gernez fit si bien qu'il emporta l'assentiment du jardinier, puis celui du propriétaire, et qu'on pouvait s'installer, huit jours après, dans le domaine charmant que depuis on n'a pas quitté.

M. Pasteur a pris soin de rappeler lui-même, à la fin de ses études sur les maladies des vers à soie, les bons jours qu'il y avait passés ; il a bien voulu aussi remercier de leurs soins et de leur zèle les préparateurs qui l'y avaient accompagné et secondé. Etant celui qui y a passé le moins de temps, je peux parler de ce qu'ont fait les autres : Raulin, Maillot, surtout Gernez. Je ne crois pas qu'il y ait eu jamais, réunie autour d'un chef, une communauté plus unie et plus laborieuse. Nous n'étions pas, cela va sans dire, la pensée qui imaginait, car M. Pasteur était encore, à cette époque, un travailleur secret, gardant pour lui ses idées et se^ projets. Mais on les devinait, ou on croyait les deviner, et cela suffisait pour donner du piquant et de l'intérêt aux milliers d'observations microscopiques qui nous prenaient nos journées. Et les expériences ! et la surveillance des éducations d'essai! et les préoccupations au sujet de l'intervention sans cesse imminente des souris, qui préféraient les vers à soie aux plus succulents appâts ! et la cueillette fiévreuse de la feuille de mûrier, quand la pluie était menaçante ! Tout le monde s'y mettait : Mme Pasteur, ses enfants, les préparateurs, les magnanarelles, tout le monde, même le revêche jardinier, qui n'avait pas tardé à être avec nous contre lui-même et à travailler aussi pour son pays.

En dépit de tous ces secours et de cet entrain, la besogne était rude, et M. Pasteur, qui, en plus que nous, avait la préoccupation de ses recherches, emporta de sa

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campagne de 1868 et des nombreuses courses qu'il avait dû faire au soleil, pour aller visiter les magnaneries où on avait appliqué sa méthode, un état de souffrance qui aboutit à une congestion cérébrale au mois d'octobre de la même année. En 1869, à peine guéri, et encore impotent, il dut aller s'installer provisoirement à Saint-Hippolyte-du-Fort, où nous retrouvâmes le régime de l'auberge et de la table d'hôte. On y était très mal ; mais on put heureusement rentrer bientôt au Pont-Gisquet. En 1870, nouvelle installation, cette fois à la Villa Vicentina, près de Trieste, pour y suivre l'application pratique des découvertes faites les années précédentes. J'ai l'air d'être très éloigné de mon sujet : j'en suis tout près, car toutes ces installations, en dehors de Paris, n'étaient que des villégiatures du laboratoire de l'Ecole Normale, d'où tout partait, personnel et matériel, où tout revenait, et qui se transformait suivant les sujets d'étude. Nous sommes arrivés au moment où la bière allait y faire son apparition.

L'origine des études sur ce sujet est peut-être un peu fortuite. En 1S71, le siège de Paris et la Commune ayant empêché M. Pasteur de rentrer dans son laboratoire, il voulut bien accepter l'hospitalité du mien à Clermont- Ferrand. Il avait toujours conservé Tespoir de revenir à l'étude des fermentations. L'occasion était favorable : l'Ecole de Médecine voulut bien nous prêter un laboratoire moins encombré que celui de la Faculté des Sciences, et c'est là, et dans l'accueillante brasserie de M. Kuhn, à Chamalières, que M. Pasteur commença ses études sur la bière.

Ces études, mi-partie scientifiques et industrielles, exigeaient, pour être poursuivies à Paris, une transformation complète du laboratoire : il fallait le doubler d'une petite brasserie. Heureusement, on disposait pour cela d'un local nouveau, dont la construction, commencée en 1868 avant la maladie de M. Pasteur, et bien discourtoisement interrompue dès qu'on l'avait su dans son lit, venait d'être terminée. Il y avait une grande

salle de travail, qui est celle où M. Edelfelt a représenté M. Pasteur, un cabinet presque luxueux, et de vastes sous-sols où il fut facile d'aménager une chaudière à cuire et des cuves de termentation. Les essais chimiques se faisaient au laboratoire. Constructions nouvelles et usages nouveaux, tout cela avait un peu changé la physionomie des lieux et l'atmosphère qu'on y respirait. C'était encore, cela va sans dire, le même travail obstiné, persévérant et fécond, car le maître était toujours le même; mais c'étaient aussi les agréables parfums de la bière en ébullition, et un joyeux carillon de verres et de bouteilles les jours de dégustation, dans ces séances familières où Bertin apportait, avec sa parfaite compétence de buveur de bière, son jovial entrain et son bon rire, qui trouvait le moyen d'être à la fois gros et fm.

A cette première transformation devait bientôt succéder une évolution nouvelle. Depuis longtemps M. Pasteur se trouvait entraîné vers l'étude des problèmes de la vie. Déjà, en 1862, j'avais eu à l'accompagner souvent dans les salles du Val-de-Grâce, où il avait commencé des recherches sur la purulence et la gangrène; je puis affirmer qu'il avait déjà à ce moment le pressentiment ;du continent nouveau qu'il devait découvrir et féconder. /Mais comment l'aborder sans connaissances médicales / spéciales, et, ce qui est plus grave aux yeux de certaines \ gens, sans bouton de cristal et sans diplômes? Comment j faire de la médecine sans être médecin? « Allons de 'l'avant, se dit sans doute M. Pasteur; il n'y a pas de [ méthode spéciale aux choses de la médecine : il n'y \ a qu'une méthode, et, quand elle est bonne, elle peut ' s'appliquer à tout. Jusqu'ici la mienne ne m'a pas trop mal servi, et quand on est à peu près sûr de sa lanterne, il n'y a pas d'obscurité où on ne puisse se lancer. Tâchons de faire de bonnes choses : j'aurai pour moi les bons esprits, et je laisserai, ou plutôt je tâcherai de laisser crier les autres ».

Il fallait seulement changer d'outillage ; mais ce fut bientôt fait. La petite brasserie céda la place à un petit

hôpital qui fut, comme les grands, menacé d'encombrement à mesure que s'augmentait le nombre des maladies étudiées au laboratoire. Car, à l'usage, la méthode s'était trouvée bonne, et les découvertes s'accumulaient. Une fièvre joyeuse s'était emparée de tout le monde, même du maître, qui à aucune époque de sa vie n'avait été, quand les choses marchaient bien, plus animé et plus expansif. Il n'avait plus de préparateurs : il avait maintenant des collaborateurs qui s'appelaient Joubert, Chamberland, Roux, Wasserzug, qu'une scarlatine emporta plein d'avenir, et ce pauvre Thuillier, mort du choléra en Egypte. Et tous ces efforts combinés aboutissaient au vaccin du choléra des poules, puis, l'année suivante, à celui du charbon et à la fameuse expérience de Pouilly-le- Fort, puis enfin à celui du rouget, qui devait précéder de peu la découverte de la vaccination antirabique.

C'est là que commence ce qu'on pourrait appeler la période de vie publique de M. Pasteur, celle où ses résultats, confinés jusque-là dans le monde des savants et des industriels, ont enfin frappé les yeux et les oreilles de tous : c'est là aussi que nous devons l'abandonner. Assez d'autres ont dépeint l'étrange spectacle que présentaient le laboratoire et la cour qui l'avoisinait, au moment où s'y pressait la foule bigarrée et polyglotte des mordus venant demander à la science la fin de leurs appréhensions et la sécurité du lendemain. Ce qu'on n'a peut-être pas assez dit, en revanche, c'est la contagion de confiance qui envahissait tous les nouveaux venus, dès les premiers jours de leur arrivée, et en faisait des croyants dont la foi collaborait à la guérison.

Laboratoire et cabinet d'inoculations devinrent bientôt trop étroits ; il fallut se résoudre à quitter la maison hospitalière de la rue d'Ulm, pour s'installer sur un terrain plus vaste emprunté à l'ancien collège Rollin, et c'est pendant qu'on était ainsi campé que s'ouvrit et se ferma la souscription internationale qui aboutit à la création 'eT'à la dotation de l'Institut Pasteur,

Ainsi, au début, un pauvre petit laboratoire, se déro-

bant sous les combles à l'œil inquiet de l'administration, et, à la fin, un vaste édifice, portant avec orgueil, à son fronton, le nom de celui pour lequel il a été érigé, voilà le spectacle suggestif auquel nous a fait assister cette courte évocation de la carrière de M. Pasteur. En décrivant les agrandissements successifs du laboratoire, nous avons rencontré, sans les chercher, les agrandissements successifs de l'homme et du savant. Je voudrais avoir mis quelque chose de plus dans ces pages, y avoir fait passer un reflet de la flamme qui illuminait le temple, un souffle de l'air vivifiant et généreux qu'on y respirait.

Par le Docteur Roux.

L'œuvre médicale de Pasteur commence avec l'étude des fermentations. De tout temps on a rapproché les fermentations des maladies infectieuses et regardé virus et ferments comme de même nature. Mais entre la fermentation et la maladie il y a cette différence que le milieu fermentescible est inerte, que nous pouvons le composer à notre gré, avec des matériaux définis et pesés, tandis que le corps de l'animal infecté est vivant et d'une complexité jusqu'ici impossible à pénétrer. Aussi l'étude de la fermentation est-elle plus facile que celle de la maladie infectieuse et devait-elle la précéder.

Les diverses doctrines sur l'origine de la vie se sont toujours heurtées à propos des fermentations. Aucune autre question n'a plus excité les passions philosophiques et religieuses que celle des ferments, çe gui^^on^ravouera, n'était p^s pour en diminuer l'obscurité. Pasteur comprit que, sur un semblable sujet, il ne devait rien avancer qui ne reposât sur des preuves parfaites, et, dès le début, il s'astreignit à une méthode scientifique qui résout cha?que difficulté par une expérience simple à interpréter et en même temps si décisive qu'elle satisfait l'esprit comme une démonstration géométrique.

C'est donc à propos des fermentations que se sont

I. Reproduction d'un article paru dans V Agenda du chimiste, 1896.

livrées, de 1857 à 1865, les grandes luttes pour les principes d'où est sortie triomphante la doctrine des germes. Pasteur avait déjà révolutionné la médecine avant d'avoir entrepris l'étude d'aucune maladie. Chacune des propositions fondamenlales établies pour les fermentations s'applique avec la même exactitude aux maladies infectieuses; en effet :

Le virus est un être vivant comme le ferment. Tous deux sont des microbes, comme on dit aujourd'hui.

Le virus en se multipliant dans le corps cause la maladie infectieuse, comme le ferment pullulant dans le milieu fermentescible produit la fermentation.

A chaque maladie infectieuse correspond un virus spécifique, comme à chaque fermentation un ferment particulier.

La maladie virulente n'est pas spontanée, non plus que la fermentation. Le virus vient du dehors, et par conséquent la contagion peut être évitée.

L'extension aux maladies des notions acquises dans

/ les fermentations amena un progrès inouï. La chirurgie,

I dont les interventions provoquaient si souvent des

s^ infections redoutables, devint désormais bienfaisante.

/ Eclairé par les expériences de Pasteur, Lister comprend

\ que les complications des plaies sont dues aux germes

microbiens venus du dehors et il imagine les pansements

antiseptiques. Avec 1/antisepsie coiBLmencent les temps

\ nouveaux de la chirurgie. C'est grâce à une expérience

15îënTaite sur la fermentationque Testeur, qui de sa vie

ri*aTëhù un bistouri, ni fait un pansement, a sauvé plus

de blessés que tous.les inaîtres de la chirurgie .i'^^"*'""

Ces travaux de Pasteur sur les fermentatiofïs'ont donné à la médecine non seulement une doctrine, mais aussi une méthode de recherches et une technique d'une merveilleuse puissance.

Pour étudier une fermentation, Pasteur prépare d'abord un milieu fermentescible ^«r, c'est-à-dire qui ne renferme aucun être vivant. Il l'obtient dans ces conditions en le stérilisant par la chaleur. Ainsi chauffé, ce milieu nutritif

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se conserverait inaltéré indéfiniment. PasteurTensemence alors avec une trace du ferment à l'état de pureté^ c'està-dire ne contenant aucun autre organisme microscopique qui, en se développant concurremment, fausserait le résultat de l'expérience. Cette nécessité des cultures pures s'est imposée à Pasteur dès le début de ses travaux et a provoqué les inventions les plus ingénieuses. En effet, pour réussir une culture pure, que de difficultés à surmonter! Comment préparer des infusions organiques stériles, si on ne sait pas pourquoi celles-ci finissent toujours par s'altérer dans les conditions ordinaires? C'est dans les célèbres mémoires sur les corpuscules organisés de l'atmosphère et sur les générations spontanées que Pasteur a débrouillé les causes de l'altération des infusions organiques, et fondé la méthode féconde des cultures microbiennes.

Nous conservons pieusement, à l'Institut Pasteur, quelques ballons renfermant des liquides fermentescibles préparés en 1860 par Pasteur lui-même, pour la Commission de l'Académie des Sciences devant laquelle il avait appelé ses contradicteurs. On lit encore sur leur étiquette jaunie la signature de l'illustre chimiste Balard, rapporteur de la Commission. Après trente-cinq ans, ces liquides sont clairs comme au premier jour, et ils attestent la sûreté des méthodes pastoriennes.

La culture des microbes-ferments a conduit à la culture des juLçrobes-virus. Ceux-cjj^^j)ensait-onj ne. .se forment que dans la matière vivante, car ils procèdent d'elle par voie d'altération chimique. La doctrine nouvelle, au contraire, regardait les virus comme des parasites, développés dans le corps des animaux malades, et capables sans doute d'une vie indépendante. Les procédés qui avaient réussi pour les ferments permirent aussi la culture des virus, en dehors de l'organisme, dans des milieux artificiels, où ils pullulent en générations successives, sans cesser d'être meurtriers pour l'homme et les animaux. La culture des virus, dans des tubes de verre, en milieu nutritif défini, et au gré de l'expérimentateur

qui devient comme un jardinier de plantes microscopiques pathogènes, constitue le merveilleux moyen d'investigation qui va tout renouveler.

Ainsi préparé par l'étude des ferments, armé d'une technique d'une incomparable sûreté, il semble que Pasteur n'ait plus qu'à aborder les maladies contagieuses. Ses pensées, en effet, se reportent sans cesse sur ce sujet; mais il n'est pas médecin et il n'ose avancer sur le terrain réservé de la pathologie. C'est malgré lui qu'il y entre en 1865. Il fallut toute l'influence que Dumas avait sur lui pour Vy décider; après bien des résistances. Pasteur, qui" tfavait jamais disséqué un invertébré, ni même touché à un ver à soie, partit accompagné de ses fidèles préparateurs de l'Ecole Normale^ MM. Duclaux, Gernez, Raulin et Maillot, pour étudier la maladie qui désolait les magnaneries du Midi de la France, et qui s'était étendue à tous les pays séricicoles. Une fois ses hésitations surmontées. Pasteur se met à l'œuvre avec une ardeur qui finira par compromettre sa santé.

Depuis longtemps, Cornalia et d'autres savants, après lui, avaient constaté dans les vers malades de petits corpuscules ovalaires visibles au microscope. Mais, de cette observation, personne n'avait rien tiré en vue d'éviter la maladie ou de la guérir. Pasteur s'attache à ces corpuscules, ils sont pour lui le parasite cause du mal. Il les voit dans le ver malade, les suit dans la chrysalide, dans le papillon, et aussi dans les œufs que celui-ci vient de pondre. C'est donc la transmission directe des corpuscules du papillon à la graine qui rend la maladie héréditaire. Pour obtenir une graine saine, il suffira de séparer les pontes de chaque femelle et de conserver seulement les œufs qui proviennent de papillons exempts de corpuscules. L'observation exacte des faits conduit, comme nécessairement, aux procédés du grainage cellulaire qui ont sauvé la sériciculture.

Mais ces vers nés d'œufs sains pourront devenir malades s'ils sont élevés dans des locaux infectés, car l'affection est contagieuse. Elle est contagieuse parce que

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les corpuscules passent dans les déjections des malades et pénètrent avec les aliments dans le tube digestif des vers sains, ou s'introduisent dans leur corps par les éraillures de la peau. Pasteur, dans maintes expériences, réalise la contagion au moyen de repas artificiellement contaminés.

• Que d'enseignements pour la médecine humaine dans cette étude sur la maladie des vers à soie! Celle-ci n'était ni moins mystérieuse dans sa cause et dans son extension que les maladies infectieuses de l'homme; comme plusieurs d'entre elles, elle est héréditaire et pour l'expliquer on n'avait pas manqué d'invoquer le génie épidémique, l'idiosyncrasie des sujets, etc.. Sans rien connaître de toutes ces doctrines, un chimiste, qui sait regarder au microscope et faire des expériences, montre que tout se réduit à un parasite transmis par les malades aux sujets sains et par les parents aux descendants. Le mystère de la contagion et de l'hérédité est ainsi expliqué.

La maladie de la pébrine n'est pas la seule qui sévisse sur les vers à soie : on confond souvent avec elle une autre affection, la flacherie. Pasteur découvre que cette dernière est due à la fermentation de la feuille de mûrier dans le tube digestif du ver. Les agents de cette fermentation sont des microbes, un vibrion et un organisme dont les articles arrondis sont réunis en chapelet. Les déjections des malades transmettent la maladie, qui a la plus grande analogie avec certaines affections contagieuses de l'homme, siégeant aussi dans l'intestin. Le mal n'est pas héréditaire, mais il persiste, dans les magnaneries, d'une année à l'autre, quoique la graine qu'on y élève soit exempte des germes de l'affection. Cela tient à ce que les vibrions de la flacherie se conservent dans les poussières sèches. Ces vibrions produisent dans leur intérieur des corpuscules brillants semblables à ceux déjà vus par Pasteur, en 1860, dans le vibrion butyrique. Ces corpuscules sont les graines du vibrion ; d'une incroyable résistance à la chaleur et à la dessiccation, elles

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perpétuent l'espèce; nous les appelons aujourd'hui des spores. C'est le premier exemple d'une spore chez un microbe pathogène, et le rôle de cette production si résistante dans la transmission à longue échéance des maladies n'a pas échappé à Pasteur,

Le livre sur les maladies des vers à soie est le véritable guide de celui qui veut étudier les maladies contagieuses. Cependant combien peu de médecins l'avaient lu en 1876 ! Pasteurne manquaitpas de dire à ceux qui entraient à son laboratoire et qu'il prenait pour collaborateurs : « Lisez les études sur les vers à soie; cela sera, je crois, une bonne préparation aux travaux que nous allons entreprendre. »

Les désastres de la guerre de 1870 frappèrent douloureusement Pasteur, et c'est dans une pensée patriotique qu'il s'occupa de l'industrie de la bière, où l'Allemagne était jusqu'ici sans rivale. Ses « études sur la bière » ont fait de la brasserie une industrie scientifique; mais leur portée dépasse de beaucoup ce que le titre fait prévoir. Les chapitres sur l'origine des ferments, sur la vie sans air et la fermentation, les maladies de la bière, sont remplis d'idées générales nouvelles, aussi suggestives pour le biologiste et le médecin qu'elles sont utiles pour le brasseur *.

Cependant les doctrines pastoriennes pénètrent peu à peu dans la médecine; les succès de Lister et de ses élèves entraînent les convictions et, de plus en plus, des audacieux décrivent des microbes dans les maladies infectieuses.

Avec quelle attention Pasteur suit ces premiers travaux! Ils le réjouissent et le mécontentent à la fois : ces expériences de médecins lui paraissent souvent défectueuses, les méthodes lui semblent insuffisantes et les preuves sans rigueur, propres plutôt à compromettre la bonne cause qu'à la servir. Bientôt il n'y tient plus et résolument il se met lui aussi à l'étude du charbon.

I. Pasteur a été aidé dans ses études sur la bière par MM. Gayon, Grenet et Calmettes.

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Rayer et Davaine avaient décrit, en 1850, dans le sang des moutons qui meurent du charbon, de petits bâtonnets transparents et immobiles. Après une lecture du mémoire de Pasteur sur la fermentation butyrique, Davaine, en 1863, reconnaît que ces bâtonnets sont des microbes parasites qui constituent le virus inoculable de la maladie : il leur donne le nom de bactéridie charbonneuse. Ensuite le docteur Koch (devenu si célèbre depuis) voit la bactéridie se multiplier en dehors de l'organisme, A dans les gouttes d'humeur aqueuse recueillies dans l'œill de lapins; il réalise jusqu'à huit cultures successives. Les bactéridies de cette huitième génération, inoculées aux animaux, leur donnent le charbon mortel.

Nous ne comprenons guère aujourd'hui comment, après ces expériences, on pouvait contester que la bactéridie fût la cause du charbon. Mais en 1876 les esprits n'étaient pas préparés à l'idée que les virus sont des microbes parasites. Pour la plupart des médecins, les/ bactéridies n'étaient qu'un' accessoire de la maladie. «^TT"ahs le sang charbonneux, disaient-ils, les bâtonnets' de Davaine n'existent pas seuls : à côté d'eux il y a des'\ globules et le plasma qui renferme le véritable virus amorphe; les cultures du docteur Koch ne suffisent pas non plus à nous convaincre. Dans la goutte d'humeur aqueuse qu'il ensemence avec du sang charbonneux, en même temps que les bactéridies, M. Koch apporte le virus contenu dans le plasma, et les ensemencements successifs qu'il pratique dans les gouttes de liquide aboutissent simplement à une dilution de ce virus. Or, ne savons-nous pas que le propre des virus est d'agir à dose infiniment petite et qu'on peut les diluer prodigieusement sans éteindre leur activité?» A l'époque où elles , étaient faites, ces objections^ jparais^îént pleines de | forcée ' " "'"^

Tel était l'état de la question quand Pasteur l'aborda. Lui aussi, il fait des cultures de la bactéridie; mais, au lieu d'ensemencer le sang charbonneux dans une goutte de milieu nutritif, il le porte d'emblée dans un ballon

qui renferme des centaines de centimètres cubes d'une infusion organique où la bactéridie pullule en quelques heures. Avec une trace de cette première culture il en ensemence une seconde et poursuit ainsi jusqu'à la vingtième, jusqu'à la centième génération. Une gouttelette de cette centième culture donne le charbon aussi sûrement que le sang d'un mouton charbonneux. Ici on ne peut plus invoquer la dilution du virus; la gouttelette primitive a été noyée dans des océans; qu'en reste-t-il dans cette centième culture, mortelle cependant aux doses les plus minimes? Le virus s'est donc reproduit^ il est donc un être vivant, il ne peut être que cette bactéridie qui existe seule dans les ballons de culture. C'est bien elle qui tue, et non les substances chimiques qui l'accompagnent. Plaçons, en effet, un de ces vases qui la renferme dans un lieu à température assez basse et constante, dans les caves de l'Observatoire comme l'a fait Pasteur : toutes les bactéridies en suspension tombent bientôt sur le fond du vase. Le liquide clair qui surnage, injecté aux animaux, même en grande quantité, ne les rend pas malades, tandis qu'une parcelle du dépôt bactéridien introduit dans leur corps les fait périr du charbon. Ces démonstrations si simples n'étaient possibles qu'avec une technique parfaite. Pasteur et son collaborateur M. Joubert disposaient de celle qui avait si bien réussi pour les fermentations. Il ne leur est pas plus difficile de préparer un hectolitre d'un milieu nutritif stérile que d'en obtenir quelques centimètres cubes. Leurs procédés sont si sûrs que, dans cette longue suite de cultures, la bactéridie reste pure, sans qu'aucune erreur puisse faire suspecter le résultat.

Si la bactéridie est la cause du charbon, ses propriétés doivent rendre compte de l'étiologie de la maladie, Davaine avait bien compris que les notions nouvelles ne seraient définitivement victorieuses que si elles expliquaient comment les animaux prennent le charbon dans les champs, comment ils y rencontrent la bactéridie, comment celle-ci pénètre en eux et enfin pourquoi cer-

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tains territoires sont ravagés, tandis que d'autres, tout proches, sont épargnés par le mal? Le rôle prépondérant que Davaine attribuait dans la propagation de la maladie aux mouches qui viennent se poser sur les cadavres charbonneux laissait sans explication les circonstances les plus caractéristiques des épidémies. Ses adversaires le lui firent bien voir : « Votre théorie n'explique pas tout, disaient-ils; elle est insuffisante ». Il manquait à Davaine une connaissance sans laquelle l'étiologie du charbon reste incompréhensible, celle de la spore charbonneuse. La spore du charbon fut découverte par M. Koch, qui la vit se former dans les filaments bactéridiens cultivés au contact de l'air. Cette spore résiste à la dessiccation, à la chaleur et à la plupart des agents qui font périr la bactéridie en bâtonnets. Elle est la forme de résistance du microbe et perpétue l'espèce.

Pour Pasteur, elle perpétue aussi la maladie dans les pays à charbon. N'a-t-il pas vu déjà les corpusculesgermes du vibrion de la flacherie se conserver dans les poussières des magnaneries et entretenir la maladie d'une année à l'autre? D'abord par des expériences de laboratoire il montre que les moutons qui mangent des spores avec leur nourriture prennent le charbon et présentent les symptômes et les lésions de la maladie naturelle.

Cette spore charbonneuse doit donc exister sur les territoires charbonneux, il faut ïy mettre en évidence. Ce n'était pas une entreprise facile que d'isoler quelques spores de charbon au milieu des milliards de microbes contenus dans chaque parcelle de terre cultivée; on y réussit cependant, en mettant à profit la propriété que possède la spore charbonneuse de supporter une température de 80-90 degrés qui tue la majeure partie des microbes du sol. De la terre de Beauce, pays classique du charbon, est mise en suspension dans l'eau; les particules les plus fines sont recueillies, chauffées à 80 degrés et inoculées à des cobayes : quelques-uns meurent du charbon. Il est donc certain que les moutons beaucerons

trouvent les germes du charbon dans la terre des pâtures. Mais d'où viennent ces germes? Des cadavres charbonneux que les bergers, suivant la coutume, dépècent et enfouissent en plein champ, là même où est tombée la bête malade. Les bactéridies filamenteuses, innombrables dans le sang, se répandent avec lui dans la terre aérée des fosses et, grâce à la chaleur de l'été, y forment rapidement leurs spores.

De tous ces faits découle une prophylaxie très simple du charbon. Ne plus enfouir dans les champs les cadavres charbonneux, mais les détruire ou les enterrer dans des clos réservés. Le sol des pâtures, n'étant plus approvisionné de spores, cessera d'être dangereux.

C'est ce que Pasteur ne cessait de dire aux cultivateurs de Beauce, chez qui il allait observer et expérimenter. Car cette étiologie du charbon a été établie en plein territoire charbonneux, au milieu des bergers et des troupeaux. Ce qui n'empêchait pas les contradicteurs d'accuser Pasteur de n'être qu'un savant de laboratoire, de ne voir les choses qu'à travers ses cornues et ses bouillons et non telles qu'elles sont dans la nature et dans la pratique.

Pendant plusieurs années de suite, à la fin de juillet, le laboratoire de la rue d'Ulm était abandonné pour Chartres. Chamberland et moi, nous nous y installions à demeure, en compagnie d'un jeune vétérinaire, M. Vinsot. Nous y trouvions comme guide M. Boutet, qui connaissait son pays charbonneux mieux que personne, et nous nous rencontrions parfois avec M. Toussaint, qui étudiait le même sujet que nous. Chaque semaine. Pasteur venait donner la direction et suivre les travaux. Quels bons souvenirs nous ont laissés ces campagnes contre le charbon en pays chartrain! Dès le grand matin, visites aux parcs de moutons épars sur ce vaste plateau de la Beauce resplendissant sous le soleil d'août, autopsies pratiquées au clos d'équarrissage de Sours, chez M. Rabourdin, ou dans la cour des fermes ; après midi, tenue du cahier d'expériences, lettres à Pas-

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teur, mise en train des expériences nouvelles. La journée jtait bien remplie, et combien était intéressante et salutaire cette bactériologie en plein air!

Les jours où Pasteur venait à Chartres, le déjeuner à l'hôtel de France ne durait guère; vite en voiture pour aller à Saint-Germain chez M. Maunoury, qui avait bien voulu mettre sa ferme et son troupeau à notre disposition. Pendant le trajet, on parlait des essais delà semaine et de ceux à entreprendre. Aussitôt quil avait mis pied à terre, M. Pasteur, plein de hâte, se rendait aux parcs; immobile près des barrières, il regardait les lots en expérience avec cette attention soutenue à laquelle rien n'échappait; des heures durant, il suivait des yeux un mouton qu'il croyait malade: il fallait lui rappeler l'heure et lui montrer que les flèches de la cathédrale de Chartres commençaient à s'effacer dans la nuit pour le décider à partir. Il interrogeait fermier et serviteurs, et tenait toujours compte de l'opinion des bergers, qui, à cause de leur vie solitaire, donnent toute leur attention à leur troupeau et deviennent souvent des observateurs sagaces.

Aucun fait ne semblait insignifiant à Pasteur; des choses les plus minces en apparence il savait tirer des indications inattendues. L'idée originale du rôle des vers de terre dans la propagation du charbon est née ainsi, au cours d'une promenade dans un champ de la ferme de Saint-Germain. La moisson était faite, il ne restait plus que les chaumes. L'attention de Pasteur fut attirée sur une portion du champ à cause de la teinte différente de la terre; M. Maunoury expliqua que, l'année précédente, on avait enfoui à cet endroit des moutons morts duj charbon. Pasteur, qui examinait toujours les choses de( près, remarqua, à la surface du sol, une multitude dei ces petits tortillons de terre que rejettent les vers. L'idée lui vint alors que, dans leurs voyages continuels de la profondeur à la surface, les vers apportaient sur le sol la terre riche en humus qui entoure le cadavre et, avec elle, les spores charbonneuses qu'elle contient. Ce qui

explique pourquoi les germes de la maladie persistent si longtemps dans les champs : alors que tant de causes tendent à les faire disparaître, ils sont entretenus à la surface des fosses par les apports incessants de la terre profonde. Pasteur ne s'arrêtaitjamais aux conceptions, il passait tout de suite âTexpérience. Celle-ci justifia les prévisions. Il me souvient entre autres d'une démonstration faite devant Villemin, Davaine et Bouley. Ce dernier avait pris soin de faire venir des vers ramassés dans la terre d'une fosse où l'on avait mis des cadavres charbonneux, plusieurs années auparavant. La terre contenue dans l'intestin d'un des vers, inoculée à des cobayes, leur donna le charbon.

Ces recherches sur l'étiologie du charbon resteront comme un modèle. Jamais jusqu'ici la médecine n'avait connu une semblable perfection dans les expériences, une pareille rigueur dans les déductions et une telle sûreté dans les applications. Pasteur sentait bien que la bataille décisive était engagée et il ne négligeait rien pour s'assurer la victoire. Non content d'appuyer tout ce qu'il avance de preuves irrésistibles, il ne veut rien laisser d'obscur dans les travaux des autres; il reprend un à un les faits qui semblent opposés à sa doctrine, il montre que, sainement interprétés, ils la confirment, et ce travail de contrôle lui donne l'occasion de découvertes nouvelles.

C'est ainsi qu'il revient sur les expériences par lesquelles MM. Jaillard et Leplat avaient un moment menacé les conclusions de Davaine. Désireux d'étudier le charbon, ces expérimentateurs avaient demandé du virus à Chartres. On leur envoie le sang d'une vache charbonneuse, ils l'inoculent à des lapins qui meurent sans bactéridies dans le sang, et cependant celui-ci inoculé à d'autres lapins les fait périr. Ils concluent que la bactérie n'est pas le véritable virus du charbon, puisque la maladie peut exister sans elle. Davaine, examinant ces faits, reconnaît que les animaux de MM. Jaillard et Leplat n'ont pas succombé au charbon, mais à une autre affec-

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tion. La conclusion de Davaine est parfaitement juste, elle ne dissipe pas toutes les obscurités, car elle n'explique pas comment du sang charbonneux inoculé a pu causer une maladie qui n'est pas le charbon. Pasteur, aidé de MM. Joubert et Chamberland, va nous dire ce qui s'est passé dans les expériences de MM. Jaillard et Leplat et du même coup nous révéler des faits inattendus de la plus haute portée. Lorsqu'un animal, mouton ou vache, est frappé du charbon, son sang recueilli au moment de la mort fourmille de bactéridies et donne sûrement le charbon aux animaux auxquels on l'inocule. Mais déjà après quelques heures, surtout dans les chaleurs de l'été, la putréfaction s'établit, les microbes de l'intestin envahissent les veines profondes et ensuite les autres vaisseaux. A ce moment, le sang ne renferme plus la bactéridie charbonneuse à l'état de pureté, elle y est associée à un autre microbe, à un vibrion mobile, qui est toujours le premier à passer de l'intestin dans les vaisseaux. Ce vibrion est très meurtrier pour les lapins, il les tue plus vite que la bactéridie. Si donc on inocule à un lapin du sang pris sur un cadavre charbonneux quelques heures après la mort, celui-ci reçoit en même temps des bactéridies et du vibrion. Il mourra ou d'une maladie mixte, causée par le développement simultané des deux microbes, ou, le plus souvent, de la septicémie pure, parce que le vibrion, pullulant plus vite que la bactéridie, l'élimine par concurrence vitale. Le vibrion septique pullule surtout dans le péritoine et n'envahit guère la circulation qu'après la mort. Ces particularités nous expliquent comment MM. Jaillard et Leplat, ayant demandé du sang charbonneux à Chartres, ont reçu du sang septique, et pourquoi, dans le sang de leurs animaux, ils n'ont pas vu au microscope les bâtonnets de Davaine, non plus que le vibrion septique qui ne s'y trouve qu'en petite quantité.

Ce vibrion septique est un être anaérobie, comme le vibrion butyrique étudié en 1861 par Pasteur. Il est tué par l'oxygène quand il est à l'état de filament, mais il

donne des germes qui résistent à l'air. Il constitue le pre-

/ mier exemple d'un microbe pathogène anaérobie, et les

• procédés qui ont servi à le cultiver seront plus tard mis

\ en œuvre pour d'autres microbes vivant sans air, tels que

\ ceux du tétanos et du charbon symptomatique.

Cette note, justement célèbre, de MM. Pasteur, Joubert et Chamberland sur la septicémie et le charbon, a introduit dans la science la notion, devenue si importante, des associations microbiennes et aussi l'idée de la bactériothérapie. On y lit, en effet, que, lorsque la bactéridie charbonneuse est inoculée en même temps que certaines bactéries à des animaux, ceux-ci peuvent ne pas prendre le charbon et que cette observation sera peut-être le point de départ d'applications thérapeutiques.

Les expériences de Pasteur n'établissent pas seulement des faits, elles suggèrent surtout des idées. Témoin celles de la poule c harbonneuse, qui ont causé une si grosse querelle avec M. CoUin. Les poules sont absolument réfractairesau charbon. Cependant, MM. Pasteur, Joubert et Chamberland les rendent charbonneuses en abaissant leur température, qui est de 42", jusqu'à 38", par immersion dans l'eau. C'est la condition nécessaire et suffisante pour que la bactéridie inoculée pullule dans le corps de la poule. Inversement, la poule, refroidie et inoculée, revient à la santé si on la réchauffe de nouveau. N'est-ce pas un fait intéressant que cette réceptivité nouvelle créée par un simple refroidissement? Ne donne-t-il pas l'explication du rôle des circonstances en apparence banales dans l'apparition d'une maladie?

Malgré tous ces travaux suivis au laboratoire, Pasteur trouve encore le temps d'aller à l'hôpital recueillir des matériaux pour des recherches nouvelles. Chamberland et moi, nous l'assistons dans ces études. C'est à l'hôpital . Cochin ou à la Maternité que nous allions le plus sou- / vent, transportant dans les salles ou à l'amphithéâtre I nos tubes de culture et nos pipettes stérilisées. On n'imagine pas ce que Pasteur a surmonté de répugnances pour visiter les malades et assister aux autopsies. Sa sensibilité

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était extrême, il souffrait moralement et physiquement des douleurs des autres ; le coup de bistouri qui ouvrait un abcès le faisait tressaillir comme s'il l'avait reçu. La vue des cadavres, la triste besogne des autopsies lui causaient un véritable dégoût. Que^^. fois nous l'avons vu sortir malade d.e ces amphithéâtres d'hôpitaux! Mais son amour de la science, sa curiosité du vrai étaient les plus forts ; il revenait le lendemain.

Dans le pus des abcès chauds et dans celui des furoncles on constate un petit organisme arrondi, disposé en amas, qui cultive facilement dans le bouillon. On le retrouve dans l'ostéomyélite infectieuse des enfants. Pasteur affirme que l'ostéomyélite et le furoncle sont deux formes d'une même maladie et que l'ostéomyélite est le furoncle de l'os. En 1878, cette assertion a fait rire bien des chirurgiens.

Dans les infections puerpérales, le pus de l'utérus, celui du péritoine, les caillots des veines renferment un microbe à grains arrondis, se disposant en files. Cet aspect en chapelet est surtout manifeste dans les cultures. Pasteur n'hésite pas à déclarer que cet organisme microscopique est la cause la plus fréquente des infections chez les femmes accouchées. Un jour, dans une discussion sur la fièvre puerpérale, à l'Académie de Médecine, un de ses collègues les plus écoutés dissertait éloquemment sur les causes des épidémies dans les maternités. Pasteur l'interrompt de sa place : « Ce qui cause l'épi- \ demie, ce n'est rien de tout cela ; c'est î'e mé3~êcîn~'et'son. l'^ersonnei qui transportent le microbe d'une femme nia- \ lacté à une femme saine. >y Et comtïîëTorateur répondait \au'il craignait fort qu'on ne trouvât jamais ce microbe, jpasteur s'élance vers le tableau noir, dessine l'organisme en chapelet de grains en disant : « Tenez, voici sa figure. » Sa conviction était si forte, qu'il ne pouvait s'empêcher de l'exprimer fortement. On ne saurait se rendre compte aujourd'hui de l'état de surprise, de stupéfaction même, dans lequel il mettait médecins et élèves lorsque, à l'hôpital, avec une simplicité et une assurance

l qui paraissaient déconcertantes chez un homme entrant 1 pour la première fois dans un service d'accouchement, \il critiquait les méthodes de pansement et déclarait que nous les jinj^es devmient passer au four à^ stériliser. Bien plus, il émettait la prétention âe pouvoir désigner par l'examen des lochies les femmes qui auraient des accès de fièvre, et il assurait que chez une femme très infectée iljxiêttrait le.jnicrobe en évidence dans le sang. Et Pasteur le faisail; comme il le disait. Malgré la tyrannie de 1 éducation médicale qui pesait alors sur les esprits, quelques élèves étaient entraînés et venaient au laboratoire pour voir de plus près ces méthodes qui permettaient des diagnostics si précis et des pronostics si sûrs.

Pasteur ne donnait jamais de noms botaniques aux microbes qu'il décrivait : il les désignait d'après quelques particularités de leur forme ou de leur culture. Ainsi, le microbe du furoncle était pour lui le microbe en amas de grains, celui de la fièvre puerpérale le microbe en chapelet de grains. Ce sont les mêmes qui, sous les noms plus réguliers de Staphylococcus et de Streptococcns pyogenes^ ont fait dans la bactériologie le beau chemin que l'on sait.

Pasteur est encore un précurseur lorsqu'il entreprend, avec M. Joubert, l'examen bactériologique des eaux, qui depuis a économisé tant de vies humaines.

En général, les maladies infectieuses ne récidivent pas. En est-il de même pour le charbon? Comment le savoir, puisqu'il paraît certain que tout animal charbonneux ne tarde pas à mourir? Cependant, parmi les moutons inoculés dans le cours des expériences faites à Chartres, quelques-uns avaient résisté, tandis que leurs compagnons étaient morts. L'idée vint que peut-être, sur ce territoire de Beauce, si fertile en charbon, ces moutons survivants avaient pris autrefois la maladie et en avaient guéri. Cette première atteinte leur aurait donné l'immunité. Des expériences, entreprises dans un autre but par MM. Pasteur et Chamberland, justifièrent cette hypothèse. Un vétérinaire du Jura avait proposé un remède

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contre le charbon des vaches; pour en vérifier l'efficacité, des vaches furent inoculées; la moitié fut traitée, l'autre moitié conservée comme témoin. Dans chacun des lots il y eut des vaches qui périrent et d'autres qui surv'écurent malgré une maladie très grave. Revenues à la santé, ces dernières supportèrent, sans malaise notable, l'inoculation d'un charbon très virulent qui tua les vaches neuves. La première attaque leur avait donné l'immunité; il est donc possible de rendre les vaches réfractaires au charbon.

Cette question de J.'iromunité,^domm£j o^u des^'nïaïadies infectieuses ; ..Pasteur )'■ était sans cesse "ramené par ses expériences. Il y pensait toujours. La vaccination jennérienne était surtout le sujet de ses méditations. Quel rapport y a-t-il entre la vaccine et la variole? Pourquoi la vaccination jennérienne est-elle restée un fait isolé en médecine ? Nous ignorons la nature du virus variolique et celle du virus-vaccin; mais il y a des virus que nous connaissons mieux, ne pourrait-on pas trouver des vaccins contre eux? Dès notre entrée à "'A son laboratoire, Pasteur nous disait sans cesse, à Cham- "Bérïanetli moi : « ïï faujULmhïuniser contTélês m mT^^tie iï'é'e s ' â o n t nous cnlj^vÔnTle virus. ^""îî^^i££J2|[£] cettè~Tdee7qu e d'expêHehce"s"Tjnj)Ossibles n'a^?'l^ms^ous

(pas di"scÛïees grav'ement, pour en rire le'Tëndemain, ^ïïranTcette Tapt)TTêus^^ qui^T'precëde ~Tà^'""de<rou-

vêrte de l'atténuAHpn aes'v1'fa'"âT"'"'

iCelîe-bi fut réalisée à propos d'une maladie des volailles : le choléra des poules. Le microbe de cette maladie pullule facilement dans du bouillon de muscles de poules. Une culture récente est extrêmement meurtrière : elle tue toutes les poules qui en reçoivent sous la peau la quantité la plus minime. Conservée à l'étuve à 37° au contact de l'air, cette culture perd peu à peu son activité. Après un certain temps, inoculée à des poules, elle n'en fait périr que quelques-unes ; au bout d'un temps plus long, elle ne les tue plus, mais les rend malades; enfin, elle devient si inoffensive, qu'elle leur donne seu-

i;ïAAv/

lement une fièvre passagère. Ces poules, une fois rétablies, pourront subir l'inoculation du virus, mortel pour les poules neuves; elles ne périront pas, elles ont l'immunité.

Cette expérience réalise donc l'atténuation artificielle d'un virus et la vaccination préventive par ce virus atténué.

La cause de l'atténuation est l'action prolongée de l'air sur le virus, à température convenable. En effet, la même culture qui s'atténue à l'air conserve sa virulence ans un tube clos où l'air n'a pas accès. Cji^ArJ»-' Les virus atténués, ainsi préparés, peuvent se reproduire par générations successives en transmettant leurs qualités à leurs descendants. L'atténuation est héréditaire. Les virus sont des plantes microscopiques; ils peuvent être modifiés par la culture, comme les plantes plus élevées. Pasteur a obtenu des variétés de virus, comme les jardiniers obtiennent des variétés de plantes. Les méthodes qui ont donné le vaccin du choléra des poules ont fourni ceux du charbon, du rouget des porcs et d'autres maladies encore.

Dans la préparation du vaccin du charbon, on s'est heurté tout d'abord à une difficulté. L'atténuation de la virulence est produite par l'action prolongée de l'oxygène de l'air sur la cellule microbienne. Mais celle-ci n'est modifiée que si elle reste à l'état mycélien; sous cette forme, elle est sensible aux diverses influences qui s'exercent sur elle. Il n'en est plus de même, lorsque la cellule forme des spores. Les agents qui modifient les cellules mycéliennes sont sans effet sur les spores, beaucoup plus résistantes. Les cultures du choléra des poules ne donnent jamais des spores; aussi elles s'atténuent facilement. Celles du charbon, qui en produisent, restent indéfiniment virulentes. Pour atténuer la bactéridie charbonneuse, il faut donc l'empêcher de faire des spores. On y parvient en la cultivant à la température de 42", 5-43"; à cette température, sous l'action de l'oxygène, l'atténuation se fait peu à peu, de sorte que l'on obtient

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