‹ Pasteur candidat au SénatChapitre 4 sur 10 · L. Pasteur · texte numérisé non relu

L. Pasteur

Membre de l'Institut (1).

Et quatre jours après, comme le journal n’avait pas accepté sa réponse sans discussion, Pasteur revenait à la charge :

Lons-le-Saunier, 26 janvier 1876.

A M. le Rédacteur en Chef de X Avenir du Jura , Monsieur le Rédacteur,

Je vous remercie d’avoir donné place dans vos colonnes à ma lettre du 22 janvier. Vous la faites suivre d’un commentaire que je ne peux laisser passer sans critique.

Je vous parlais dans ma lettre de la Science et du rôle prépondérant qu’elle pourrait remplir dans le relèvement de la Patrie. Vous me répondez par Gambetta et son discours.

Je vous dis que l’Allemagne nous a vaincus par sa supériorité scientifique et voue me répondez que la Politique suffit à tout.

Permettez moi de vous rappeler des souvenirs qui vous seront chers. Je veux parler des dangers qui menacèrent la France de 1792; ceux-ci parurent un instant au-dessus de tous les efforts. L’Europe entière armée contre nous, un blocus rigoureux sur terre et sur mer, la guerre civile, nos arsenaux vides, une armée insuffisante ou hostile. En 1870, au contraire, toutes les mers ouvertes, et une seule nation à combattre.

Pourquoi la France de 1792 a-t-elle vaincu ? Pourquoi la France de 1870 a-t-elle succombé ? J'entends d’ici votre réponse : « c’est le Gouvernement qui a élevé M. Pasteur au Sénat », pour services rendus à la Science , auriez vous

(1) Journal du Jura , 25 janvier 1876.

dû ajouter, qui nous a livrés à l’Allemagne, c'est la République qui a vaincu en 1792.

Voici votre réponse, voilà la mienne.

Suit une assez longue explication que nous retrouverons textuellement dans un manifeste qu'il fit afficher trois jours après et que sans doute il venait d/écrire et d’envoyer à l’imprimerie.

Enfin, il conclut ainsi :

Tant pis pour la France et pour le département du Jura, en particulier, s’ils ne savent pas comprendre !

A bon entendeur, salut ! »

Veuillez agréer, Monsieur le Rédacteur, l’assurance de mes sentiments les plus distingués.

Louis Pasteur,

Membre de l'Institut (1).

Et comme M. Paul Besson venait de protester par une lettre publique contre l’ostracisme dont il avait été l’objet de la part de Pasteur, celui-ci écrivit aussitôt à la Sentinelle clu Jura :

Je trouve dans une lettre publiée hier dans la Sentinelle du J ura j sous la signature Paul Besson, les passages suivants qui m'ont causé la plus profonde surprise :

« Je ne veux pas répondre aux attaques de M. Pasteur, de l’Institut... . Il me suffit que le procès-verbal de la réunion (réunion du jeudi 20 au Foyer du Théâtre) ait dit en parlant de son langage : ce langage provoque un mouvement d’indignation dans l’Assemblée et M. le Président le relèv . en termes très énergiques que la majorité applaudit. . . »

Pourquoi cette provocation ? De quelles attaques parlezvous donc ?

J’ai dit à la séance, j’ai répété dans une lettre adressée à

(1) Sentinelle du Jura , 28 janvier.

tous les électeurs sénatoriaux que je ne me permettais point de porter un jugement sur votre procès. Ce procès m’est inconnu dans ses détails et je ne veux pas le connaître.

C’est vous qui, à la séance de jeudi, avez fait allusion à votre vie privée avant que je ne prisse la parole, c’est vous qui appelez le soupçon de tous les électeurs, puisque vous leur avez envoyé un Mémoire justificatif.

Vous parlez d’attaques et de soupçon, c’est vous et vous seul, qui vous êtes attaqué et soupçonné. Dès lors, et en ce qui me concerne, vous prouveriez de cent manières les conclusions de votre Mémoire justificatif, je répéterais que je ne consentirais pas, même dans la moindre mesure, à rendre ma candidature solidaire de la vôtre.

Comme Français, et comme jurassien surtout, je veux être entièrement convaincu que votre Mémoire justificatif prouve votre parfaite innocence ; je ne vous adresse qu’un reproche, un seul, c’est l’existence de votre candidature appuyée sur un tel document. On n’en n’appelle pas du Ministère public à des électeurs le jour d’un scrutin.

Il vous suffit, dites vous, que le procès-verbal de la réunion parle de mon langage comme ayant provoqué un mouvement d’indignation caractérisé en termes énergiques par le Président.

Sachez bien, Monsieur, que la déclaration que j’ai faite à la séance est un de ces actes qui ne relèvent que de la conscience individuelle de celui qui les accomplit. Les paroles du Président et les clameurs intéressées de vos amis ont passé par-dessus ma tête, et, pour que nul n’en n'ignore, voici textuellement les paroles que j’ai prononcées à cette séance:

« Je ne connais pas M. Besson ; je ne juge point le procès auquel il a fait tout à l’heure allusion, mais je ne consentirai pas à ce que mon nom soit associé au sien. La femme de César ne doit pas même être soupçonnée. »

Voilà, mot pour mot, mes paroles. Je les maintiens et je répète que le soupçon, c’est vous seul qui le premier l’avez inscrit au-dessous de votre qualité de candidat.

Je souffre avec vous de votre situation actuelle et je partage votre douleur devant les calomnies dont vous êtes

abreuve, mais laissez-moi vous dire que eette douleur vous a égaré. Il y a malheureusement dans la vie des fatalités de situation plus fortes que les circonstances, et en face desquelles il est de la dignité humaine de garder le silence.

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