IL Y A DANS L AIR DES GERMES VIVANTS
« Mais, me direz-vous, qui assure que ces poussières que vous nous montrez sont vivantes, ou du moins qu'elles contiennent quelque chose de vivant? Cela est encore facile à prouver. Reprenons les flacons de
Fiff. lu.
Spallanzani ou de Schwann ; car, remarquez-le, je n'apporte pas de méthode nouvelle de travail, je me contente d'opérer bien là où on opérait mal, d'éviter les causes d'erreur qui rendaient les expériences de mes prédécesseurs incertaines et contradictoires. Prenons donc un ballon contenant une infusion végétale ou animale: eftilons-en le col, puis faisons bouillir le liquide pour
détruire par la chaleur tout ce qu'il y a de vivant (fi g. 10). Balayons l'air qu'il contient par le courant de vapeur qu'y produit l'ébullition : nous stériliserons en même temps toutes les parois intérieures. En quittant le col du ballon, la vapeur traverse un tube de platine chauffé au rouge dans un fourneau à gaz F, et s'échappe alors dans l'air. Quand l'ébullition a duré quelques minutes, éteignons la flamme du gaz au-dessous du ballon. Le liquide se refroidit, la vapeur se condense: elle est remplacée par de l'air qui aura traversé le tube de platine chauffé au rouge et y aura brûlé tout ce qu'il contenait d'organique. Quand le ballon est froid, séparons-le du reste de l'appareil en fondant au chalumeau son col effilé. Nous aurons là un flacon de Spallanzani, c'est-à-dire une infusion organique mise au contact d'un air contenant tout son oxygène, mais débarrassé detout ce qu'il renfermait d'organiséetmôme d'organique. Eh bien, rien ne s'y produit; l'infusion reste limpide parce que nous n'y avons laissé entrer rien de vivant.
Prenons maintenant, car ce n'est pas fini, un de ces ballons restés stériles, et par un procédé facile, que je ne m'arrête pas à décrire, faisons arriver dans son col, toujours en présence d'air stérilisé par la chaleur, une de ces petites bourres de coton salies par les poussières de l'air dont vous contestez le caractère vivant. Tant qu'elle reste dans le col (fig. Il) le liquide du ballon conserve sa limpidité primitive. Au bout de 15 jours, d'un mois, faisons-la tomber dans l'infusion en inclinant simplement le ballon, et nous verrons qu'au bout de 24 heures, leliquide se troublera, etqu'après 48 heures il contiendra des millions d'êtres vivants. Quand ce seront
des végétations cryptogamiques qui y prendront naissance, on en verra souvent les filaments former touffe et s'allonger autour du coton de la bourre, témoignant ainsi de leur filiation avec les germes qu'elle contenait. Que répondrez-vous à cette expérience? Le microscope nous a montré dans la bourre des matériaux d'aspect amorphe et des matériaux d'aspect organisé. Voilà ce que nous pouvons affirmer en partant de notre première expérience. La seconde, celle que je viens de décrire, nous dit que, parmi ces matériaux de la bourre,
Fig. 11.
il y en a de vivants. Vous, partisans de la génération spontanée, vous êtes condamnés à chercher de préférence dans les matériaux amorphes et morts l'énigme delà vie qui apparaît dans les infusions. Voilà l'inconséquence à laquelle vous acculent mes expériences qui, remarquez-le, ne sont plus des expériences douteuses, irrégulières, aléatoires, mais réussissent cent fois sur cent, à la condition d'un peu d'habileté dans la conduite des opérations. Elles obéissent à l'esprit comme à la lettre de l'excellent programme qu'a tracé l'Académie des sciences. « Elles sont dégagées de toute incertitude née des expériences elles-mêmes. » Répétez-les avec les détails que je vous donne et vous les réussirez comme moi.
On devine l'effet d'une argumentation aussi serrée, et qui prenait les allures d'une démonstration géomé-
trique. Pasteur ne s'arrêtait pas en aussi bon chemin. « Prétendez-vous, continuait-il en s'adressant aux partisans de la génération spontanée, que le coton, en tant que coton, est pour quelque chose dans le phénomène? Qu'à cela ne tienne! Nous allons le remplacer par de l'amiante calcinée sans rien changer au résultat. Prétendez-vous que la bourre se serait imbibée, au contact de l'air qui l'a traversée, de je ne sais quelle vapeur, de je ne sais quelle matière subtile que la chaleur peut détruire, et qui, arrivant avec elle dans Tinfusion, y aurait apporté une des conditions nécessaires de la vie. Votre hypothèse est bien peu saisissable, mais enfin elle n'a rien de plus mystérieux que la vie elle-même, et je vais y répondre.
« Après avoir introduit dans le ballon une infusion putrescible, étirez-en le col à la lampe d'émailleur, de façon à en faire un tube contourné et sinueux, en forme d'S (fig. 12). Puis, faites bouillir le liquide. Quand la vapeur est sortie pendant quelques minutes par l'orifice du col, entraînant tout l'air du ballon avec elle, éteignez et laissez refroidir. Le ballon va se remplir d'air ordinaire qui n'aura pas été chauffé et y arrivera avec tous ses éléments connus et inconnus. Le col restant ouvert, la diffusion amènera des échanges incessants entre l'air du ballon et l'atmosphère extérieure. Et pourtant le ballon reste indéfiniment stérile. Comment expliquez-vous ce résultat, vous, partisans de la génération spontanée? Vous avez là delà matière organique, de l'eau, de l'air incessamment renouvelé, de la chaleur, et pourtant rien n'apparaît dans le liquide. Direzvous que la faculté gmésique de l'infusion a été altérée par l'ébullition à laquelle nous l'avons soumise. Mais
lis
si, sans y toucher, je coupe le col du ballon qui la contient, de façon à la laisser exposée à la chute des poussières atmosphériques, elle se trouble en 2 ou 3 jours. La faculté génésique attendait-elle pour se manifester la disparition de ce col de cygne? Que vaut cette explication en présence de celle-ci : les courbures du col,
Fis. 12.
restées humides au moment où on a éteint le feu, lavaient au passage l'air qui les traversait en mince filet. A l'origine, quand la rentrée de l'air était rapide, l'action purificatrice de ce lavage s'est doublée de celle qu'exerçait le liquide encore chaud, et en mesure de détruire les germes qui arrivaient à son contact. Plus tard, ce sont les parois humides du col qui ont retenu les germes de l'air qu'elles passaient à la filière. La preuve c'est que si, fermant l'extrémité ouverte du
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ballon pour n'y rien introduire de nouveau, vous l'agitez, de façon à amener dans la courbure du col une gouttelette du liquide qui la lave, cette goutte se trouble, et si vous mélangez ensuite cette goutte au reste du liquide, celui-ci se peuple comme si on en avait cassé le col. La preuve encore, c'est que, lorsqu'on a enlevé ce col, on voit souvent (fig. 12) le premier développement se faire dans la verticale de l'ouverture, là où ont pu tomber les germes atmosphériques.