RÉPONSE AUX ARGUMENTS EN FAVEUR DES GÉNÉRATIONS SPONTANÉES
« Jo ne me contente pas, aurait pu continuer Pasteur en condensant sa puissante argumentation, je ne me contente pas de vous servir des expériences probantes et qui réussissent à tout coup; je fais plus, j'explique pourquoi mes prédécesseurs ont si souvent obtenu ces résultats contradictoires qui les ont troublés et ont suspendu leurs arrêts. Ainsi Schwann et les autres ont vu leurs expériences les mieux combinées échouer toujours, quand ils mettaient leurs liquides, ne fut-ce qu'un instant, en contact avec le mercure. Aussi quelle imprudence! Est-ce que le mercure n'est pas et ne doit pas être constamment saie ? Ces poussières qui lui viennent de l'air, et qu'il ramasse à sa surface, elles font corps avec lui, il les entraîne partout où on le fait pénétrer. C'est pour cela que je l'ai soigneusement exclu de toutes les expériences qui précèdent, et qui, faites à son aide, eussent été plus faciles, mais nous eussent laissés dans l'incertitude.
Et puis il y a aussi, pour troubler les convictions, l'histoire de ce lait, qui se caille ou se putréfie dans les conditions où le bouillon de viande, le moût de bière et d'autres infusions restent inaltérés. Il y a ce jaune
d'œuf ou celte viande sans eau qu'on ne réussit pas à préserver en les portant à 100°, et en les entourant ensuite d'air chauffé ou tamisé sur le coton. Il y a ces exceptions qui hantaient l'esprit de Helmholtz, de Schrœder et de Dusch, et leur faisaient admettre qu'il y avait des « décompositions de la matière organique qui n'avaient besoin, pour commencer, que de la présence du gaz oxygène », c'est-à-dire que la génération spontanée était seule capable de les expliquer. Eh bien, là encore, la génération spontanée n'a rien à faire. Portez seulement à 110° votre lait, votre jaune d'œuf, votre viande, vous les conserverez ensuite intacts aussi facilement que du bouillon. Le lait a besoin d'être un peu plus chauffé ; voilà tout. Ce n'est pas qu'il contienne d'autres germes, et plus résistants : c'est qu'il est légèrement alcalin, et qu'en milieu alcalin, les germes résistent mieux à l'action de la chaleur. La preuve, c'est qu'une décoction de levure, qui se stérilise facilement par une courte ébullition à 100" quand elle est un peu acide, a besoin d'être chauffée à 105° ou 110° quand on y ajoute un peu de carbonate de chaux. Elle se comporte alors comme le lait.
Nous verrons plus tard qu'il y a dans l'interprétation de cette expérience une inexactitude mise en évidence par Bastian, mais qui n'en infirme pas la conclusion, car Pasteur, lorsqu'il se trompait, avait l'art de ne se tromper qu'à demi. Il effleurait encore le but quand il ne le frappait pas en plein. Nous allons trouver un nouvel exemple de cette adresse dans le complément de démonstration qui va suivre.