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VU M. NOCARD
M. NOCARD
L*air d*un officier de cavalerie en civil, avec sa barbe noire en pointe et sa taille bien prise.
G*est grâce à son habileté technique et à son zèle infatigable que, jusqu'ici, Ton n'a pas trop manqué de sérum antidiphtéritique : c'est lui qui s'est chargé du choix, de l'achat et de l'immunisation des premiers chevaux.
Gela suffirait à lui mériter une place dans cette petite galerie de portraits, si M. Nocard, professeur à l'école d'Alfort, membre de l'Académie de médecine, n'était en outre un savant du plus haut mérite, le plus éminent de la pléiade de disciples formés par son maître Bouley.
Son voyage en Egypte avec Roux, Straus et le
pauvre Thuillier; sa découverte du microbe du (( farcin du bœuf » ; celle du bacille de la « mammite contagieuse des bêtes à cornes »; ses très importantes communications au congrès de Buda- Pesth sur la a tuberculine » et la a maléine » étudiées au point de vue du diagnostic de la tuberculose et de la morve, le mettent au rang des Pastoriens les plus sagaces.
U a quitté la direction de Fécole d'Alfort pour donner plus de temps à Tlnstitut Pasteur dont il est partie intégrante, et tous ses camarades témoignent de beaucoup d*ebtime pour sa rigueur scientifique, pour ce que ses moindres travaux ont d^accompli, de définitif.
Le mot <( vétérinaire » prend tout de suite une certaine allure quand il s'applique à des savants de cette qualité.
M. Nocard est le beau-frère du D' A. Josias, un des plus distingués parmi les jeunes médecins des hôpitaux de Paris.
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LE PROFESSEUR STRAUS
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LE PROFESSEUR STRAUS
Le nom du professeur de médecine expérimentale doit figurer dans ce petit recueil pour ce double motif que M. Straus a trouvé sa voie dans le large sillon creusé par l'œuvre pastorienne, et qu'il a fait à la Faculté de médecine, d'une chaire où Vulpian n'enseigna que la pliysiologie pure, une véritable chaire de bactériologie, une expansion, je dirais presque une succursale de l'Institut Pasteur.
Quand prit fin la guerre allemande, il opta pour la France, quitta Strasbourg où il avait commencé ses études, vint à Paris où Béhier l'accueillit et le prit pour chef de clinique. A cette époque, Roux travaillait au laboratoire de clinique de l'Hôtel-
Dieu : ce fut lui qui présenta M. Straus chez M. Pasteur.
Le jeune savant alsacien était déjà médecin des hôpitaux et agrégé à la Faculté, quand il partit en 1883 avec Roux, Nocard et Thuillier pour étudier en Ï5gypte l'épidémie de choléra. Au retour il fut décoré.
Il avait déjà donné, Tannée précédente, en collaboration avec M. Chamberland, un bon travail sur le passage de la bactéridie charbonneuse à travers le placenta des brebis : les faits d'expérience et d'observation rapportés dans ce mémoire infirmèrent la fameuse loi de Brauel-Davaine qui voulait qu'on considérât le placenta comme un filtre parfait.
Quelques recherches soigneusement conduites sur les néphrites consécutives aux oblitérations aseptiques de l'uretère, sur la spectroscopie des tissus vivants (en collaboration avec M. Albert Robin), sur le rôle des micro-organismes dans la production de la suppuration ; ses études sur Tanatomie pathologique du bubon et de la pustule
maligne, sur le charbon des animaux et de rhomme, ses leçons sur le choléra, lui valurent, en 1888, de succéder à Yulpian comme professeur de médecine expérimentale.
Il ne s*est point endormi dans sa chaire.
Délaissant tous les instruments de physiologie de Yulpian, il a soigneusement organisé un laboratoire de microbiologie où il a fait, en collaboration avec M. 'Wurl2,ses analyses bactériologiques de l'air, puis ses recherches microbiologiques sur l'utérus après la parturition normale, ses imporlanls travaux sur la différenciation de la tuberculose aviaire et de la tuberculose humaine.
Le bruit court qu'il prépare une monographie très poussée, comme on dit, du microbe de la tuberculose. Il y a gros à parier que cet ouvrage sera bientôt dans toutes les mains, car on y trouvera, outre une belle accumulation de documents, les plus rares qualités d'exposition. Le professeur Straus, qui parle lourd avec un reste d'accent alsacien presque pénible, écrit une langue
lucide, précise et ferme» vraiment digne d'admiration.
Au demeurant, un grand laborieux, uniquement épris de science, tout à fait désintéressé, — cet israélite sans fortune ne se soucie aucunement de gagner de l'argent et ne fait pas de clientèle, — un esprit sans très vif éclat extérieur, mais dont la valeur est foncière.
Du vivant de Charcot, il fréquentait dans la maison du maître, où il était apprécié. Je me souviens d'y avoir vu souvent cette face carrée, plus vieille que son âge, d'une gravité sans pose et d'une timidité sympathique, ce corps inélégant et ces mains un peu gauches et mal à Taise, quand elles ne manient pas la vis d'un microscope ou qu'elles ne tiennent pas un porte-plume, deux choses dont elles s'acquittent à merveille.
LE DOCTEUR CHANTEMESSE
LE DOCTEUR CHANTEMESSE
Professeur agrégé à la Faculté de médecine, médecin des hôpitaux, membre influent du Comité consultatif d'hygiène de France, chef de Tun des services de la rage à l'Institut de la rue Dutot, médecin et ami de toute la maison, de M. Pasteur en particulier, M. le D' Chantemesse est une des figures les plus intéressantes de ce curieux petit monde.
Pas très grand, avec ce soupçon très léger d'embonpoint qui convient à la quarantaine, il a le nez hardi, et des joues au teint vif, encadrées d'une barbe noire assez particulière: petite moustache et collier rejoignant au menton une barbiche aiguë; avec cela, derrière le lorgnon, des yeux pétillants où se lisent l'intelligence pénétrante, la
netteté d*esprit, le calme, et aussi pas mal de malice avec beaucoup de bonhomie, — telle est l'image qui me revient de lui quand je révoque pour le peindre.
Sa carrière n*est pas plus banale que son visage.
Élevé au lycée du Puy, il y fut le condisciple de Roux et de M. Charles Dupuy, ancien président du Conseil, dont il est devenu le médecin, dont il est resté Tami.
Au sortir du collège, il lui fallut entrer dans l'industrie. Puis, à vingt-cinq ans, il se jeta dans les études médicales avec toute l'ardeur d'une vocation longtemps contrariée ; à vingt-huit ans, il était interne des hôpitaux ; en quatrième année, il avait la médaille d'or, et il était encore interne à Lariboisière quand il fut nommé médecin des hôpitaux. En 1889, il arrivait premier au concours pour ragrégation.
Entre temps, il étudiait la microbiologie chez Pasteur et chez Koch, fondait à la Faculté — grâce à l'appui de son maître Cornil, le plus libéral et peut-être le plus sincèrement progressiste de tous nos maîtres — le premier laboratoire français
d'enseignement de la bactériologie où, pendant quatre années, il fit un cours, extrêmement apprécié, d'initiation à la science des microbes.
Ses travaux remarquables en collaboration avec Cornil, avec Dieulafoy, avec Brouardel, sont d'intérêt par trop technique pour que j'en parle longuement. Mais mes lecteurs parisiens seront sans doute plus sensibles à ce fait que M. Chantemesse, avec M. Widal, a révélé la présence, dans l'eau potable, du bacille typhique. C'est lui qui nous a clairement montré qu'à chaque distribution d'eau de Seine correspondait invariablement une recrudescence de fièvre typhoïde dans les hôpitaux de Paris. C'est à cette constatation que nous devons l'adduction de nouvelles eaux de source à Paris.
Inspecteur général adjoint des services sanitaires, il fut envoyé à Constantinople quand le Sultan, inquiet pour son peuple de la perpétuelle menace du choléra, fit écrire à M. Pasteur pour lui demander une garde plus défensive que celle qui veille « aux barrières du Louvre ».
Par l'évidente supériorité de ses connaissances,
par l'énergie des mesures sanitaires dont il prit Finitiative, par l'importance du laboratoire qu'il installa avec le D' Maurice Nicolle pour directeur, un peu aussi par l'aménité de son caractère et les ressources de son esprit, M. Chantemesse parvint à donner au Sultan et à son entourage une très haute idée de l'importance intellectuelle de notre pays. À bien des points de vue, il a fait là d'excellente besogne.
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LE PROFESSEUR YAILLÀRD
LE PROFESSEUR VAILLARD
Le D' Louis Yaillard, médecin principal de l'armée, professeur d'épidémiologie et directeur des études bactériologiques au Val-de-Grâce, mérite à tous égards d'être compté au nombre des Pastoriens, et parmi les meilleurs : il a, rue Dutot, plusieurs de ses maîtres, de ses amis et de ses élèves^ car il y a fait, par intervalles, de fort bonnes leçons de microbie technique.
C'est un homme de quarante-cinq ans, à la tête grisonnante, à la moustache légère de soldat, aux traits finement modelés, à la figure un peu rêveuse, d'une douceur réfléchie, sérieuse. La simplicité de ses manières est tout à fait charmante. A l'Institut Pasteur comme à l'École de Santé militaire, il ne compte que des amis, et ses élèves écoutent avec
une admiration marquée cette parole claire, pleine d*autorité sans jamais viser à l'effet, parce qu'elle ne dit que des choses précises, rigoureusement démontrées, étayées sur des faits bien tus.
Êlè¥e de Strasbourg et de Montpellier, il fut envoyé comme aide-major à Bordeaux ; il y devint chef de clinique et directeur du laboratoire d*histologie. (Test là qu*il se révéla, au contact de son ami, le professeur Pitres — aujourd'hui doyen de la Faculté de médecine — dont l'influence intellectuelle lui fut si favorable. Ils signèrent en collaboration un mémoire, partout cité, sur les névrites périphériques.
Puis, M. Yaillard dut quitter Bordeaux pour suivre l'expédition de Tunisie, où il conquit son troisième galon.
En 1885, un conSours exceptionnellement brillant le fit agrégé au Yal-de-Gràce, où il s'employa sans tarder à organiser de toutes pièces le laboratoire de bactériologie. C'est lui qui fut chargé d'examiner les eaux potables données aux troupes, et ses analyses bactériologiques furent le point de
départ des mesures liygiéniques grâce auxquelles la fièvre typhoïde a presque tout à fait disparu de nos casernes : on sait quel ravage elle faisait sur les jeunes recrues.
En 1889, M. Yaillard ayant fini son temps d'agrégation, devait régulièrement aller prendre la direction d*un hôpital; mais il était indispensable au Val-de-Grâce : on l'y garda. Trois ans plus tard, du reste, il était nommé professeur d'épidémiologie et directeur des études bactériologiques, en remplacement du professeur Kelsch, nommé directeur de l'École de santé de Lyon.
L'année dernière (1894), M. Vaillard a été promu au grade de médecin principal : il est chevalier de laLégion d'honneur depuis le temps de son agrégation.
Parmi les Iravaux importants de cet homme de haute valeur intellectuelle et morale, il faut citer ses Recherches sur le tétanos (en collaboration avec Roux, Rouget et Vincent), ses remarquables études sur les pleurésies (en collaboration avec Kelsch), le bacille typhique (en collaboration avec Vincent) :
ses recherches sur la pelade, sur la grippe, sur la leucocythémie, etc., etc.
M. Vaillard n'a cessé d'être le collaborateur de Roux pour toutes ses études sur les antitoxines, leur mode d'action et leurs applications diverses. Actuellement encore ils poursuivent ensemble, dans cette voie, toute une série de recherches, du plus haut intérêt.