‹ Pasteur et les Pastoriens (volume 2)Chapitre 7 sur 14 · M. DUCLAUX · texte numérisé non relu

M. DUCLAUX

DE L ACADKBllE DES SCIENCES, PROFESSEUR DE CIimiE BIO- LOGIQUE A l.A SORDONKE, SOUS-DIRECTEUR DE l'iNSTITUT PASTEUR.

u Un savant et un sage, la conscience lumineuse de la maison dont M. Pasteur est le génie àrdeni , le bon régulateur de notre force d'expansion.., », ainsi me le définissait quelqu'un qui doit le bien connaître.

Esprit très clair, très droit, nullement chimérique, excellant à discerner la bonne voie du faux chemin, prompt à mettre les choses au point, bonne balance à peser le vrai, M. Duclaux fait, chaque mois, dans les Annales de VInstitut Pas-

teur qu'il a fondées^ d'impeccables études de critique spéciale ; ses collaborateurs n'estiment guère de leurs propres travaux que ce que lui-même en estime. D est le guide et le conseil de tous.

Cest un homme de cinquante-quatre ans ; rien en lui ne trahit son âge, sinon deux grosses rides verticales qui lui creusent les joues. U a les yeux clairs d'un jeune homme et c'est à peine si commence a grisonner sa barbe qu'il porte en pointe courte comme le maître et presque tous les élèves du maître.

C'est au sortir de l'École normale, en 1862, que M. Duclaux devint le préparateur et l'ami de M. Pasteur.

Professeur de chimie au lycée de Tours, puis à la Faculté des sciences de Clerraont-Ferrand, c'est dans sa maison et dans son laboratoire que M. Pasteur trouva asile pendant le siège de Paris.

Depuis, il n'a guère cessé de collaborer avec

lui, qûillant ses occupations personnelles, accourant d'un bout de la France à l'autre, au premier appel de son grand ami; au temps de ses recherches sur les fermentations et sur les vers à soie, il lui rendit d'inoubliables services.

Nommé professeur de physique et de météorologie à rinstitut agronomique, M. Duclaux publia d'excellentes leçons réunies plus tard en volume sous ce titre : Traité de météorologie.

Il est, depuis 1888, professeur à la Faculté des sciences; son cours, distrait des cours ordinaires de la Sorbonne, se fait à l'Institut Pasteur, où il attire un grand nombre d'élèves.

Ses travaux personnels — ils sont de premier ordre — se rattachent surtout aux premières séries d'études pastoriennes.

Tandis que presque tous les élèves du maître se préoccupent des maladies virulentes et sont avant tout médecins, il demeure surtout chimiste ; son rêve est de doter quelque jour son pays d'une

école française des industries de fermentations, où les vignerons, les brasseurs, les crémiers apprendront à délaisser la routine pour la méthode et le progrès.

Ce rêve désintéressé, il le réalisera sans doute le jour où — le vieux maître étant entré dans l'immortalité — l'unanimité des suffrages aura désigné M. Duclaux pour être son successeur. On peut, dès maintenant, prédire qu'il n'aura pas de concurrents.

On sait qu'il remplit déjà les fonctions de sousdirecteur. Un petit détail à ce propos achèvera de le dépeindre.

Cet homme, qui n'est pas riche et qui habite un appartement de Chartreux, alors qu'il eut pu faiix» une fortune avec les industries qu'il a rendues prospères, abandonne chaque année les 4000 francs qui constituent son traitement à l'Institut Pasteur: il ne prélève qu'un millier de francs destiné à améliorer le menu des repas que prennent, au légendaire restaurant du Microbe d'Or, les jeunes gens attachés aux laboratoires.

En racontant ce petit fait, je suis à peu prés sûr de m'attirer les malédictions de M. Duclaux, que la moindre publicité extra-scientifique horripile et met sur ses nerfs. Mais comment passer sous silence un détail qui vient si bien à l'appui d'une de mes idées chères, à savoir que voilà les religieux du temps moderne, renonçant à tout bien-être personnel, et presque à toute joie individuelle, pour se vouer uniquement à leur œuvre de vérité?

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