‹ Pasteur et les Pastoriens (volume 2)Chapitre 8 sur 14 · M. LE PROFESSEUR GRANCHER · texte numérisé non relu

M. LE PROFESSEUR GRANCHER

11 est maigre, il est long, avec des yeux graves, un visage pensif, osseux et macéré d'ascète, une barbe pauvre, clairsemée, de grandes jambes lasses, à faire croire qu'il n'a pas mangé depuis huit jours.

Ajoutons vite, pour rassurer les bonnes âmes tentées de s'apitoyer sur son sort, qu'on dîne confortablement chez lui, qu'il n'est pas sans quelque fortune et ne vit pas « que de privations », voire même que son aspect un peu chétif et sans gailé ne l'a pas empêché d'être un des meilleurs esprits scientifiques, un des hommes les plus accueillants, les plus aimables de la Faculté.

11 y enseigne les maladies de l'enfance, et son

service de clinique à rEnfaDt-Jésus de la rue de Sèvres passe, à bon droit, pour un modèle du genre.

Chaque lit dVnfant y est isolé par un paravent en toile métallique, qu*aucun élève, qu'aucune iutinnière ne franchit sans avoir changé de blouse, sans s'être désinfecté les mains. On n'y fait jamais de poussière; on n'y balaie pas : tout s'y lave. Une fois le déjeuner fait, on stérilise l'assiette et le couvert dont le marmot malade s'est servi ; en sorte que, dans une salle où quarante enfants réunis respirent le même air, on n'a pas vu, depuis quatre ans que le service est réorganisé, un seul cas de contagion de diphtérie, de scarlatine, de rougeole ou de coqueluche.

Voilà de la belle hygiène : elle dénote une entente profonde, un maniement habile du microbe.

Biais le D'Grancher a d'autres droits au titre de Paslorien qui lui est cher.

11 était déjà renommé pour des travaux de premier ordre, et notamment sur l'u^it^d de la phtisie.

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on allait le nommer, très jeune encore, professeur à la Faculté, quand il eut la pensée modeste d'entrer aux laboratoires de la rue d'Ulm, pour y combler, comme il a dit, une lacune de son éducation scientifique.

11 y travailla sans tapage jusqu'au jour où M. Pasteur, fort de ses expériences personnelles et de l'appui moral de Yulpian, osa inoculer à l'homme son vaccin de la rage.

Convaincu, en son âme et conscience, de la légitimité de l'essai, M. Grancher accepta le rôle ingrat d'opérateur et de médecin responsable. Il y fit preuve d'une grande prudence pour les autres, et pour lui-même de la plus belle abnégation.

C'était le temps où Peter, à chaque mardi de l'Académie, demandait qu'on envoyât le commissaire fermer le laboratoire de la rue d'Ulm, où, pensait-il, bien loin de guérir la rage, on la donnait. A ce jeu-là M. Grancher jouait sa chaire à la Faculté, sîes légitimes ambitions académiques, son renom professionnel dont il a grand souci. Mais le devoir parlait, il demeura solide au poste.

Aujourd'hui que la cause est amplement gagnée, il peut s'enorgueillir d'avoir inoculé, presque toujours pour leur salut inespéré, le petit Joseph Meister, le berger Jupille, les dix-neuf Russes de Smolensk, et les centaines d'enragés qui, dépuis lors, ont défilé dans les laboratoires agrandis de- la rue Dutot.

Il a contribué pour sa part à perfectionner la mélhode, à proportionner l'intensité du vaccin et l'importance de la dose à la gravité du cas et au degré de résistance individuelle du malade.

On peut bien dire qu'il rendit alors des services inoubliables, et que, dans cette histoire des vaccinations antirabiques, son nom demeure inséparable de celui de son maître et ami M. Pasteur.

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M. CHAHBËRLAND

M. CHAMBERLAND

Tout en contraste avec le précédent.

11 est fort, il est grand, vigoureusement charpenté, avec un large front et une épaisse barbe noire; Tair toujours monacal, mais dans le goût de Rabelais; des yeux pleins de droiture, certes, mais aussi de malice et de finesse un rien matoise, comme on en voit aux paysans du Jura, son pays.

Sorti comme agrégé-préparateur de l'École normale vers 1877, il entra directement au laboratoire de M. Pasteur et l'aida dans ses recherches relatives au vaccin du rouget et de la maladie charbonneuse. 11 fut aussi de la première série d'études sur la rage.

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La science et l'industrie lui doivent deux découvertes pratiques de premier ordre : celle de Vautoclave — de l'étuve à stériliser, pour parler clair, — et du filtre fameux qui a rendu tant de services.

A l'Institut Pasteur, M. Ghamberland a pour fonctions spéciales de présider à la fabrication des vaccins pour le rouget et le charbon : ce n'est point une sinécure, puisque l'on inocule en France, chaque année, 900 000 moutons et 4 ou 500 000 bœufs, grâce à quoi — soit dit en passant — la mortalité du bétail s'est réduite des neuf dixièmes.

Peut-être faut-il regretter — non certes que la fortune lui soit venue — mais que la politique — autre étuve à stériliser — ait beaucoup absorbé de son activité.

Doué de qualités de premier ordre, M. Ghamberland, sans nul doute, eût pu jouer un rôle scientifique encore plus transcendant. A supposer qu'il s'en tienne définitivement à son passé de recher-

ches et de découvertes , il laissera la réputation d'un esprit excellent, dont l'ingéniosité scientifique a rendu de signalés services.

C'est, au dire de tous, un charmant collaborateur, un savant de grand bon sens, et un homme avisé.

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