‹ Pasteur et son laboratoire [microforme]Chapitre 3 sur 16 · PASTEUR DANS LA VIE DE CHAQUE JOUR · texte numérisé non relu

PASTEUR DANS LA VIE DE CHAQUE JOUR

Tous les jours à 11 heures et demie son domes- ‘ique descendait au laboratoire annoncer le repas. Pasteur remontait rapidement et s'il avait quelque chose d'urgent à faire il ne faisait monter avec lui. Son déjeuner était simple : un peu de viande (il ne voulait jamais sur s& table de porc, animal qu'il jugeait susceptible de. donner trop de mala-

dies) et des pommes de terre irites. Un peu d'eau

ct de vin était sa boisson. Pendant le déjeuner comme pendant tout ie reste du jour il parlait du travail du laboratoire

[l'avait l'esprit minutieusement observateur. Ce qui lui avait permis de faire sa première découverte, c'était précisément cette faculté particulière de voir des minuties. Mitscherlich avait er entre les tains du paratartrate et du tartrate de soude et d'ainmo‘iiique ; ces deux corps ne se différen ciaient en rien et Mitscherlich les avait déclarés semblables bien qu'agissant d'une façon différente sur la lumière polarisée, Pasteur. en exa-ninant de près les petits cristaux des deux corps, trouva que l'on ne voyait pas de face hémiédrique chez l'un, Mais qu'il n'en était point de même chez l'autre. Les deux corps n'étaient done pas semblables, ils offraient une différence de cristallisation et dès lors il n'y avait plus rien d'étonnant s'ils agissaient d'une façon différente sur la lumière polarisée. Cette faculté d'observation des ckoses infiniment petites vues à l'œil nu, Pasteur la transportait dans la vie pratique journalière. is alifnents qu'il absorbaït étaient l'objet pour lui d'une analv se constante ; le pain en particulier était passé à un examen iminutieux et il trouvait dans un morceau de pain des quantités de choses que les autres per- “onnes mangent sans s'en douter ; débris de bois, pattes d'insectes, petits vers de farine, c'était tou. jonrs un véritable étonnement que de suivre cette chasse faite à chaque repas et toujours fructueu Il songeait aussi à la propreté extérieure du pain

et c’est lui qui a obtenu que les boulangers mettent le pain dans un morceau de papier pour le transporter. Aujourd'hui cette coutume est généralisée en France pour le plus grand bien de l'hygiène.

Si Je cite cette anecdote, c’est pour montrer que Si Pasteur avait l'esprit porté aux minuties il Savait toujours en tirer ure application pratique. C'est ce qui fait la vigueur de son oeuvre, à côté de la recherche scientifique, étonnante d'observation, son génie le portait à rechercher et à trouver les applications Pratiques, il n'attendait pas que d’autres fassent bénéficier l'humanité de ses découvertes. Toujours, il Songeait à l'application. C'est ce côté pratique qui fait la grandeur de son œuvre, il n'était pas seulement un Savant, mais un ami de l'humanité et il savait trouver l'application utile de ses recherches.

Il n'avait aucune des distractions que l'on se plaît à attribuer à un grand nombre d'autres savants. Avant l'esprit toujours présent, il était incapable de s'occuper de plusieurs choses à la fois. Il n'aurait jamais commis la distraction de boire, Par exemple, l'eau dans laquelle il avait lavé du raisin avant de le Manger, comme on l'a dit souvent. Cela lu: était impossible. Une seule chose le préoccupait en dehors de ses études ; c'était la souffrance des autres, et jamais on ne le trouvait hésitant à faire une démarche ou à aider un être humain d'une façon quelconque lorsqu'il S'agissait de lui rendre service.

Toutes ses pensées. toutes ses méditations se

Concentraient sur son étude du moment. Il révait

ses recherches, on le voyait se promener rapidement pendant des heures, se parlant à lui-même à voix basse dans les couloirs de son laboratoire ou de son appartement.

Lorsque, abandonnant la chimie il se mit à étudier l’action des microbes sur les êtres vivants, il mit à l'usage de ses études ses facultés d'observation. -11 se plaçait dans un coin du sous-sol pour observer les animaux inoculés de la rage, par exemple, notant toutes les attitudes sur des cartons blancs, il transcrivait ensuite ses notes sur ses gros cahiers en termes concis et précis. Malheur à celui qui descendait alors au sous-sol en chantonnant sans se douter qu'il allait trouver le maître dans un coin en observation à l'affût devant un lapin inoculé depuis quelques jours : malheur si le nouveau venu avait réveillé une poule que le choléra rendait somnolente. :

Pasteur attendait ainsi des heures pour se rendre compte de la façon dont les microbes agissaient sur ces êtres même pendant la vic, épiant le moindre symptôme de maladie.

L'été, pendant les vacances, nous allions à Arbois dans le Jura, dans la vieille maison occupée autretois par la tannerie de son père : il avait installé 1à un laboratoire et me faisait faire des études spéciales sur le rouget, le charbon ou les levures des fermentations. Nous allions dans les vignes recueillir des raisins que l’on mettait dans des tubes de culture pour voir à quel moment apparait la levure sur le bois des grappes où elle est apportée par les insectes. J'étais le seul prépara-

teur qui l'accompagnât à Arbois. De Paris, on lui envoyait chaque jour le résultat des expériences sur la rage, et de temps en temps, nous recevions par la poste un cerveau rabique qu'il voulait examiner d'une façon spéciale. Les vacances étaient ainsi un repos pour Pasteur, car il n'avait pas à aller dans les Acadéinies et sociétés Savantes où, à Paris il se rendait souvent pour prendre la parole et discuter avec conviction pour défendre la vérité. . Lorsqu'il apportait le résultat de ses expériences il n'admettait pas la contradiction, et ceux qui discutaient étaient invités à refaire ses expériences.

À Arbois il travaillait toute la matinée ; après le déjeuner il remontait evore dans son cabinet, mais à trois heures, tous les jours, nous sortions tous pour faire des promenades à pied. Il faisait ainsi quatre à cinq kilomètres sur la route.

Le dimanche on se levait de bonne heure pour être à la grande église paroissiale à la messe de 8 heures, que Pasteur ne mrnquait jamais pendant son séjour à Arbois. C'est dans cette grande église que venait, le premier dimanche de septembre, le cortège à la tête duquel était Pasteur, avec son grand cordon de la Légion d'honneur, ayant à côté de lui l'inspecteur des Ponts et Chaussées Paraudier avec ses Jj:signes de commandeur de la Légion d'honneur, apportant au curé le biou traditionnel. C'était une éno: me grappe de raisin composée d'une foule de grappes ordinaires que les paysans d'Arbois, accompagnés des gardes-vignes munis d'hallebardes, viennent offrir à leur Dieu et suspendre dans l’église. Pasteur aimait à accompagner ces vigne-

rons qu'il avait si puissamment et patriotiquement aidés dans leur industrie en faisant ses études sur

les vins.

Souvent on venait demander à Pasteur des conseils ou des avis sur les industries des fermentations ou sur les applications de ses études sur les microbes ; il répondait toujours avec aménité, se faisait expliquer les problèmes qu'on lui demandait de résoudre, et souvent il m'envoyait en mission dans différentes parties de la France pour faire des expériences ou des recherches. On partait avec un programme bien net doux il ne fallait pas s'écarter ; mais il écoutait toujours avec attention les observations qu’on lui faisait au retour et en profitait souvent. Combien de fois ai-je été ainsi envoyé faire des démonstrations de l'efficacité des divers vaccins, Car Pasteur suivait avec soin les applications pratiques de ses découvertes.

Souvent aussi j'allais faire l'analyse de certains ins qui s’altéraient, et mettre au courant les propriétaires de la belle méthode de la pasteurisation, qui perinet de prévenir toutes les maladies des vins et de les faire voyager et séjourner même dans les pays les plus chauds. Cette méthode nous donne le moyen de transporter le vin de France dans les pays les plus lointains, avec toutes ses qualités, sans craindre les altérations qu'il peut subir. Ses recherches sur les maladies des vins, ils les avaient entreprises dans un mouvement de patriotisme, pour sauver la viticulture de France. Si Pasteur vivait. encore, il ne me pardonnerait pas, en ce moment, où je m'adresse à la jeunesse médicale

ranÇaise du Canada, de ne pas profiter de l'occasion qui se présente à moi. Je l'entends me conseiller de vous parler du vin comme devant servir à vous aider à lutter contre l'alcoolisme. Le vin est une boisson hygiénique qui contient 8 à12 Le d'alcool, il faut en boire beaucoup pour s'intoxiquer, alors que la chose est facile avec le whiskey qui contient plus de 50 p. c. d'alcool.

Vous qui serez bientôt chargés de veiller sur la santé et l'hygiène des Canadiens, poussez-les à la Consommation du vin. Ce vin vient de l’autre côté de l'océan ou du sud de la province voisine de l'Ontaric. Cependant n'oubliez pas qu’à côté du vin, il °st une autre boisson hygiénique, le cidre, qui lui, peut être produit au moyen des pomines du Canada. Il vous rendra des services analogues dans la lutte antialcoolique, question si essentiellement à l'ordre du jour au Canada, qu'elle était en discussion lors du congrès médical de l'an dernier à Trois-Rivières.

Le vin était la boisson de nos æïeux communs et jusqu'à la fin du siècle dernier on en appréciait la valeur ; puis, une Campagne inexplicable a été faite contre cette tradition de la vieille France. En ce moment une réaction se produit dans le corps médical du vieux PAYS ; on recom.aande le vin avec des arguments dont je vous parlerai dans la suite de ce cours, lorsque nous étudierons le chimie biologique des fermentations.

Retiré dans le laboratoire d'Arbois, Pasteur avait fait de nombreuses études sur le vin jaune si réputé de son pays.

C'est dans ce laboratoire qu'il recherchait avec le plus de persistance, à cette époque, si dans !e

sang des animaux vaccinés, il n'y avait pas des produits toxiques pour les microbes vivants. ]J1 avait depuis longtemps l'idée de la vaccination chimique, malheureusement dans les expériences qu'il me faisait faire il se servait presque toujours du microbe du charbon avec lequel il est difficile de mettre la chose en évidence.

Pendant toute cette période, depuis mon entrée au laboratoire, une maladie était l’objet constant de ses études chaque fois que l’occasion se présentait. C'était la péripneumonie contagieuse des pêtes à cornes. Ne sachant pas cultiver le microbe, il faisait venir tous les Pouimons malades qu'il pouvait se procurer et nous cherchions à atténuer le virus, pour éviter les pertes de queues qui arrivent quelquefois, lorsqu'on se sert de l’inoculation des bœuis à l'extrémité de la queue, selon la mcthode de Villems pour les vacciner. Puis nous inoculions d'autres animaux sous la Peau, on leur donnait ainsi de gros œdèmes mortels.

En France le problème ne se pose pas de conserver le virus. Lorsque, dans une région, une premiére bête est atteinte, on inocule les autres bêtes du voisinage avec le virus du poumon de la prelière de façon à les immuniser. Mais dans un pays neuf comme l'Australie, le problème se posait autrement, il fallait avoir du virus, au moment de faire partir le troupeaux pour les régions infectées. Ce sont les expériences de Pasteur qui nous permirent, dès nctre arrivée en Australie en 1888, de

trouver une méthode consistant à inoculer en série tous les mois de jeunes veaux sous la peau, derrière l'épaule, et d'obtenir ainsi un liquide pouvant 5e conserver virulent et bon pour faire des inoculations. Cette méthode fut couronnée, en 1890, d'une récompense de $5,000 par le gouvernement du Queensland. J'ai eu la satisfaction de la voir mise en œuvre en 1902 en Afrique du Sud, lors de ina mission dans ce pays.

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