Études sur le vin, p
nisassioN avec bastian
La seule discussion qui ait produit des fruits sur le terrain où elle avait évolué est celle que souleva le J)^ Bastian. Comme Frémv, Bastian était entré dans la question un peu en étourdi, sans la bien connaitce, sans se faire une idée de ses difficultés. Ses premières oxpériences ne valaient pas grand' chose. Mais il avait de la ténacité, de la fertilité d'esprit, l'amour, sinon l'intelligence de la méthode expérimentale, et il nous a apporté, disons mieux, il a forcé Pasteur à conquérir des notions dont Tabsence eût compromis le progrès de la science. Toute notre technique actuelle est fille des objections faites par Bastian au travail de Pasteur sur les générations spontanées. C'est Bastian qui nous a fait voir que ce travail si vanté fourmillait de fausses interprétations qui^ disait-il, en infirmaient les conclusions. Ce sont Pasteur et ses élèves, Joubert et Chambcrland, qui ont montré que, si Tinterprétation avait été parfois inexacte, les conclusions n'en étaient pas moins solides.
La première attaque de Bastian fut un coup droit. r( Vous prétendez, disait-il, que l'urine bouillie, et conservée en présence d'air calciné, reste limpide et infé-
GENERATIONS SPONTANKES^ . 147
conde parce que vous n'y avez laissé pénétrer aucun ^^erme. Je dis, au contraire, que les germes n'y sont pour rien, et que la stérilité du liquide tient seulement à ce que, malgré tous vos soins et toute votre adresse, vous n'avez pas su y réunir les conditions physiques et cliimiques de la génération spootanée. La preuve, c'est que si je sature cette urine avec un peu de potasse bouillie et débarrassée de germes, de façon à la rendre neutre on un peu alcaline; si je la mets en outre, non pas dans une de vos étuves, où elle n'a pas assez chaud, mais à oO*', ce même ballon d'urine, resté stérile entre vos mains, se trouble au bout de neuf à dix heures et fourmille de bactéries. D'où peuventelles provenir, sinon d'une génération spontanée?»
Répétée immédiatement au laboT^atoire de Pasteur, Tcxpérience réussit. Elle est, en effet, très exacte. Mais qu'en fallait-il conclure? Pasteur ne pouvait pas l'interpréter comme Bastian. Pour lui, il y avait des germes : d'où pouvaient-ils provenir? Dans cette recherche, Pasteur battit longtemps les buissons, et SOS idées, de même que la discussion avec Bastian, ont été longtemps un peu confuses. Je simplifierai notablement mon exposé en disant que ces germes, auxquels Pasteur demandait l'explication de l'expérience, pouvaient être empruntés à trois sources auxquelles on n'avait pas pensé jusque-là : 1° à la solution de potasse; 2" à l'urine bouillie; 3<* aux parois du vase. C'était, comme on voit, l'introduction des solides et des liquides, comme convoyeurs de germes, dans une question où on avait surtout, jusque-là, incriminé l'air. Examinons séparément les trois sources que nous veiiODS d'énumjér/er.
La solution de potasse bouillie peut contenir des germes, et cela ne laisse pas que de paraître surprenant, quand on soui^e que cette solution est faite avec un morceau de potasse fondue qui, à l'état solide, attaque vivement les membranes animales et détruit tout ce qui est vivant. Ce n'est donc pas elle qui peut apporter des germes, et si on recommence en effet l'expérience de Bastian, en remplaçant la dissolution de potasse bouillie par un fragment équivalent de potasse fondue, Texpérience m» réussit plu*^, et l'urine continue à rester stérile. C'est doncTeau qui a apporté des germes, et, en étudiant ce sujet. Pasteur et Joubert se sont en eiïet convaincMis qu'il y avait des germes dans toutes les eaux, nirnie dans les eaux distillées avec soin, lorsqu'on les recueillait'daus des vases lavés avec des eaux cliargi'es de gernit.»s. C'est une constatation qui avait déjà été faite par M. Biirdon Sanderson, mais que les savants français ont singulièrement étendue et précisée. Ils ont vu aussi que, seules les eaux des sources profondes, celles qui avaient subi dans le sol une lente et longui» filtration au travers des espaces capillaires, revenaient au jour sans y rapporter les germes qu'elles contenaient (mi abondance au moment de pénétrer dans le sol. Kllcs s'étaient filtrées. On retrouve là toutes les notions (jui nous ont été si utiles plus tard au sujet de la distribution des germes dans les eaux, et on voit poin<lre le tihre stérilisateur, le filtre Ghamberland, qui a été un si grand bienfait liygiénique.
Toutefois cette explication n'expliquait pas tout, et il arrivait jiarfois qu'on avait eu beau stériliser la solution de jïotasse, et même la remplacer par un fragment équivalent de potasse rougie, l'urine, jusque-là stérile.
se peuplait. C'est alors de Turine que provenaient les germes : ils n'avaient pas élé détruits par l'ébuHition à laquelle on avait soumis l'urine, et ainsi se trouvait introduite dans la science cette notiên très féconde que des germes peuvent exister à Tétat vivant dans un liquide nutritif et ne pas se développer. Voilà l'enseignement apporté par Bastian. Là où il ne voyait rien se développer, Pasteur disait : « Jl n'y a rien! » Banian vient et dit : « Il y a quelque chose dont, sans le savoir, vous contrariez l'évolution ». Pasteur revient sur ses ses pas et reconnaît : C'est vrai! mais ce quelque chose est un germe, et s'il reste inerte, <î'est que, dans toutes les espèces vivantes, les premiers pas dans la vie sont les plus difficiles à faire.
A ce moment, heureusement. Pasteur était déjà arrivé à la notion de la spore, de l'œuf de l'infusoire, qui exige d'autres conditions pour arriver à l'existence que celle dont se contente l'infusoire lui-même. Les. conditions de cette réviviacence sont ei>çénéral étroites, et chaque espèce a les siennes. De ce qu'elles sont ét^oiles et parfois très délicates, il faut conclure ^ue deux savants qui opèrent sur la même espèce peuvent se trouver parfois en désaccord, à cause d'une différence insignifiante dans leur façon d'opérer. De ce qu'elles sont variables d'une espèce à l'autre, il faut conclure que ces savants seront encore bien plus exposés à se contredire s'ils opèrent, comme c'est presque toujours le cas, sur des espèces différentes, et voilà découverte une explication nouvelle, à laquelle on n'avait guère songé jusque-là, d'une fcmlede contradictions dans l'étude expérimentale des générations spontanées.
iV. H1>T0IR£ iriTï ESPRIT
Cette pan «rîneonn'j q^ii se révélait était faite poor ••xcii*?!* le zele au lîiboraioire de Pasteur. On v reconirjt l.iientôt q^je de^ix conditicos dominent le rajennisseoient du û'erme. la réai.-tîon du liquide et la présence . d«.' l'air. Ce fut surtout l'œuvre de Chamberland. En liquida- trop acide, les irermes chauffes à !mO" restent vivants, mais inertes. Ln diminuant ou faisant disparaître raeidiiê, on leur ouvre carrière. C'était ce que faisait Bastian. et son expérience n'avait rien de contradicioire av^-e la théorie des germes. Il est vrai qu'en revanche, il fahaii reconnaître l'existence de germes vivants dans des l>alIon> que Pasteur regardait comme stérilisées, et dont il faisait sortir un témoignage contre la génération sponuiiiée. Mais le témoignage restait bon. bien que h; témoin fût infidèle : il suffisait de chauffer à H'î ou 120 les liquides que Pasteur se conleiitail de chauffer à Tébullition, pour y détruire tout ce qui! y avait «le vivant, et pour rendre à Texpérience toute sa sécurité et par conséquent toute sa signilication. C'est depuis ce moment qu*on chauffe à !2<t' mus les liquides qu'on veut stériliser. C'est Tâppîirilion de rautoclave dans les laboratoires.
Laii- est souvt?nt un autre facteur important de la reviviscence des germes, et c'est ici que nous retrouvons l'exj.érience. citée plus haut, de Pouchet, Joly et Musset. Ils opéraient, comme je lai dit. avec une infusion de foin, obtenue en faisant macérer du foin dans de l'eau tiède ou chaude, filtrant ensuite et faisant bouillir In liquenr. Or, ce foin contient d'ordinaire, coniine Colin l'a inonfré depuis, un bacille très ténu, formant pellicule à la surface de l'infusion quand il s'y ib'vr-lnjip<*. r[ se résolvant en spores très résistante?.
GÉNÈflATIONH HTOIfTANÉFS 151
C'est ce fameux bacillm suhtiUs qui est répandu partout, et doit précisément son ubiquité à ce qu'il est admirablement outillé pour la lutte, étant un des plus endurants des microbes connus. Ses spores, en particulier, peuvent supporter plusieurs heures d'ébuUition sans périr, mais elles sont d'autant plus difficiles h rajeunir qu'elles ont été plus maltraitées. Si on ferme à la lampe le col du ballon qui les contient, au moment où le liquide qui les baigne est en pleine ébullition elles ne sont pas mortes, mais elles ne se développent pas dans le liquide refroidi et remis à l'étuve, parce que Tair fait défaut. Si on laisse rentrer cet air, Tinfusion se peuple, et se peuplerait encore si on ne laissait rentrer que de Tair chauffé, car l'air n'agit pas, comme le crovait Pasteur au moment des débats devant la Commission académique des générations spontanées, en apportant des germes : c'est son oxygène qui entre seul en jeu.
Remarquons ici combien Tesprit de finesse et de discernement sont nécessaires sur ces matières. Voici une expérience dans laquelle de Tair arrivant au contact d'une infusion y apporte la fécondité. Elle a été faite par Gay-Lussac avec du moût de raisin, par Pouchet avec de l'eau de foin, par Bastran avec de l'urine. Gay-Lussac conclut : C'est l'oxygène qui a vivifié la matière morte ; Poucliét et Bastian disent : C'est la génération spontanée ; Pasteur vient, qui dit d'abord : « Pas du tout! ce sont des germes », puis, quand on lui montre qu'il s'est trompé : « C'est le concours des germes et de Toxygène. » Les germes étaient toujours en jeu, et en cela il avait gain de cause.
Enfin ces germes si résistants, si répandus, présents
dans toutes les eaux, se collent aux parois des vases lavés avec ces eaux, par un mécanisme analogue à celui qui les fixe dans les canaux capillaires d'un filtre de porcelaine. Là, ils se dessèchent, et une fois desséchés, ils sont encore plus résistants. Le chauffage à 120^ d'un ballon à moitié plein de liquide peut ne stériliser que la partie mouillée, laissant la vie persister dans les régions qui ne sont pas en contact avec le liquide. 11 faut, pour tout détruire, porter les parois sèches à 180'\ De là, l'utilité de flamber tous les vases dont on se sert en microbiologie, et voilà encore une pratique, sortie, comme Tautoclave, du laboratoire de Pasteur, et qui, avec elle, assurait la technique et livrait l'avenir.
C'est ainsi que peu à peu les connaissances s'étendaient, se précisaient, et que toutes les objections faites à la théorie des germes aboutissaient à nous donner des notions plus précises au sujet de l'évolution, de la distribution et des propriétés des germes. A ce point de vue, on peut dire que toutes ces discussions ont été utiles, parce qu'elles ont suscité de nouvelles expériences. La plus utile a été la controverse avec Bastian, parce que là, les deux adversaires, sans être d'égale force, avaient le môme culte et la même foi. Bastian a rendu service à la science; il Ta fouettée du mauvais coté, mais il Ta contrainte à avancer.