‹ Pasteur-- histoire d'un espritChapitre 23 sur 39 · ORIENTATION VERS LA PATHOLOGIE · texte numérisé non relu

ORIENTATION VERS LA PATHOLOGIE

Je me souviens encore du jour où Pasteur, rentrant au laboratoire, me dit avec un peu d'émotion dans la voix : M Savez-vous ce que M. Dumas vient de me demander? D'aller dans le Midi étudier la maladie des vers à soie. » Je ne sais quelle fut ma réponse; probablement celle qu'il avait faite lui-même à son illustre maître: Il y avait donc une maladie des vers à soie? 11 y avait donc des pays qu'elle ruinait? Cela se passait si loin de Paris! Et puis nous étions si loin de Paris, au laboratoire 1

Quoi qu'il en soit, Pasteur était arrivé à un des tournants de sa vie. Depuis longtemps, il pressentait que toutes les idées nouvelles qu'il avait introduites dans la science pouvaient avoir des conséquences pour la physiologie et la pathologie des animaux supérieurs. Les deux notions de fermentation et de maladie étaient depuis longtemps connexes, comme nous l'avons vu à propos des générations spontanées. Mais cette con-

nexitô était devenue plus étroite depuis que c'étaient des cellules vivantes qui présidaient aux actions de fermentation. Gardons-nous pourtant de croire que la logique des idées de Pasteur le conduisît, dès ce moment-là, où nous le voyons si naturellement aujourd'hui, c'est-à-dire à conclure que la maladie pouvait résulter du développement, dans les tissus normaux, d'un être vivant microscopique, cause de la maladie. Cela, c'était l'idée simple, celle à laquelle on n'arrive d'ordinaire qu'après avoir fait le tour d'idées beaucoup plus compliquées. En fait, comme nous allons le voir. Pasteur n'y est arrivé pour ainsi dire que malgré lui, et après deux ans d'études.

Il était, il semble, plus disposé àcroii*eà ce moment que la maladie, quelle qu'elle fût, pouvait, en modifiant les humeurs, préparer le terrain pour tel ou tel microbe, qui était alors, suivant les cas, soit l'effet, soit le témoin visible de la maladie, soit le point de départ d'une maladie nouvelle. Nous verrons plus tard que ces notions ne sont pas aussi exclusives de la première qu'on pourrait le croire au premier abord. Dans tous les cas, elles concluaient à une répercussion du microbe sur son hôte, et c'est à cause de cette conséquence que Pasteur s'attachait depuis si longtemps à signaler les relations entre la physiologie des ferments et celle des animaux supérieurs. C'est ainsi que nous l'avons vu rapprocher le globule sanguin du ferment acétique qui, comme lui, peut prendre de l'oxygène à Tair, et le porter, doué d'une activité p' us puissante, sur la matière combustible.

Mais quand il s'agissait d'aller plus loin et d'entrer vraiment en contact avec les animaux supérieurs. Pas-

teurse sentait hésitant. Il n'était pas physiologiste. Vainement nous étions allés ensemble écouter les cours de Cl. Bernard, où il prenait fiévreusement des notes. Il aurait fallu se faire une âme nouvelle, et il n'en avait ni le temps ni la patience. L'insistance de Dumas venait de le placer brusquement en face d'une épreuve qu'il souhaitait et qu'il redoutait à la fois, et si» au premier abords sa défiance de lui-même l'avait fait hésiter, au fond, l'attrait de l'inconnu et une certaine voix intérieure lui criaient d'accepter.

Aussi son parti fut bientôt pris. Après s'être donné une connaissance hâtive de l'organisation générale des larves d'insectes en faisant disséquer devant lui un ver blanc ou une larve à'oryctes nasicornis, après avoir assisté à quelques séances d'une Commission impériale dp s 'ridcuUure dont i\ sortait plus découragé qu'éclairé, après avoir fait une lecture rapide des derniers livres publiés sur la matière, il partait pour le Midi. C'était au commencement de juin : les éducations de vers à soie étaient presque à leur terme. Il aurait pu arguer de cela pour se donner du temps et remettre ses études à l'année suivante. Mais son maître, M. Dumas, avait parlé : il était en outre plus pressé qu'il ne le pensait lui-même d'entrer dans ce monde nouveau, et il voulut se mettre de suite à l'œuvre.

Il y a consacré six ans qu'il ne sera peut-être pas inutile de raconter en détail, et cela pour deux raisons. La première est que rien ne peut être plus curieux que de voir Pasteur aux prises avec une question compliquée, toufFue,cômmençantpar s'y tromper, parvoirleschosesà rebours, ramené constamment à la vérité par l'expérience, et finissant par débrouiller toutes les obscurités.

IHfi HISTOIliE D'UN RSPRIT

Je ne connais pas de plus bel exemple d'investigation scientifique. La seconde raison est que c'est la première étape du maître dans une voie où il a trouvé riinmorlalité. Les autres découvertes ne lui avaient donné que la gloire. Enfin, je voudrais pouvoir ajouter, comme troisième raison, que cette période de sa vie est celle dont il est le plus facile d'écrire l'histoire, tant à cause des souvenirs qu'elle a laissés à ceux qui l'ont aidé dans ses travaux, que des documents qu'il a publiés lui-même.

11 n'avait pas le droit de garder sur cette partie de ses recherches le silence olympien dont il aimait à s'entourer jusqu'au jour où son œuvre lui semblait mûre pour la publicité. Il n'en disait pas un mot, même au laboratoire, où ses préparateurs ne voyaient que l'extérieur et le squelette de ses expériences, sans rien de la vie qui les animait. Ici, au contraire, il avait l'obligation de parler dès qu'il avait trouvé quelque chose, de provoquer le jugement public et celui de la pratique industrielle sur toutes ses découvertes de laboratoire.

Dure nécessité que celle de travailler ainsi sous les yeux de tous, avec une attache officielle, en présence d'un péril menaçant qu'on est chargé de conjurer f Être envoyé pour combattre un incendie, et ne pas savoir ce que c'est que le feu, et n'avoir pas de pompes! Il fallait être Pasteur pour accepter et bien porter une pareille responsabilité. En tout cas, nous devons à cet état de choses une foule de documents : rapports à l'Académie des sciences, au ministre de l'Agriculture, lettres à M. Dumas, communications aux journaux de sériciculture, et nous pouvons nous servir de tous ces écrits signés de Pasteur pour reconstituer l'histoire de

sa pensée. Il nous a autorisé lui-môme à les consulter en les insérant à la fin du second volume de ses Études sur la maladie des vers à soie. « J'aurais pu, dit-il, me dispenser de reproduire intégralement ces publications, puisque le premier volume renferme Texpression définitive de mes idées actuelles; mais j'ai pensé qu'elles pouvaient offrir de l'intérêt sous le rapport historique et comme exemple de ia marche progressive des idées dans un sujet difficile et de longue haleine, au fur et à mesure que l'observateur multiplie ses expériences. « Rassemblons des faits pour avoir des idées », disait Buflfon. Il n'est pas sans utilité de montrer à l'homme du monde ou au praticien au prix de quels efforts la science conquiert les principes les plus simples et les plus modestes en apparence '. »

Nous allons voir que Pasteur n'a rien à perdre à cette étude attentive de la marche de son esprit. Il a pu s'égarer parfois dans sa recherche, comme nous l'avons dit, se laisser tromper par de fausses lueurs, mais il est toujours revenu dans la vraie voie, et c'est précisément cette lutte avec l'erreur toujours imminente qui fait l'intérêt de cette étude.

lA MALATilR DFS CORPDSCl'LES

Pour bien comprendre les émouvanles péripéties de cette lutte contre un fléau aussi redoutable que Tétait, à C!3 moment, la maladie des vers à soie, il faut quelques notions et quelques détails préliminaires. Tout le monde connaît, au moins en gros, les phénomènes principaux de la vie du ver à soie : sa naissance d'un œuf auquel sa ressemblance avec certaines semonces de végétaux a fait donner le nom de graine^ ses quatre miies ou changements de peau pendant lesquels le ver cesse de manger, reste immobile, semble dormir sur sa litière, et se revêt, sous son ancienne peau, d'une peau nouvelle, souple et élastique, qui lui permet un nouveau développement. La quatrième de ces mues est suivie à deux ou trois jours de distance d'une période de voracité extrême pendant laquelle le ver augmente rapidement de volume et ac(iuiert sa taille maximum : c'est la grande frèze. Puis, cette période terminée, le ver ne mange plus, a l'air inquiet, et si on lui otfro à ce moment des brindilles de hniyèr.î le long desquoilos il puisse monter, il se hâte d'y choisir une place commode pour y filer son cocon, espèce de prison soyeuse qui lui permet de subir

en paix sa transformation en chrysalide d'abord, en papillon ensuite. Dans ce cocon, le corps du ver, vidé de toute la matière soyeuse, se contracte et se couvre d'une tunique assez résistante, dans l'intérieur de laquelle tous les tissus semblent se fondre en une bouillie d'apparence homogène. C'est au milieu de ce magma que se forment et se différencient peu à peu les tissus du papillon.

Celui-ci n'a plus qu'un canal digestif rudimentaire, car il n'a plus besoin de manger : le ver a mangé pour lui. II a des ailes, mais, dans nos races domestiquées, il n'a plus à s'en servir. 11 n'est destiné qu'à la reproduction de l'espèce, et l'accouplement se fait dès la sortie du cocon. La femelle pond ensuite un nombre d'œufs assez considérable, pouvant atteindre 600 ou 800 : cette graine pondue n'éclôt pas, dans les races qu'on appelle annuelles et qui sont les plus recherchées, l'année môme de sa production. Elle attend le réveil de ia végétation, le printemps de Tannée suivante.

C'est seulement lorsqu'on veut avoir de la graine ou faire grainer qu'on attend ainsi la sortie du cocon, où la transformation du ver en papillon exige environ une quinzaine de jours. En y ajoutant les 33 à 40 jours que dure Véducution du ver, et le temps nécessaire au grainage, on voit que l'évolution complète du ver à soie, de la graine à la graine, est d'environ deux mois. La périodedevie industrielleestsensiblementplus courte. Quand on ne veut utiliser que les cocons, il ne faut pas attendre que le papillon, en sortant, les ait ouverts, et par là rendus impropres à la filature. On étouffe cinq ou six jours après la montée à la bruvère, c'est-à-dire

iî)0 IIISTOFRE DXN KSPIUT

qif on met les cocons dans une étuve à vapeur dans laquelle les chrysalides sont tuées par la chaleur. Dans ce cas, six semaines à peine séparent pour le sériciculteur le moment où il voit éclore ses graines du moment où il porte ses cocons sur le marché, le moment où il sème de celui où il récolte. Comme autrefois la récolte était à peu près sure et assez lucrative, le temps des mdijuauH était un temps de fête et d'allégresse, malgré les fatigues qu'il imposait, et le mûrier avait reçu le nom (Marbre tVov de la reconnaissance des populations qui en vivaient.

Malheureusement la sériciculture était atteinte depuis vingt ans par un mal cruel, inexplicable, dont les allures singulières, les manifestations multiples et changeantes déconcertaient la raison et déjouaient les efforts les mieux combinés en a|)parence pour le combattre. Une éducation de vers avait-elle, par exemple, très bien réussi, de manière à exciter l'admiration de tout le pays environnant: au lieu do la faire étouffer, pour filer les cocons et en faire de la soie, on la consacrait au grainage , dans Tespoir tout naturel d'en tirer de la graine exc^'llenlc. Kli biiMi ! il arrivait que presque toujours cet espoir était drru et (jue, l'année suivante, les vers sortis de cette graine, au lieu de grossir rapidement comme leurs ascendants, en conservant jusqu'à la fin une égalité parfaite, acquéraient lentement les tailles les plus diverses. Beaucoup périssaient dans les premiers liges, et ceux qui avaient traversé heureusement la quatrième mue ne semblaient guère pouvoir aller au delà; ils s(i rapetissaient, semblaient se fondre peu à peuet Unissaient par disparaître presque tous en ne donnant qu'une récolte nulle ou insignifiante. L'im-

possibilité bientôt constatée par de pareils insuccès de faire de la graine avec nos belles races françaises avait engagé de nombreux commerçants à aller clicrclier au loin des semences plus saines; mais la maladie semblait faire avec eux le tour du monde, et leurs graines exotiques, après avoir réussi une ou deux années en France, étaient frappées de stérilité aussi bien chez nous que dans les pays dont elles étaient originaires^

Par le fait de sa production dans les éducations qui paraissaient devoir être les plus robustes, la maladie semblait être épidémique; par le fait de sa marche lente, mais régulière, dé notre pays vers les régions les plus reculées de l'Europe et de l'Asie, elle semblait présenter au plus haut degré le caractère contagieux : et cependant d'autres faits, non moins nombreux, et non moins probants en apparence, venaient témoigner qu'elle n'était ni épidémique ni contagieuse. Pour n'en citer qu'un, que Pasteur avait appris au début de ses études, et qui l'avait un peu troublé, on avait vu, dans l'éducation d'un mélange de deux graines, l'une à cocons blancs, l'autre à cocons jaunes, la première périr presque complètement, tandis que l'autre donnait une récolte très satisfaisante.

L'incertitude n'était pas moins grande si Ton cherchait à étudier la maladie enelle-môme, sans se préoccuper davantage de son caractère nosologique. Ainsi de Quatrefages, après en avoir fait une étude soigneuse, avait cru pouvoir la caractériser par l'existence, à l'intérieur et surtout sur la peau du ver, de taches très petites, simulant un semis de poivre Hoii\ et avait été ainsi conduit à lui donner le nom de prltrute. Mais Texpérience montrait que des vers pouvaient

être tachés sans être malades, et inversement que des vers non tachés ne donnaient pas nécessairement de la bonne graine. Voulait-on pénétrer plus avant dans Tétude de la maladie, on se trouvait en présence des résultats contradictoires obtenus par divers physiologistes. Ainsi, Lebert et Frey avaient établi qu'à l'intérieur de tous les vers et de tous les papillons malades» existait en abondance un parasite spécial, visible seulement au microscope, le corpuscule, observé pour la première fois par Guérin-Menneville, et dont rimportance au point de vue pathologique avait été entrevue par Cornalia. Mais à en croire un autre savant, Filippi, ces corpuscules existaient normalement dans tous les papillons.

Un progrès réel avait pourtant été réalisé le jour où Osimo avait découvert les corpuscules dans les œufs du ver à soie, et où Vittadini, après avoir reconnu que leur nombre augmentait dans une ponte au fur et à mesure qu'on se rapprochait de l'époque de Téclosion, avait fondé, sur l'examen microscopique de la graine, un moyen de distinguer la bonne delà mauvaise. Le corpuscule est bien en effet, comme nous allons le voir, la cause de In maladie, et une graine qui en renferme ne peut jamais donner de cocons; mais ces deux faits n'étant pas démontrés, Tincertitude existait sur la valeur théorique du procédé. Quant à la pratique, il donnait trop souvent comme bonnes des graines détestables, et lorsqu'il en condamnait une, c'était au nom de principes trop incertains pour que Téducateur fût blâmable de ne tenir aucun compte des conseils de la sience.

Le môme Osimo, en 1859, avait essayé de pousser

la science et la pratique dans une autre direction. Il avait conseillé de joindre à Texamen des œufs celui des chrysalides, et de rejeter les pontes de celles qui se trouvaient par trop corpusculeuses. C'était cette fois beaucoup se rapprocher de la vérité, comme nous le verrons tout à Theure. Mais ce conseil, donné à la légère et sans appui expérimental, avait été suivi et expérimenté, à la légère aussi, par Cantoni qui, après avoir élevé des graines provenant de papillons non corpusculeux, avait vu les vers devenir corpusculeux pendant l'éducation, ce qui prouvait, avait-il conclu, que * l'examen microscopique des papillons était malheureusement aussi inutile » que les autres remèdes.

Heureusement, de toute cette histoire du passé, de ce mélange de vrai et de faux, Pasteur ne savait rien en commençant ses études. A sa plainte de n'être pas au courant de la question, Dumas avait répondu un jour : ce Tant mieux! vous n'aurez d'idées que celles qui vous viendront de vos propres observations ! » Cette réponse n'est pas toujours un paradoxe, mais il faut savoir choisir à qui on la fait.

Le premier sain de Pasteur, arrivant dans le Midi, fut de chereher ce fameux corpuscule, qu'il n'atait jamais vu. II n'eut pas de peine à le reAcontfer. Atix environs de la petite ville d'Alais, dans laqtfê^lle il s'était installé, tontes les éducations, déjà à leur fin, étaient infectées. Vers et papillons malades présentaient des corpuscules par milliers. Qciel^iie» rares vers, d'apparence saine, n'en présentaient pas du tout. Ce qui semblait surtout ressortir de ee premier examen rapide, c'était l'exactitude de la retation signalée par de Quatrefages entre Texistence des corpasMles et la présence à la surface de la peau des taches ttodrêfsde la jM%'ine, Tous les vers pébrinés présentaient en nombre énorme des corpuscules. Mais ce fait, alors même qu'il eût été plus assuré qu'il ne l'était réellement, ne disait pas grand*chose. En continuant un peu à l'aventure ses recherches. Pasteur rencontra un jour un de cesfails imprévus qu'il est si utile et si dangereux de trouver sur sa route, quand on débute dans une recherche quelconque. Ils ont une physionomie de sphinx, et ils posent en effet nettement la question: devine, ou tu seras dévoré. Pasteur n'a pas deviné, et

ÉTUDES SUR LES MALADIES t)ES VERS A SOIE ISiS

n'a pas été dévoré, c'est ce qui faitTintérêt de rhistoirè.

Près de la magnanerie dans laquelle il s'était installé, il y avait deux éducations de vers à soie, deux chambrées : Tune achevée et montée à la bruyère, l'autre sortant de la 4« mue. La première avait très bien marché. Les vers avaient monté avec ensemble, et s'étaient montrés si vigotireux qu'on se préparait à consacrer tous les cocons au grainage. La seconde avait traîné^ et présentait une mauvaise apparence : les vers étaient languissants, mangeaient peu, ne grossissaient pas. Finalement, la suite prouva que ces apparences n'étaient pas trompeuses : la récolte en cocons y fut presque nulle.

Or, en examinant au microscope les chrysalides et les papillons de Téducation qui avait bien marché^ on y trouvait partout des corpuscules, tandis qu'il n'y en avait qu'exceptionnellemeùt dans les vers de la mauvaise chambrée. Et ce n'était pas là un fait exceptionnel, car, en cherchant aux environs, Pasteur trouva une foule d'exemples analogues.

Qu'était-ce à dire? Corpuscules et maladie des vers à soie étaient donc deux choses distinctes. On pouvait s'être très bien porté et comporté, comme les vers de la première éducation, et donner cependant des chrysalides corpusculeuses? On pouvait se porter très mal, comme les vers de la seconde, et ne pas contenir de corpuscules? Nous savons aujourd'hui que si Pasteirr n'en trouvait pas, c'est qu'il les cherchait mal, ou encore qu'il confondait, dans son inexpérience, deux maladies, l'une où le corpuscule a un rôle, l'autj^e où il n'en a point. Mais cela, Pasteur ne le savait pas, ne Tayaut découvert que plus tard. Et, en attendant, la

question se posait h lui, troublante et impérieuse: que conclure de Tobservation qui précède?

Pour conclure, il était cependant prudent d*attendre ce que deviendraient les cocons de la mauvaise chambrée. En les étudiant en effet jour par jour, au fur et à mesure de leur formation. Pasteur vit que le nombre des corpusculeux y augmentait de plus en plus. Parmi . les vers, les corpuscules étaient rares. Dans les chrysalides, surtout dans les chrysalides âgées, les corpuscules étaient fréquents. Enfin, pas un seul des papillons n'en était privé, et ils y étaient à profusion.

La question semblait donc s'éclairer, car comment interpréter cette double observation autrement qu'en disant : 11 y a une maladie qui peut affaiblir le ver en Tabsence du corpuscule, mais dont le corpuscule est le témoin tardif. Les deux chambrées ont souffert de cette maladie, mais la première n'a été atteinte que lorsque les vers étaient voisins du cocon et a pu bien marcher, tout en étant un peu malade. Dans la seconde, la maladie a plus fortement sévi sur le ver, et c'est pour cela qu'elle a été languissante et a presque échoué.

Cette interprétation, nous le savons aujourd'hui, est inexacte, et elle était par suite périlleuse. Son danger est qu'elle conduisait à une conclusion pratique, que Pasteur n'hésiia pas à tirer. Du moment que le corpuscule apparaissait ainsi comme le témoin d'une maladie avancée, il est clair qu'il valait mieux s'adresser, pour avoir de la graine, à des papillons non corpusculeux qu'à des papillons corpusculeux. Les premiers pouvaient être malades, mais ils l'étaient depuis moins longtemps et probablement moins gravement.

f,TPnf:s sun les maladies dks vers a soie 197

« Dire que la maladie doit être regardée comme affer,taiil de pri^férence la chi'ysaiide et le [lapillon est seiilemenl dire qu'à cet âge elle se manifeste plus apparente et aussi sans doute plus dangereuse pour sa poslérilé. » El c'est ainsi que Pasteur, parlant d'une idée fausse, mettait de suite le cap sur une méthode de grainafje qui devint théoriquement et pratiquement encore meilleure lorsque l'idée fausse qui l'avait inspirée fut remplacée par une idée vraie. Car le corpuscule devenant, comme il l'est réellement. la cause unique et non plus l'elTet ou le témoin de la maladie, son élimination n'en était que plus profitable, et c'est ainsi que l'erreur conduit parfois à la vérité. Mais il ne faudrait pas trop se fier à cet exemple.

Quoi qu'il en soit. Pasteur se trouvait conduit, par sa façon de voir les cltoses, à la même méthode de graînage qu'Osimo, etil est curieux de constater avec quelle fermeté, après quinze jours seulement de séjour sur les lieux, il indique, le 2f> juin ltt6f), au comice agricole d'Alais', et répèle, le 25 septembre suivant, devant l'Académie, les conditions d'une bonne méthode de grainage. << Ce moyen consistera à isoler, au moment du grainage, chaque couple mâle et femelle. Après le désaccouplement, la femelle, mise k part, pondra ses graines; puis on l'ouvrira, ainsi que le mâle, afin d'y rechercher les corpuscules. S'ils y sont absents et également dans le mJLle, on numérotera celte graine qui sera conservée comme graine absolumenl pure, et élevée l'année suivante avec des soins particuliers. Il y aura des graines malades à divers degrés, d'après l'abondance plus ou moins grande des corpuscules

Page 1