Eludes lur la matailie det vern à soie, t. U. p. 1ï
HISTOIEE D'UN ESPRIT
dans les individus mâle et femelle qui les ont fournis ' ». C'est, dans Tensemble, le retour au procédé Osimo, essayé et jugé inefficace par Cantoni, comme nous Tavons dit tout à Theure. Pourquoi avait-il échoué tandis qu'il aurait du réussir? Peut-être parce qu'il n'avait pas été essayé avec la confiance, avec la foi nécessaires, parce que Cantoni n*a pas suffisamment préservé ses vers d'une contagion nouvelle dont îl a confondu les effets avec ceux de l'hérédité. Quand on suit une idée en fair, il faut bien aller au hasard, et le moindre échec décourage. L'idée de Pasteur avait, au contraire, une base expérimentale, et on pouvait se fier h lui quand il suivait une idée venue de Texpérienoe. 11 avait d'ordinaire bien vite fait de démêler si elle était vraie ou fausse.
1. Comptes rendus de P Académie des sciences, l. LXI, 25 sept. ib65.
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Dm^ respàcô pourtant, Pasteur continua \h se tromper pendant toute Tannée 1866, par suite d'un défaut de technique qu'il faut relever- Il avait eu à eœur d'appliquer lui-^môme sa méthode de grainage poup se proaurer dea matériaux d*étude pour Tannée suivante. Il avait donc cherché aux environs d*Alais des chrysalides et des papillons aussi sains que possible. Mais le pays était bien infecté : de plus» les éducations y étaient très avancées, et pour la plupart livrées h la filature* C'est à grand'peine qu'il put se procurer quelques cooons provenant d'une éducation en apparence asse^ saine et asses; bien réussie. Il les rapporta à Paris pour les faire grainer»
Dans le passage que je viens de transcrire, Pasteur dit qu'on ouvrs le mftle et la femelle pour y chercher les corpuscules. C'est qu'en effet, h ce rooment'là, on enlevait avec des ciseauij une partie de la peau de Tabdomen : on étalait ce lambeau sur la lame de verre, on raclait un peu du tissu adipo-cellulaire qu'il emporte avec lui* et on examinait ce fragment après Tavoir étalé sous la lamelle. Ce n'est que plus tard qu'on s'est mis h broyer le papillon dans un mortier pour
étudier une goutte de la bouillie au microscope. Ce mince détail a une très grande importance. Le second procédé est le seul à peu près sûr. Le premier expose au contraire fréquemment à méconnaître la présence des corpuscules, et on va voir ici combien tout se tient dans une recherche. La méthode adoptée par Pasteur est fille de son idée fausse du moment. Si Pasteur avait considéré ces corpuscules comme des parasites, il aurait sûrement conclu qu'il pouvait y en avoir ici et non là, et qu'il fallait les chercher autrement qu'en un point. Mais il était convaincu que le corpuscule, signe tardif d*une maladie préexistante, était un produit de transformation, ou, pour employer l'expression médicale, un produit de régression des cellules des tissus. Or, dans cette hypothèse, il devait y en avoir partout. La méthode de recherche, imparfaite parce qu'elle était née d'une idée fausse, trompa Pasteur et l'enfonça davantage dans son idée. Sur les huit couples rapportés d'Alais et qu'il étudia à Paris, il crut en trouver un où le mâle présentait peu de corpuscules, et où la femelle n'en avait pas. En réalité, elle en contenait aussi, comme le montra le résultat des éducations, où quelques corpuscules apparurent non chez les vers et les chrysalides provenant de cette graine, mais chez les papillons. Cette apparition, spontanée en apparence, des corpuscules dans une éducation qui semblait devoir en être exempte, confirma naturellement Pasteur dans son opinion au sujet de Torigine intérieure du corpuscule. Et c'est ainsi qu'un mode d'examen inspiré par une idée fausse conduit parfois à la confirmation de cette idée fausse, et c'est ainsi encore que, pendant toute la campagne de 1866, Pasteur persiste à assimiler le cor-
puscule aux globules de pus ou même aux globules sanguins. Il ne revint formellement à Tidée de parasitisme qu'après une expérience de Gernez que nous retrouverons en son temps.
En résumé, à ce moment, quelqu'un qui aurait jugé superficiellement aurait pu conclure que Pasteur n'apportait rien de nouveau. 11 partageait Terreur de Filippi, de Vittadini, de Cornalia sur l'origine du corpuscule : sa méthode de grainage, proposée par Osimo et ensuite par Cornalia, avait échoué entre les mains de Cantoni et de Bellotti. Il fallait y regarder de près pour voir que Pasteur apportait dans cette étude une autre idée que ses prédécesseurs. Cette idée était de tenter des expériences d'éducation comparatives sur des œufs sains et sur des œufs malades. La méthode de grainage qu'il recommandait, si médiocre qu'elle fût au point de vue théorique, si mauvaise qu'elle pût être, d'après les résultats de Cantoni, au point de vue industriel, était pourtant suffisante pour assurer entre les graines ces différences originelles dont il fallait examiner l'influence. « Le procédé de sélection auquel m'avaient conduit mes premières recherches me semblait, dit Pasteur *, avoir une importance plus scientifique qu'industrielle? » Il s'est trouvé que ce procédé contenait la solution industrielle du problème, mais s'il ne l'avait pas contenue, il y aurait conduit, car Pasteur introduisait l'expérience dans une question où il n'y avait eu jusque-là que de l'empirisme.
Son plan de campagne pour les éducations de 1866 était donc tout tracé. Après avoir obtenu des graines de
ses différents couples de papillons plus ou moins corpusculeux, il devait essayer ces graines d'abord aux essais précoces, ceux qu'on fait en mars et avril sur de petits échantillons, avec des feuilles de mûrier cultivé en serres, puis aux (grandes éducations de mai et de juin. L'éducation, avec les mêmes soins et dans les mêmes conditions, de ces {^raines d'origine diverse devait donner, au sujet de rinfluencedes corpuscules du père ou de la mère sur le résultat de Téducation industrielle ou de Téducation pour graines, des renseignements qui ne pouvaient manquer d*rtre précieux, quelle que fût, du reste, la vraie signification du corpuscule luimôme. En marchant avec cette lumière, Pasteur vit en eftet apparaître tout de suite un certain nombre de faits de la plus haute importance.
Le premier, n.*est qu'en gros les lots de graine se comportaient d'autant plus mal à Téducation industrielle, cest-à-dire donnaient d'autant moins de cocons, que leurs générateurs étaient plus chargés de corpuscules. Cola surfisail pour établir, entre Texistenoe ou le nomhn) des corpuscules et la présence de la maladie, le lien de fait qui était le premier besoin de la méthode nouvelle.
Un second point, c*est que des graines issues de papillons corpusculeux n'étaient pas do ce fait destinées u échouer, et pouvaient aller jusqu'au cocon on donnant des rendements acceptables. Tel était, par exemple, le cas pour les graines venues du Japon qui, bien que corpusculeuscs, étaient pourtant recherchées des éducateurs. Cette race, robuste, semblait mieux résister & la maladie régnante. Tel était aussi le cas pour quelques éducations de races françaises. Hftis ftuoune de
ÊTL'DKS SUH Lies MALADIIÏB DES VKBS A SOIE iH3
CQS éducations, même celle qui étBil te mieux réussie pour le rendement en cocons, ne pouvait donner de bonne graini^, alteiidu ijue tous les papillons étaient fortement coi-pusculeiiK. Cocj expliquait comment on échouait parfois en élevant des graines provenant d'une t^ducaiion bien riiussie. Le suqcës de cette éducation ne prouvait rien pour la graine. Il fallait en outre le conirùle du microscope. Et on retrouvait ainsi la prescription de la méthode pastorienne de grainage, qui ressortait singulièrement afTermie de celle premii-re épreuve.
Enfin, un autre fait capital est que, môme dans les éducations les pins corpusculeuses, là où la mortalité avait été la plus grande sur les vers ou sur les chrysalides, on trouvait toujours des papillons non corpuaculeux, pouvant donner de la graine meilleure que celle dont ils provenaient eus-mÔmes. Ceci était de lapins haute importance au point de vue pratique. Parmi les objections failes dès l'origine à Pasteur, avait eu effet figuré celle-ci : Si la maladie est bien caractérisée par la présence et l'abondance des corpuscules, comme vous le dites et comme vous le prouvez, elle est bien élendue, bien générale, et dès loi-s comment faire pour trouver la graine nécessaire, nous ne disons pas à la régénération, mais à la simple conservation des races françaises et italiennes, bien supérieures au point do vue du rendement et de la qualité de la soie aux races japonaises qui les remplacent peu à peu dans tous les pays séricicoles. A cela, Pasteur pouvait répondri : mais voici des cocons d'une race française que je suis venu chercher dans un des pays les plus infeclés! Regardez-les. étudiez-les nu microscope, vous verrez
soi
qu'ils promettent des produits encore plus beaux pour Tan prochain. Faites donc comme moi : que chacun se procure sa graine comme je le fais pour moi-même. Si vous me dites que le microscope vous fait peur, et que son maniement ne vous semble pas facile, apprenez ceci, c*est qu'il y a chez moi une petite fille de huit ans qui s'en tire très bien.