LA MALADIE DES M0RTS-FLAT
J*ai laissé de côté, dans ce qui précède, tout le travail de propagande auquel se livrait Pasteur pour assurer et accélérer la confiance dans sa méthode. Visites, correspondances, lettres aux journaux, il ne négligeait rien ; il distribuait des graines saines et des graines malades, provoquait des jugements publics sur les résultats des éducations, les pronostiquant à Tavance, de façon à exciter Tattention et à piquer la curiosité, et chaque matin c'était un courrier volumineux qu'on dépouillait avec émotion, souriant aux bonnes nouvelles, attentif aux mauvaises.
En 1867, Pasteur avait distribué par petits lots ses graines saines préparées en 186G, et le succès, nous le savions, avait été général. Pourtant, à mesure qu'arrivaient les lettres annonçant le résultat des éducations, nous trouvions notre maître de plus enplussoucieux.il nous tenait si loin de sa pensée que nous ne nous expliquions pas ses inquiétudes, jusqu'au jour oîi il nous apparut presque les larmes aux yeux, tombant découragé sur une chaise et s'écriant : « 11 n'y a rien de fait; il y a deux maladies 1 »
Il voulait parler de cette maladie des mof'ts-flats.
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dont j'ai dit quelques mots plus haut. Il la connaissait depuis longtemps, depuis son premier séjour dans le Midi en 18G3, où Tune des deux éducations qui avaient servi de point de départ à ses déductions était atteinte de cette maladie, en même temps que de celle des corpuscules. Mais les cas d'association étaient tellement fréquents, précisément parce que la maladie des corpuscules était très répandue, que Pasteur avait considéré les deux affections comme liées Tune à l'autre et devant disparaître ensemble.
Pendant les éducations de 1866, les deux maladies s'étaient un peu dissociées dans les faits et dans son esprit. Il avait parfois vu apparaître la seconde sur des éducations exemptes héréditairement de la première, et il se demandait si elles n'étaient pas indépendantes. Ses publications àcette époque portent la trace de ces préoccupations, qui n'étaient pas encore de Tinquiétude. Les cas de maladie des morts-flats avaient été rares, et avaient en outre apparu çà et là, sans préférences visibles, comme des accidents d'éducation imputables aux éducateurs.
Ce ne fut qu'aux essais précoces de 1867, et surtout aux grandes éducations, que la gravité de la menace apparut. Des lots de graine pure de corpuscules, élevés chez divers éducateurs, avaient à peu près péri chez tous de la maladie des morts flats, quelles que fussent les circonstances de lieu, de temps, de climat et d'éducation. Il ne pouvait plus être question d'accidents : c'était une disposition héréditaire qui se révélait, et on comprend qu'en voyant se renouveler ces échecs, en trouvant derrière la maladie qu'il croyait avoir vaincue une autre maladie redoutable, et sur laquelle il ne
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savait rien encore, Pasteurait eu et montré une minute de désespérance. Le public à qui on ne fait voir que l'œuvre faite ignore les heures pénibles par lesquelles le savant, Tartisle ou Técrivain ont d'avance payé la joie de leur succès.
Nous nous efforcions naturellement de réconforter de notre mieux le maître découragé. De ce que tout n'était pas fini, il ne fallait pas conclure qu'il n'y avait rien do fait, mais seulement qu*il fallait se remettre à la besogne. Nous étions jeunes, et nous avions confiance non en nous, mais en lui. C'étaient d'ailleurs des heures bien employées que celles où on le voyait aux prises avec ces questions difficiles, sans cesse en quête, tantôt trompé dans ses prévisions et hésitant, tantôt triomphant et marchant à grandes enjambées. Nous ne savions pas toujours où il voulait aller, car il parlait peu ; mais nous tâchions de deviner, jugeant d'après l'événement, et rectifiant nos idées sur ce qu'il nous était permis d'apercevoir des siennes.
Cette distinction entre les deux maladies, telle qu'elle venait de s'imposer, était un premier pas et des plus importants dans l'étude de la seconde : elle permettait de ne laisser au compte de chacune d'elles que ce qui lui appartenait. Au début de ses recherches, nous Tavons vu, Pasteur avait mis à la charge de la maladie des corpuscules des effets dus à la maladie des mortsflals. Maintenant, la lumière pénétraitdans des coins obscurs, on s'expliquait beaucoup de difficultéset de contradictionsapparentcs,otmèmeenfaisantlerécolementdes souvenirs et des cahiers d'expériences, et en distrayant de lensemhle tout ce qui se rapportait ù la maladie des
morts-flats, celle-ci.' se trouvait avoir de ce fait un dossier déjà assez volumineux.
Le point le plus frappant de son histoire était son caractère évidemment héréditaire. Elle sévissait, avonsnous dit, sur certains lots de graines, parfois partagés entre plusieurs éducateurs, élevés de ce fait dans les conditions les plus variées, et qui, malgré cela, se trouvaient frappés à la même période, au même âge du ver, comme s'ils avaient tous apporté avec eux un germe de destruction. Le cas le plus fréquent était qu'après la 4® mue, pendant cette période de voracité qu'on appelle la grande frèze, alors que les vers sains escamotent pour ainsi dire la feuille qu'on leur donne,- on voyait les vers malades rester indifférents à la provende, se promener sur la feuille sans Tenlamer, la fuir même, et avoir l'air de chercher un coin tranquille poury mourir. Mort, le ver tantôt se ramollissait et tombait en pourriture, tantôt il restait ferme, dur, et il fallait le toucher pour s'apercevoirque c'était un cadavre. D'autres fois encore, quand la maladie ne l'attaquait que plus tardivement, il montait à la bruyère, mais péniblement, tissait lentement son cocon, parfois ne le terminait pas, le laissait à l'état de peau, et y mourait sans s'y transformer en chrysalide ou en papillon.
En se remémorant les conditions dans lesquelles s'était faite l'éducation des graines qui avaient montré cette prédisposition héréditaire à la maladie des mortsflats^ Pasteur se rappela tout à coup que l'une d'elles ne l'avait pas complètement satisfait au moment de la montée. Les vers s'étaient montrés mmis, avaient traîné à ce moment. Pasteur recueillait ici le bénéfice de cette surveillance constante et pénétrante
qu'il portait sur tout. En un an, il était devenu un excellent magnanier. S'il observait bien, il savait aussi conclure, et tout de suite il pensa que les graines affectées de cette sensibilité héréditaire vis-à-vis des morts-flats devaient provenir de ces éducations en apparence bien réussies, qu'il faisait grainer parce que les vers ne contenaient pas de corpuscules, mais où ils avaient, en montant à la bruyère, cette torpeur particulière qu'il avait parfois observée. Comme dans la maladie des corpuscules, le mal n'avait pas tué les générateurs, mais n'en menaçait pas moins leur descendance.
Sur cette idée, à l'instant, oubliant son découragement, il se met à l'œuvre. Il y avait encore dans le voisinage quelques éducations atteintes de la maladie des morts-flats. Il prit les cocons qu'elles avaient fournis, . s'assura de l'absence des corpuscules, et les fit grainer. Cette graine fut élevée aux essais précoces de Tannée suivante, et, dès le 20 mars 1868, il pouvait annoncer à Dumas que, sur sept lots ainsi choisis sur sept éducatiens distinctes, six avaient échoué à divers âges, surtout à la quatrième mue^ de la maladie des mortsflats.
« Plus de doute, par conséquent, ajoutait-il*, la maladie des morts-flats peut être héréditaire et frapper une chambrée, indépendammentde toutes lesconditions sur le mode d'éclosion de la graine, sur Taération de la chambrée, sur le trop grand froid ou la trop grande chaleur que les vers ont à supporter, conditions qui peuvent sans doute provoquer d'une manière acciden-
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Telle celle même maladie. De là, la nécessité impérieuse de ne jamais taire de la graine, quels que soient la qualité esléi-ieure ou les résullatii de l'épreuve microscopique des papillons, avec des chambrées qui ont eu. de la quatrième mue à la montée, des vers languissants, ou qui ont subi une mortalité Siînsible h cette époque de l'éducation parla maladie des morls-flals. J'insiste de nouveau sur ce conseil, et avec plus de force que l'an dernier. »
11 sentait pourtant que cette prescription était un peu incertaine. Qu'est-ce qu'un ver languissant î II faut être un bon maguanier pour le voir, et il n'y avait plus de bons magnaniers. Plusieurs années d'échecs successifs avaient mia en déroute pratiques, expériences et traditions. Il fallait trouver pour la maladie un signe plus palpable, et, pour cela, l'étudier dans ses origines, dans son étiologie.
Ce fut là la besogne des années 1868, 1869 et 1870, besogne intermittente, coupée qu elle fut par d'autres occupations. La recommandation faite d'éliminer du grainage tout ce qui avait couleur de flacherie supprî^ mait pour le moment toute grave préoccupation au sujet de cette maladie, et celle des corpuscules restait seule en scène. 11 était urgent de prouver à tous la valeur et le caractère éminemment pratique du nouveau procédé de grainage.
Dans cette œuvre, Pasteur témoigna de qualités qui ne sont pas de celles dont j'ai entrepris Thistoire, parce qu'elles ne font pas partie de sa grandeur, et qu'il aurait pu ne pas les posséder. Mais je dois les signaler, parce qu'elles complètent sa physionomie. C'étaient les qualités maltresses d'un chef d'industrie qui surveille tout, ne laisse de côté aucun détail, veut tout savoir et tout avoir dans la main autour de lui, et qui, en même temps, se met en rapport personnel avec tous ses clients, demandant le pourquoi de leur opinion à ceux qui sont contents comme à ceux qui ne le sont pas.
11 sentait bien qu'un procédé de grainage qui froisse
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des intérêts, qui iransforme des habitudes commerciales ou industrielles, ue pouvait pas passer sans soulever des colères, saas susciter des critiques d'autant plus acerbes qu'elles étaient moins désin téressées. Il se montrait de moins en moins sensible à ces attaques, à mesure qu'il était plus sûr de son fait, et jamais aucune contradiction, vînt-elle même Je la Coiumission des soieg, de Lyon, ne l'a autant remué que celles qu'il devait rencontrer plus tard, à propos de ses é tudes sur la fermentation ou des recherches sur le charbon et la rage humaine. Toutefois, comme la diffusion de la méthode était devenue une question de pratique, il n'avait pas dédaigné de devenir grtiineury et il allait volontiers présider à la mise en œuvre de son procédé chez les iadustriels qui réclamaient son concours, dans les Basses-Alpes ou dans les Pyrénées-Orientales.
C'était dans les intervalles de cet apostolat pratique qu'il revenait aux études sur la maladie des morts-tlats, qui. à mesure qu'on l'éludiait, se révélait plus compliquée que celle des (.'orpuscnles, plus rapprochée des maladies humaines. Ce rapprochement était à ce moment encore assez vague dans l'esprit de Pasteur, qui n'avait pas fait d'éludés médicales, et qui avait en outre la faculté, presque nécessaire, il semble, aux hommes de sa trempe, de s'abstraire dans ce qu'ils font, et de travailler d'aillant mieux chez eux qu'ils regardent moins par la fenêtre. Mais comme les études de Pasteur l'ont introduit sur le terrain de la pathologie, l'ont amené à examiner une foule de problèmes nouveaux, et ont eu un retentissement évident sur ses découvertes ultérieures, peut-être est-il bon de dire le point où il en
étoit arrivé en 1X78, après dis
d'études inter-
» tiifTome uvM EiirMiT
niltenlo» et coni^ées par d'auirM invaui, CéfsK ft h
veilleou ou (iivmîer d^but iIp ses rechart-Jifs sur le charbon, et la qoestinn n'avail pas ce»s^ d? ti&nipr soa es[iril. En o«tle année ttf'8 m réunit t l'aris tin Contré:) »firicico\e, nb il fat benucoup qoMtmn (]•.' U flachcrie, rt où Pasttfur &e trouva aiseafï à prenOri! aouveni lu parole. De ses discour* et de M» fonrersatiodâ réïDlte le réauiné suivant de ses idées aiir une qoestioo aar larincUo II n'e&i jamais revenu depdts.
Nous avons décrit les caractères extérieurs de tn maladie, ei nous savons aussi (|uo la mortalité peut être eousidérnble en quelques jours, ce qui lui donne itn caracli-re i^pi dé inique des plus accusés. On peu! l'appeler eknl^ra, typiitu des vers k soie, liais ce ne sodI tè que des mots. TAcbons d'arriver jusqu'aux choses et jusqu'aux causes.
Le plut simple examen montre que, comme dans le Uphus, le choléra, ce sont les o^aoes digestir^ qui sont malades. Parfùis leur contenu e:^i tout spumen^i, en pleine Termentalion. l'arfois, au contraire, tes matières sont agglomérées, dures et de mfime aspect d'un bout k l'autre du canal intestinal, qui semble devenu un vasi; inerte. Dans tous les cas, rien ne ressemble n ees digestious normales, régulières, dont le produit solide est moulé et découpé par les muscles de l'anus avec ta régularité d'une maciiioe k fabriquer les |>dtes d'Ilatic.
En examinant au microscope ces excréments normaux, on y trouve des tiébris d<; feuilles, mais pas ou presque pas de formes de microbes. Il ii'v a. pour ainsi dire, pas de place pour eux daud k> mécanisme puissaul de l'élaboratioa nuiriiive, chez cet animal qui semble
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fait uniquement poui' manger. Il en est tout autremetlt dans les vers malades. Leur canal digestif est rempli de microbes. Ce sont des bacilles plus ou moins dodus, dont quelques-uns sont munis de spores, et des micrococcus en points doubles et en chapelets.
Les choses étant ainsi, une première question se pose. La maladie est-elle contagieuse? Peut-elle se transporter d'un ver malade à un ver sain, son voisiri? 11 arrive précisément que dans cette maladie les excréments sont d'ordinaire visqueux et souillent les feuilles que les vers se partagent. Imitons cette contagion naturelle en faisant consomme^à des vers des feuilles barbouillées avec les déjections d'un ver malade, et nous les verrons devenir malades à leur tour, comme dans le cas de la maladie des corpuscules. La flacherie est donc contagieuse comme la pébrine.
Mais voici une différence : tous les vers qui avaient consommé des corpuscules frais devenaient malades à peu près dans le même temps. Le corpuscule ingéré a une évolution régulière, et ce n'est pas dans le canal digestif qu'il se développe. Il n'en est pas de même pour la flacherie. Son siège est dans l'intestin, et le temps qui sépare le moment de la contagion de celui de la mort peut varier de 12 heures à trois semaines et même davantage, car toujours quelques vers échappent à la mort. Des vers qui se ressemblaient vis-à-vis du corpuscule ne se ressemblent donc plus vis-à-vis dés germes de la flacherie. Et c'est ainsi que Pasteur rencontrait pour la première fois cette question si neuve alors de la réceptivité micvohienne, différente dans les divers individus d'une môme espèce.
Il vit apparaître une seconde question tout aussi
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neuve pour lui, bien qu'elle le fût un peu moiCiS pour la science, en cherchant si des germes de flacherie de diverses provenances s'équivalaient au point de vue de la production de la maladie. Des bacilles, empruntés à une fermentation artificielle de feuilles de mûrier, amènent, par exemple, la mort en 8 ou 15 jours. Si on contagionne des animaux nouveaux avec la matière du canal digestif des premiers, la mort survient en 6 à 8 jours. Le virus a donc augmenté d'intensité par suite de son passage au travers de l'organisme.
Enfin, rinfluencede la porte d'entrée, que Davaine était en ce moment occupé à étudier avec la maladie charbonneuse, apparaissait aussi à Pasteur par la comparaison qu'il avait faite des résultats de l'inoculation par piqûre et par contagion du tube digestif. On voit quelle préparation excellente lui avaient fait ces études sur la flacherie, et combien il avait raison de recommander aux jeunes médecins, qui plus tard apprirent le chemin de son laboratoire, de lire ces deux volumes sur la maladie des vers à soie : les grands enseignements de la pathologie microbienne s'y trouvent déjà.
Ce n'est pas tout. Nous avons vu que le germe du corpuscule n'est pas banal, et doit être emprunté à un animal vivant, ou à un animal récemment mort, pour garder sa vitalité. Pasteur croyait même, nous l'avons vu, qu'il n'avait pas d'autre habitat que le ver à soie, et qu'on pourrait faire disparaître la pébrine en n'élevant partout que de la graine saine. Au contraire, l'apparition de la flacherie est parfois spontanée, et peut résulter d'un accident ou d'une faute pendant l'éducation. D'où en viennent alors les germes? Le germe est banal, répond Pasteur. Il suffit d'abandonner dans
un flacon, à la température de Tété, un peu de feuille de mûrier broyée pour voir apparaître dans la macération des êtres microscopiques, en tout semblables à ceux qu'on rencontre dans le canal digestif des vers flats, canal qui, en fait, semble devenu un vase inerte; chez un ver sain, il arrête ou empêche tout développement des microbes; chez un ver flat, il laisse carrière aux germes qu'apporte la feuille, et, au degré de virulence près, les germes du flacon et les germes du canal se comportent de même. Voilà qni nous explique que la maladie puisse apparaître parfois sans avoir été importée, ce que ne faisait pas, au moins dans la pensée de Pasteur, la maladie des corpuscules.
La découverte du caractère banal du germe de la flacherie nous oblige maintenant à revenir en arrière et à nous poser une question. Pourquoi, si ce germe est partout, ne se développe-t-il pas toujours et partout? On voit que cette question est générale, comme celles qui précèdent, et peut se poser au sujet d'une foule de maladies humaines. Le germe de la tuberculose est largement disséminé, pourrions-nous dire aujourd'hui. Il n'est personne d'entre nous qui n'en ait inhalé. On est si exposé à la rencontrer, tous les jours et partout, autour de soil Pourquoi ne sommes-nous pas tous tuberculeux? A cette question non encore résolue. Pasteur avait fait, à propos de la flacherie, une double réponse.
Ce développement intermittent et localisé de germes répandus partout peut se faire, dit-il, toutes les fois que des circonstances extérieures, dont l'éducateur n'est pas toujours le mattre, favorisent la multiplication des microbes, ou affaiblissent la puissance digestive du
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ver. L'animal ingère constamment avec sa feuille des germes qui se développeraient dans un flacon et qui ne se développent pas dans son canal digestif, arrêtés qu'ils sont par des influences physiologiques. Mais imaginez qu'ils soient plus nombreux pour une raison quelconque, que la feuille se soit échauflPëe en fermentant avant d'être servie aux vers; imagînei encore que le nombre des germes restant le même, le ver ait été affaibli par un de ces temps orageux, une de ces totiffes pendant lesquelles Tair ne circule pas, ou une magnanerie trop chaufl*ée ou trop peu ventilée, ou par un accident d'éducation quelconque, et voilà les germes qui profitent de l'affaiblissement de la résistance pour prendre le dessus, et voilà la maladie qui éclate.
Ajoutez enfin h cette notion que Taffaiblissement du canal digestif peut être constitutionnel, organique, résulter de ce que les vers, qui ont été les ascendants larvairesdelagraincsouff'raient eux-mêmes, au moment de la montée ou avant, de la maladie des morts-flats, et voilà reliés par un lien commun tous les modes d'apparition de la maladie, aussi bien celle qu'on rencontre à Tétat sporadique sur des graines saines et exemptes de toute prédisposition héréditaire, que celle qui sévit sur les descendants d'une éducation ob il y a eu des morts-flats.
La maladie des morts-flats est donc, comme celle des corpuscules, une maladie contagieuse, mais, à cause de la banalité de son germe, elle petit devenir quelquefois une maladie en apparence spontanée, sporadique ou épidémiquc, bénigne ou désastreuse, et dont un observateur superficiel aurait le droit d'attribuer
KTIÎDEfi SL'R UEH MAUDIRS IIKS VERS A SOIK iîl
l'origineà ceseirconslances banales de froid, de cimienr, d'humiditii, d'étal électrique, si sonvent invoqués par l'anctenna miidecine. Mieux éelaiiés mûiiilonnTit, nous pouvons dire : Noii, ces inflooiicos banales no sont ni ne font la maladie; elles lui ouvi'L>nt la porte et lui donnent carrière. Dans ce cas et dana tons les cas où on e»t conduit k les accuser, on irouve, en y regardent de près, un germe plus ou moios répandu, contenu d'ordinaire par des lois naturelles, pouvant, quand les conditions changent, quand sa virulence s'exalte, quand son hôte s'atfaiblil. envahir le terrain qui lui était fermé jusque-ii. Le bacille de la flacherie est toujours présent, mais le ver sain est fait pour s'en défendre du c6té où il est menacé. Il ne résistera peut-âtre pas à une piqAre, voie peu habituelle de contagion; il résistera mieux k nue introduction par les voies digestîves, mais encore ne faudra-t-il pas trop augmenter le nombre des bacilles, ni les prendre trop virulents
Les mêmes raisons font que la prédisposition héréditaire n'a plus la sûreté d'action qu'elle possédait avec la pébrine. Là, elle résultait du dépôt dans l'œuf d'un germe dont le développement était assuré. Ici, il n'y a pas transmission du germe. On trouve bien, il est vrai. dans l'estomac de la chrysalide, estomac atrophié parce qu'il est devenu inutile, les formes encore raconnaissables des êtres présents dans l'estomac du ver, surtout de ceux qui ont été assez pAu actifs pour per^ mettve au ver de continuer son évolution malgré l'affaiblissement qu'ils lui communiquent. De cet ordre eslun petit ferment en chapelets de grains analogue au microbe représenté dans le seoteuÉ' i de la fig 8, p. 9'2. Quand on le rencontre dans l'estomac d'une chrysalide
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OU d'un papillon, on peut assurer que la maladie des morts-flats était présente à la fin deTéducation, et que la graine est douteuso; on peut essayer ainsi de chercher de ce côté un critérium de pureté que l'œuf est incapable de fournir, car Tœuf ne contient rien. L'hérédité qu'il transmet est non une hérédité de germe, c*est une hérédité de fonction, une vaccination à rebours, favorisant rinvasion du germe banal de la maladie, comme l'autre empêche l'invasion du germe spécifique. Telle est, pourrions-nous dire aujourd'hui, l'hérédité de la tuberculose. Si le germe du tubercule .n'est pas banal, s'il est incapable de se développer en dehors de l'organisme, ce qui n'est pas encore bien sûr, il est au moins largement répandu et ifa pas besoin, comme on le voit par Texemple de la flacherie, de provenir héréditairement des parents pour envahir les enfants. Il suffit, comme pour le cas de la flacherie, d'une faiblesse héréditaire dans le fonctionnement des cavités pulmonaires. Le terrain préparé, la semence toujours prête, la maladie trouvera toujours l'occasion de sMmplanter.
Par contre, comme avec la flacherie, il v aura des prédispositions héréditaires qui pourront s'effacer, par suite de circonstances favorables.
En résumé, à la fin de ses Études^ Pasteur se trouvait non seulement avoir résolu le problème qu'il s'était posé de la régénération de la sériciculture, mais avoir placé sur le terrain expérimental les grandes questions de contagion et d'hérédité qui dominent toute la pathologie. 11 était mûr pour les aborder et les résoudre partout où il les rencontrerait, car son esprit s'y était façonné. Mais il était beaucoup moins avancé au sujet de sa technique. 11 était, en 1870, en situation de saisir
les traits les plus délicats de l'histoire pathologique du charbon des animaux, mais non en situation d'aborder la question par l'expérience. Il devait d'abord perfectionner son outillage et ses procédés de recherche. Le bienveillant génie qui semblait avoir pris la direction de sa destinée lui en fournit l'occasion en le poussant dans une question en apparence toute différente, l'étude des bières.