LES BASSINS EN DEPENDANT
SOMMAIRE DU CHAPITRE. — Reprenant le bâtiment en face de la pointe San Isidro, nous le conduirons maintenant jusqu'à l'entrée du Crooked reach.
La carte N u 877 est la seule qui permette de suivre dans toutes ses parties la lecture du présent chapitre; elle suffirait, à la rigueur, pour la navigation. Cependant la roule usuelle sera plus facilement suivie sur la carte N°3398, dont l'écbelle est double par rapport à la première. Enfin la partie de côte comprise entre le cap San Isidro et la pointe Glascott est détaillée sur le plan N° 3170, à une échelle trois fois plus grande que celle du N° 3398.
[ouap. T.]
Les navigateurs consulteront aussi avec fruit les vues de la première se'rie, du N° 11 au N° 17.
CAP SAN ISIDRO; MONT TARN. — Ce cap se termine par une colline basse, de forme ronde, et rendue apparente par des arbres qui la recouvrent dans le voisinage de la pointe. Cette colline n'est que le prolongement du mont Tarn, dont il importe de parler, car il est le principal point de reconnaissance des terres dans cette partie du détroit. On le verra représenté sur les vues N° s 9 et 10 de la première série, prises du travers de la baie Freshwater et de Port- Famine; mais on se souviendra que son aspect change beaucoup avec la position du bâtiment. Le sommet est une crête aiguë, avec dents, dont les deux extrêmes gisent N. 0. et S. E. et sont à 1 mille l'une de l'autre. La plus élevée a 792 mètres, hauteur obtenue par Fitzroy à l'aide du baromètre. Dans la direction du cap San Isidro, il y a des pentes praticables ; au contraire, les côtés S. 0. et N. E. sont à pic ou remplis de précipices. Vu de loin , dans le Nord, le mont Tarn apparaît comme n'ayant qu'un pic unique; puis, lorsqu'on arrive à la hauteur de Port-Famine, on voit une selle se dessiner. En été on re- . marque, la plupart du temps, quelques taches de neige près et audessous du sommet; en hiver, les deux tiers les plus élevés sont toujours couverts de neige.
Le cap San Isidro se termine par un récif rocheux, recouvert de goémons, et se prolongeant jusqu'à deux encablures au large. A l'extrémité du récif existe une roche qui est au ras de l'eau, de mer haute. On dit qu'il y a mouillage le long de la côte, dans le N. N. 0. de ces dangers, sous terre, où l'ahri est bon contre les vents régnants. Mais le voisinage de baies infiniment supérieures, comme celle de Saint-Nicolas, doit faire qu'on se sert rarement de la possibilité qui s'offre aux navires.
RAIES DE L'AIGLE, DU CANON, INDIENNE, DUEOUCHAGE, EOURNAND ET EOUGAINVILLE ; AIGUADES. — Nous réunissons sous ce même paragraphe divers mouillages pour petits navires répartis sur un espace de h milles entre le cap San Isidro et la pointe Sainte-Brigitte. On y est bien à l'abri de tous les vents dominants (plan N° 3170).
La baie de l'Aigle est un petit enfoncement de \ de mille s'ouvrant dans le Sud du cap San Isidro. Le mouillage est au fond de la baie, par 18 à 22 mètres; si le navire n'est pas tout petit, il n'aura pas son évitage et sera obligé d'envoyer des amarres à terre : on les choisira solides, car il tombe des hauteurs voisines des rafales très violentes (williwaws). Un récif s'étend à une encablure au large de la pointe Sud de la baie; un petit îlot ou plutôt un rocher le termine.
[chap. i".] BAIES ENTRE SAN ISIDRO ET SAINTE-BRIGITTE. 71
Deux ruisseaux se jettent dans la baie, mais leur eau est pleine de matières en suspension et ne se conserve pas dans les caisses. On trouve en abondance dans les bois le Winterana aromatica, dont l'écorce est une sorte de cannelle blanche ou de quinquina. Il y a de fort beaux arbres. C'est cette baie que Cordova avait appelée Valcarcel.
La baie du Canon, qui confine avec celle de l'Aigle, offre plus de ressources comme mouillage. Un navire, même de fortes dimensions, peut y mouiller et éviter dans tous les sens sans aucun besoin d'amarres à terre. Le fond est de vase dure, donnant une bonne tenue. Deux ruisseaux fournissent de l'eau excellente.
Baie Indienne. — Une pointe prolongée vers l'intérieur par une colline à sommet arrondi sépare la baie du Canon de la baie Indienne; cette colline est très boisée. Au premier aspect, la baie Indienne semble offrir plus de développement que la précédente; mais cependant le mouillage v est moins commode, parce qu'il est rétréci par un rocher gisant à 2 "encablures de terre et élevé de 3 m 60 au-dessus de l'eau. On mouille soit dans le N. E., soit dans le S. 0. de ce rocher, mais on a plus de place dans le N. E. Le rocher sert beaucoup pour prendre le mouillage; mais il se voit moins, en arrivant du large, que le petit îlot boisé s'en trouvant à 250 mètres dans le N. 0. Seules les embarcations peuvent passer entre l'ilot boisé et la terre. La cote de la baie Indienne est moins accore que ses voisines : dans la partie Est on trouve des fonds de 7 à 8 mètres jusqu'à h encablures de terre; un banc de goémons s'étend à 2 encablures au large de la pointe Sud, mais il y a 16 mètres d'eau à son centre. On attribue les hauts-fonds bordant la côte à des dépôts d'alluvions charriés par le fort ruisseau qui se jette au fond de la baie. Ces dépôts donnent partout une bonne tenue; on mouille par 13 à 1G mètres.
La baie Buboucliage est la moins utilisable de toutes; elle est aussi petite que la baie de l'Aigle, et les fonds y sont bien plus grands à la même distance de terre. Il faut s'avancer jusqu'à loucher terre pour trouver 15 mètres d'eau. Entre cette baie et celle de Bournand se projette le cap justement appelé Remarquable par le célèbre Bougainville : c'est un morne arrondi par le haut, et dont le sommet est boisé. Il est extrêmement accore, car la sonde accuse 36 mètres à d'encablure et 55 mètres, pas de fond, à 2 encablures.
La baie Bournand, de forme carrée, est une des meilleures de
la série; les fonds y sont modérés; elle est bien abritée par l'ile Nassau des vents de S. 0. et même de S. S. 0. On mouille par 15 mèlres, vase dure, en face de la plage rocheuse qui occupe la partie N. 0. de la baie. Un ruisseau donnant de 1res bonne eau se jette à la mer sur cette plage.
[dus. 1".]
La baie Bougainville ressemble en tout, point à celle de l'Aigle, mais est encore plus encaissée; Cordova l'appelle la baie Tejada, et les pêcheurs de phoques le havre Jack. On s'y croirait dans un bassin à Ilot, tant la mer y est tranquille. La manœuvre à faire pour entrer est rendue délicate par le défaut d'espace. Il faut jeter l'ancre par 22 mètres et s'amarrer ensuite à quatre sur les arbres de la plage. C'est là que Bougainville mouilla la frégate la Boudeuse et fit un chargement de bois de construction pour la colonie française des Malouiues. On y trouve encore de beaux arbres. L'eau est bonne, mais en petite quantité. On pourrait, sans aucune crainte, y abattre un navire en carène.
La mer est brisée par l'ilot de l'Observatoire, et surtout par l'ile Nassau, qui gît à j mille seulement dans le Sud de la baie. Il y a bien passage entre l'ile Nassau et la terre, mais le canal est si étroit que la mer ne peut s'y faire. A distance, on n'aperçoit pas du tout le passage; l'île Nassau semble une presqu'île. Parfois aussi la pointe Sainte-Brigitte fait l'effet d'une petite île détacbée; elle est formée de roches pointues, sortes d'aiguilles, couvertes de broussailles malgré leurs formes anguleuses. Quoique les fonds soient grands dans le canal Nassau, on recommande aux capitaines de ne pratiquer cette passe qu'en cas de nécessité : le jeu de la marée y est irrégulier. Les navires un peu grands qui voudront s'amarrer dans la baie seront, la plupart du temps, obligés de mouiller d'abord entre l'ile Nassau et l'îlot de l'Observatoire, par 50 ou 60 mètres; de là, ils élongeront des amarres.
BAIE SAINT-NICOLAS (plan N° 2989). — C'est le meilleur mouillage de toute cette côte. Il y a largement de la place pour les plus grands bâtiments; c'est la relâche indiquée pour tout navire qui ne peut atteindre la baie Fortescue.
^ Au centre de la baie se remarque l'île Sanchez, quelquefois appelée du Bouquet à cause des grands arbres qui s'y élevaient autrefois; mais ils ont été ou coupés ou brûlés, car il n'existe plus aujourd'hui que quelques squelettes d'arbrisseaux. Cet îlot divise le mouillage en deux parties; celle du S. 0. est la plus vaste et peut aisément contenir trois bâtiments à la fois.
La baie étant exemple de dangers sous-marins est d'un accès des plus simples; le capitaine Mayne estime qu'il est possible de la pratiquer de nuit sans aucun inconvénient. Dans la partie S. 0. on peut mouiller à partir du moment où l'on est sur la ligne joignant l'ile Sanchez à la pointe Glascolt; mais il est possible d'approcher encore plus de terre. On se défiera seulement du banc de la rivière de Gennes; il se prolonge assez au large, ainsi que le montre le plan, et change fréquemment de contour. A moins de calme complet, on observe sur tout son
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