BAIE SAINT-NICOLAS. — CAP FROWAKD
re une ligne de clapotis qui dessine exactement la limite et suffit pour l'indiquer. Le relèvement de l'île Sanchez guide également pour éviter tes hauts-fonds; il ne faut pas passer au Nord de la ligne qui, du centre de l'îlot, va dans le S. 78° 0.
Pour prendre te mouillage de la partie N. E., on se guidera sur te relèvement de la pointe Sainte-Brigitte (île Nassau) et sur celui de l'îlot Sanchez. On peut passer d'un mouillage à l'autre en dedans de l'île Sanchez, qui est parfaitement saine. Mais la sortie de la rivière de Gennes occasionne souvent des remous de courant, de sorte qu'à moins de motifs sérieux on passera au large de l'île. En se jetant à la mer, le cours d'eau s'infléchit vers l'Est et forme un petit courant qui porte vers la pointe Sainte-Brigitte, avec de légères iuilexions variahles avec la marée. 11 faut aussi remarquer que les hauteurs du pic Nodales occasionnent, lors des jeux de la brise, de grandes intermittences dans sa force. Parfois on remarque des calmes subiLs, ne durant que quelques minutes, mais dont les voiliers tiendront compte : ils se ménageront de l'aire, pour n'être pas arrêtés s'ils rencontrent l'accalmie sous terre.
La rivière de Gennes débile un volume d'eau considérable : elle n'a pas moins, à sa sortie, de 90 mètres de large. Mais celle eau est très sale et difficile à embarquer parce que l'embouchure est encombrée de bancs mobiles et de troncs d'arbres en dérive.
DE LA POINTE GLASCOTT AU CAP FROWARD. — La pointe Glascott n'est que te prolongement à la mer du massif à sommets aigus que te pic Nodales domine. Dès que le bâtiment a doublé cette pointe, il est en face d'une portion de côte presque absolument droite; tes terres de l'intérieur sont accidentées et boisées. On compte G milles de la pointe Glascott au cap Froward, etlaseule saillie delà côte est à 2 milles 5 du cap : c'est une pointe de galets couverte d'arbres jusqu'à 20 mètres du bord de la mer. Avant celte pointe, c'est-à-dire dans son N.E., l'observation attentive fait reconnaître une petite embouchure de rivière, arrosant la seule vallée qui existe sur celte côte. Entre la pointe et l'embouchure de la rivière il y a mouillage à { mille de terre, par 20 mètres, en face d'une plage de sable. C'csl une relâche tolérablc par vent d'Ouest, mais précaire dès qu'il haie le Sud. Jamais les vapeurs n'auront à s'en servir, mais tes voiliers qui comptent même par mille, en luttant contre les vents debout, peuvent en tirer quelque parti, à dire de mouillage temporaire; ils y seront en observation, prêls à doubler te cap Froward.
Le CAP FROWARD est la pointe extrême de la Patagonie : pour cette raison, les premiers navigateurs anglais l'appelèrent cap ForwanL ou cap avancé, extrême. Le capilaine Mayne attribue te changement de nom à une erreur typographique qui se glissa dans l'impression de la
74 DÉTROIT DE MAGELLAN. [chap. F,]
première instruction nautique concernant le détroit. En la traduisant, les autres nations maritimes reproduisirent l'erreur qui devint ainsi générale. Tout en la reconnaissant, Mayne a continué à imprimer Froward, de sorte que c'est aujourd'hui le nom définitif.
La vue N° 12 de la première série en donne le dessin très clair. Le promontoire est surmonté par un morne rond appelé par Sarmiento le Morro de San Aguedo. Bougainville et le lieutenant Graves parlent d'un petit rocher existant sous le cap même; ils purent y débarquer, et ce fut même une des importantes stations pour la triangulation du détroit.
Ainsi que nous l'avons fait observer au chapitre des généralités, on rencontre au cap Froward un grand changement dans le climat. De ce cap au golfe de Penas, à la sortie des canaux latéraux, les marins quittent rarement leurs vêtements cirés. Les coups de vent d'Ouest occasionnent des rafales furieuses; les grains, très fréquents, sont accompagnés de pluies diluviennes, de grésil, de grêle et de neige. Sur le soir, il se produit ordinairement une diminution dans l'intensité du vent : on saisira cet instant au passage, si l'on se présente pendant une mauvaise série. Un vapeur remisé dans la baie Saint- Nicolas n'a que 22 milles à faire pour atteindre la baie Boisée et 40 pour mouiller à Fortescue; il a bien des chances pour doubler. Quoique les courants soient faibles, on aurait tort de les négliger dans les prévisions de la route.
La Santa Maria de la Cabeza, frégate de Cordova, y fut gravement compromise parles tourbillons (williwaws). Ce naviga'teur fait observer que le vent, tourmenté par les hautes terres, ne se meut pas horizontalement, mais qu'il tombe sur le navire avec une inclinaison notable. En frappant la mer obliquement il la fait sauter en l'air, sous forme de colonnes d'eau pulvérisée et de brouillard. Cette marque sur l'eau est très apparente, et c'est le seul indice que l'on ait de l'approche des williwaws. On ne saurait trop conseiller une diminution de voilure dès que ce signe apparaît.
DU GAP FROWARD AU CAP HOLLAND ; LA BAIE SNUG ET LA BAIE BOISÉE. — Les deux caps sont distants de 13 milles 5 et séparés par une chaîne de montagnes hautes d'environ 700 mètres et sans points vraiment remarquables. La route longe la côte accore à 2 ou 3 milles de distance.
Le navire passe ainsi devant la baie Snug, mouillage médiocre au dire des rapports de King et de Fitzroy. Ces officiers estiment que la baie Wood ou Boisée est préférable pour les bâtiments allant dans l'Ouest et la baie Saint-Nicolas pour ceux qui cheminent vers l'Est; que le mouillage est un simple plateau formé par les apports d'un ruisseau descendant de la montagne. Eu Rapprochant, on cherchera
[ciup. i".] DU CAP FROWARD AU CAP HOLLAND. 75
une pelite île à peine détachée de terre et Ton jettera l'ancre dans Je S. E. du centre par 16 mètres, fond de sable.
A côté des appréciations désavantageuses des instructions anglaises nous croyons devoir reproduire l'extrait suivant d'un rapport de M. Thomas S. Phelps, master du Decalur, dont les observations sur le détroit paraissent toutes dignes de confiance.
« Le meilleur amer pour aller prendre le mouillage de la baie Snug, c'est une pelite île verte. Le port Snug est le premier que l'on rencontre dans l'Ouest du cap Froward, dont il est à 5 milles de distance. C'est une belle et vaste baie avec une plage de sable; deux petits ruisseaux viennent se jeter dedans. Dans l'Est de l'îlot et de la chaîne de roches qui s'étend de l'îlot vers la côte en se dirigeant vers le N. 0., la sonde donne de 11 à 15 mètres de fond dans toute la baie et jusque auprès de terre; le fond tombe tout à coup de 31 à 15 mètres, et on ne trouve pas de fond avec une sonde à main jusqu'au moment où l'îlot reste au N. 61° 0. environ.
Baie Snug. — En entrant dans la baie Snug, donnez à l'ilot un tour de -j- à | de mille, lorsque vous en passerez dans l'Est. Le mieux est d'en passer entre - de mille et j mille, et quand la roche qui est au Nord et à l'Ouest des îles reste dans l'alignement du centre du mont qui forme le cap Hollaud, la sonde donne 15'" 5 de fond.
« Quand le mont ci-dessus nommé reste entre la roche cl la pointe Ouest de la baie ou quand le premier touche le dernier, la sonde donne 12 m 8, et c'est là probablement le meilleur endroit pour mouiller, parce qu'on est bien abrité contre les vents de l'Est au S. 0. par le Nord.
te Quand la pointe Sud du cap Holland est dans l'alignement de la pointe Ouest du port, la sonde donne 11 mètres, et à 1 encablure, un peu plus loin, on trouve 7 m 3. Le fond est composé d'argile, sable et coquilles brisées.
<t Probablement les hautes montagnes escarpées qui entourent la baie Snug la font paraître plus pelite que ce qu'elle est réellement; et c'est pour cela sans doute que les navigateurs ont passé devant sans y faire attention. Elle est tout à fait semblable à la baie Saint-Nicolas, n
BaieWood ou Boisée. — L'aspect uniforme des terres qui se remarque après la baie Snug cesse complètement au cap Holland , ainsi que le montre la vue N° 14 bis(l n série), donnant aussi l'entrée de la baie Wood ou Boisée. Le cap Holland fait à peine saillie, mais il n'en est pas moins remarquable parce qu'il vient après une grande dépression de terrain formant le fond de la baie Wood et que ses flancs présentent des sortes de coupures parallèles analogues à des gradins. On dislingue dans cette baie (plan N°2988) trois mouillages qui pourraient être occupés simultanément, Les relèvements du cap Holland , de l'entrée de la
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rivière Saint-Joseph et de la pointe Cushing serviront, avec la sonde, à choisir celui qu'on préfère. On remarquera que le meilleur mouillage est celui du N. 0., que le cap Holland forme par lui-même. Un banc de goémons prolongeant le promontoire pendant 200 mètres dans le S. E. augmente l'abri. Ce banc se termine par une roche presque à fleur d'eau (l m 25). Quoique le mouillage du N. 0. soit fort restreint, on remarquera cependant qu'on peut y décrire une circonférence de 180 mètres de rayon ne touchant aucun danger : c'est dire qu'en manœuvrant avec précision, et en afFourchant, on peut y amarrer un navire même d'assez fort tonnage. Les très grands navires mouilleront sur l'ancre qui est dans le S. E. du cap Holland. Le troisième poste ne sera pris que les deux autres étant occupés et en observant que les hauts-fonds s'étendent à 400 mètres de terre dans l'Est de la rivière Saint-Joseph. Au mouillage intérieur il y a deux fois plus de fond qu'aux postes extérieurs, mais ces derniers sont seulement abrités contre les vents de N. 0.
Pour prendre le mouillage intérieur il faut jeter l'ancre à mi-distance entre le cap Holland et l'embouchure de la rivière. Les instructions anglaises donnent encore le moyen suivant pour ceux qui ne voudraient pas se fier à l'œil. Chercher dans le fond de la baie, près de la mer, une colline très apparente et couronnée d'un bouquet d'arbres. Se placer de telle manière qu'on la relève au N. N. 0. Alors on verra en arrière-plan, à 1 ou 2 milles vers l'intérieur, un pic des plus remarquables. Se diriger sur l'alignement du pic par la colline et jeter l'ancre par 30 à 33 mètres. Ni la colline ni le pic n'étant marqués sur les cartes, ces indications sont vagues, et nous ne les donnons que pour mémoire. Etant dans la petite baie, évité au N. 0., on ne pourra appareiller qu'en culant. Il faudra faire attention au banc ou épi Baxer, sur lequel le jusant porte.
^ Le vaisseau français le Duguay-Trouin a trouvé à mouiller en pleine côte, par 20 mètres, à 3 milles environ dans l'E. S. E. du cap Holland, c'est-à-dire à peu près à mi-distaùce entre la baie Snug et la baie Boisée. Toutefois le mauvais temps n'a pas permis de fixer exactement la position de ce mouillage.
DU CAP HOLLAND AU CAP GALLANT. — Entre le cap Holland et la baie Cordes, les petits navires, surtout les voiliers, peuvent encore jeter un pied d'ancre soit devant la baie André, soit à l'Ouest du cap Coventry, à j mille de terre, par 20 à 25 mètres. En ce dernier mouillage, l'abri contre les vents d'Ouest est nul.
La baie Cordes est reconnaissable à l'îlot Mussel, tout couvert, de verdure, et au mont des Trois Pics , auquel les instructions anglaises donnent 413 mètres de haut et les cartes, également anglaises, 533 mètres (voir vue N" 15, l™ série). Le mont des Trois Pics se dé-
[ciup. i".] DU CAP HOLLAJND AU CAP GAULANT. 77
lâche très nettement dos terres environnantes. Le voisinage de la baie Fortescue, qui est plus grande, fait que celle relâche est 1res peu fréquentée par les vapeurs, mais elle est bonne pour les voiliers. En passant à l'Ouest de l'île Musse!, ils mouilleront dans le N. E. de la pointe Ouest et au Sud du grand banc de goémons qu'indique la carte par les pointillés. Il est possible de contourner ce banc, en passant dans l'Est, et d'aller mouiller devant l'entrée du port Sainl- Michel, où l'abri est excellent. Mais ce mouvement est difficile, à cause des nombreux bancs de goémons qu'il faut éviter de toucher. Un voilier sera fréquemment obligé de se louer avec des amarres. Entre les bancs, le fond esl de sable vasard, de tenue très suffisante.
Le port Saint-ÏWicliel serait un vrai bassin à flot, pouvant recevoir des cuirassés, sans le pas qu'il faut franchir pour entrer. Aussi, ayant en dedans jusqu'à 24 mètres de fond, ce porl ne peut aujourd'hui recevoir que les caboteurs calant au plus deux mètres.
BAIE FORTESCUE. — PORT GALLANT. — BOIS À BRÛLER. — AIGUADE. — Ces deux mouillages se font suite comme la baie Cordes et le port Saint-Michel, mais la dimension considérable de la baie Fortescue la fait considérer comme bien supérieure à la baie Cordes; c'est la meilleure relâche de cette partie du détroit. On est, cependant, en droit de se plaindre de la qualité du fond; quoique bien meilleur clans l'Est quedans l'Ouestde la baie, il est partout trop léger. Aussi, en cas de mauvais temps, fera-t-on bien de mouiller deux ancres.
La baie Fortescue est celle que les Espagnols avaient appelée Bahia de fuerle escudo, baie du fort abri. Comme on n'a connaissance d'aucun navigaleur anglais qui ait donné à cet endroit le nom actuel de Fortescue, on pense que le mot est venu de la réunion de fuerte escudo ou fort escudo , par corruption fortescac. C'est là que s'arrêta Dumont d'Llrvillc avec l'Astrolabe et la Zélée.
La vue N° 15 de la t r0 série indique l'entrée de la baie : le mont Cross v est très caractérisé au milieu des sommets voisins. Avec certains éclairages les détails du fond de la baie, c'est-à-dire de sa partie Nord, ne sont pas faciles à analyser. L'îlot Cross n'est qu'un rocher bas se voyant seulement à quelques encablures. Quant à l'île Wigwam, elle se confond avec les hautes terres du fond, et c'est bien plutôt une presqu'île qu'une île. Sa partie Ouest se croise avec la pointe de la terre ferme, qui est vis-à-vis, et c'est seulement aux trois quarts de flot qu'elle est entourée d'eau de tous côlés ; le très petit espace (20 mètres) que l'eau vient alors couvrir est trop oblique pour être vu de l'extérieur, à moins que l'on ne soit sous la côte du montCross.Le plan N°2989 indique, dans la partie Ouest, une tache déboisée qui peut être de quelque secours comme amer.
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Les navires fréquentant la baie auront soin de ne jamais dépasser, dans l'Ouest, le méridien de la parlie Ouest de l'île Wigwam : non seulement Ha auraient alors des fonds plus grands et pi us mauvais, mais encore ils seraient plus exposés aux tourbillons tombant des montagnes. L'endroit le plus recommandé est entre deux lignes S. S. E. et S. S. 0. tracées du centre de l'îlot Cross, fond de 18 mètres ou environ, mais pas beaucoup moins, car on n'est déjà qu'à 4 encablures 5 de terre. En manœuvrant soit pour entrer, soit pour sortir, les navires se souviendront que le flot porte sur le cap Gallant et le jusant sur la pointe Pétrel, que leur effet est fort dans les grandes marées.
Le port Gallant est, comme le port Saint-Michel, une sorte de bassin à flot. Des réparations importantes, pourraient y être entreprises, mais l'entrée est difficile et ne saurait s'effectuer qu'en élongeant des amarres. Les ruisseaux considérables arrivant du fond du port obstruent de plus en plus l'entrée par les apports qu'ils charrient. Les derniers rapports conseillent de n'y pas entrer si l'on cale plus de 4 mètres 50. Bien que la mer n'y marne que de 2 mètres 40 au plus, les courants sont violents dans la passe étroite séparant le port de la baie : cela lient aux grands espaces recouverts de marais et de lagunes que la mer couvre et découvre alternativement. Les navires quittant la baio Fortescue, et particulièrement les voiliers, observeront bien l'effet du courant au moment de leur appareillage; à certains moments de la marée, ils seraient jetés sur la pointe Milagro, s'ils ne prenaient des précautions.
Malgré les nombreux ruisseaux que la carte signale dans la baie Fortescue même, l'usage est do faire l'eau au port Gallant; il y en a aussi de bonne sur la côte Est de la baie, en face de file Wigwam. On trouve sur les plages des moules en énormes quanlilés. Un poteau s'élevant sur l'îlot Cross porte les noms de divers navires ayant passé en cet endroit.
Le nom déport Gallant a été donné par Cavendish en 1587, mais les uns disent que Gallant était le nom d'un de ses navires, d'autres que c'était celui d'un de ses hommes, Hugh Gallant, qu'il y perdit et enterra.
LES ÎLES CHARLES ; LE PORT DES TROIS PASSES. — BOIS À BRÛLER. — A hauteur du cap Gallant, le chenal, si large depuis le cap Froward, se trouve soudain rétréci par une longue chaîne d'îles et d'îlots commençant aux rochers Canoas et se terminant 20 milles plus loin, à la pointe Nord de l'île Charles III. Celte chaîne forme deux canaux, celui du Nord "étant le plus large et le seul usuel. Ce rétrécissement subit occasionne une recrudescence.
[chai-, i".] DU CAP G ALLANT AU CANAL JÉRÔME. 79
dans la force des courants ; ils atteignent fréquemment 3 nœuds, et plus, dans toute la longueur de l'English reach.
Port des Trois Passes. — Les trois plus grandes des îles Charles forment entre elles un port, dit port des Trois Passes (plan N° 3188). La baie Fortescue est plus grande et plus sur la route que le port en question, de sorte qu'elle lui est toujours préférée; cependant le port des îles Charles peut servir dans les cas imprévus. On se souviendra que la carte N° 3188 en donne le croquis plutôt que le plan, car l'orientation n'est pas exacte; les relèvements ne cadrent pas : il existe un haut-fond de 9 mètres à mi-marée à 150 mètres de la pointe gisant dans le S. q. S. 0. de la pointe Jacquinot; des sondes de 58 mètres existent au centre de la baie. Les navires entreront par la passe du Nord ou par celle de l'Ouest; celle du S. E. est trop étroite. Un navire très long sera obligé d'effourcher, ce qui lui sera incommode vu les grandes profondeurs. Dans la passe du Nord, les goémons s'étendent assez au large de chaque côté. Où que l'on mouille, les courants sont toujours sensibles et parfois forts. Le fond est de sable; tenue médiocre.
Le bois à brûler est abondant, mais on ignore s'il y a de l'eau.
Aucune des trois îles principales n'a reçu de nom. Celle de l'Est porte sur sa partie Nord un remarquable rocher blanc (Wallis Mark) qu'on aperçoit en faisant roule dans l'English reach. L'Ile Wren, ou Secrelary Wren , est aussi assez apparente; elle figure sur la vueN°15, 1™ série. Les îles Monmouth, James, le rocher Rupert et l'ile Rupert forment une sorte de chaîne reliant les îles Charles à l'ile Charles III. On pourrait, au besoin, communiquer, en passant entre elles, de l'English reach au bras Sud du détroit. Il n'y a de dangers qu'entre l'île Rupert et l'île Charles III, passage peu étudié jusqu'à ce jour et qu'il y a lieu d'éviter. Quelques documents mentionnent dans ce voisinage un îlot Cordova qui ne figure pas sur les caries; mais comme ces mêmes documents ne disent rien du rocher Rupert, il est probable que c'est de lui qu'ils entendent parler.
CÔTE DE LA PRESQU'ÎLE BRUNSWICK, DU CAP GALLANT AU CANAL JÉRÔME. — Cette côte est presque en ligne droite, accore et dépourvue de bons mouillages. Le premier point saillant, après le cap Gallant, est la pointe du Passage. Au large de cette pointe, et à petite distance dans l'Ouest, il existe un haut-fond de 3 mètres 60 que les goémons signalent en tout temps.
Cette pointe forme la partie Sud de la l»»ie Elisabeth, qui est le seul mouillage passable du littoral compris dans le présent paragraphe. On la reconnaîtra à une plage de sable coupée par une embouchure de ruisseau. On mouille devant la partie Est de la plage à Emilie de terre, fond de 23 à 29 mètres, sable. Un plateau aride, sur
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80 DÉTROIT DE MAGELLAN. [crup. i".]
une colline dominant le mouillage, sert à reconnaître la baie, surtout lorsqu'on vient de l'Ouest. En se tenant dans le Sud de la ligne Est et Ouest passant par la lâche, on e'vitera la chaîne de roches limitant la haie dans l'Ouest : elle s'étend à une encablure au large et est entièrement couverte à mer haute. 11 existe aussi un mouillage du coté de ces dangers, près de la limite des goémons; mais il est trop près de (erre; à 230 mètres, on a encore de 25 à 27 mètres de fond. L'abri contre les vents régnants est meilleur que dans la partie Est; néanmoins, ou évitera d'y jeter l'ancre, à cause des courants extrêmement violents qui s'y font sentir. Le mouillage de l'Est est plus ouvert aux vents d'Ouest, mais jamais il n'y a beaucoup de mer dans la baie. Ce qui pourrait arriver de pire serait de casser une chaîne, et, comme la pointe du Passage a peu de saillie, on la doublerait sans peine, car les vents forts sont du N. 0. Par vent d'Est, la baie est excellente. En définitive, c'est le seul mouillage praticable dans cette partie de la presqu'île Brunswick. Les navires ne pouvant atteindre ni la baie Tilly ni la baie Borja peuvent s'y remiser pour attendre. Byron et Cordova se sont loués d'y avoir relâché : le premier jeta son ancre à ~ de mille dans le N. q. N. 0. de la pointe Passage, par 18 mètres, étant ainsi trop près de la partie rocheuse; le second mouilla par 27 mètres à { mille dans le N. 0. de la même pointe, c'est-à-dire un peu trop en dehors.
Il n'existe aucun renseignement^ sur la baie Albuquerque, qui vient immédiatement après celle d'Elisabeth; tout indique qu'elle est encore plus mauvaise que cette dernière.
La rade d'York, et la baie Baelielor n'inspirent également qu'une confiance très limitée. Le mouillage n'y est pas absolument mauvais, mais les courants de marée sont très violents et tiennent le navire en travers ; les rafales arrivant du canal Jérôme sont pesantes. Il faut, du reste, remarquer qu'il n'y a en cet endroit qu'un seul et même mouillage, car la baie Bachelor est improprement nommée baie, n'étant en réalité que l'embouchure d'une petite rivière aboutissant à la rade. Pour mouiller, on se servira de deux points : l'embouchure de la rivière, qui est apparente, et la pointe Ouest de la baie, qui est bien boisée. Fitzroy conseille de mouiller, relevant :
L'embouchure de ta rivière N. 43° E.
La pointe boisée (à 1/3 mille) N. l\ E.
Cordova relevait :
L'embouchure de la rivière. N. 4" E.
La pointe boisée N. 3 1 0.
Il était donc dans l'Est du mouillage recommandé par Filzroy et à la même distance de terre.
[cdap. i".] BAIES MUSSEL, BONNET ET T1LLY. 81
La pointe boisée dont il est question ci-dessus est prolongée par des bas-fonds assez étendus. On les pare en tenant l'entrée de la rivière bien ouverte pour faire route sur le mouillage; ajoutons que les baies Elisabeth, Tilly et Borja devront toujours être préférées à la rade d'York par tout capitaine maître de ses décisions.
La rivière Bachelor n'est accessible qu'aux embarcations. Elles auront soin, pour entrer et pour sortir, de se tenir exactement dans le lit du plus fort courant; c'est le moyen de franchir sans encombre la barre qui obstrue la rivière. A mi-marée, les grands canots ne peuvent plus franchir.
A l de mille clans l'Est de la rivière il y a un récif sur lequel on ne trouve pas, à mer basse, plus de l m 80 d'eau; il gît à \ mille de terre et est signale par des goémons. Les navires faisant route près de terre lui donneront 4- mille de tour au moins.