‹ Patagonie. Détroit de Magellan et canaux latérauxChapitre 60 sur 67 · DOUBLER LE CAP 1I0RN DE L'EST A L'OUEST · texte numérisé non relu

DOUBLER LE CAP 1I0RN DE L'EST A L'OUEST

DIVERGENCE DES OPINIONS. — Devant les conseils contradictoires donnés par les auteurs les plus recommandés, nous ne pouvons que mettre sous les yeux des capitaines les diverses instructions qui ont été publiées par des marins d'expérience.

Le capitaine King conseille de doubler la Terre des Etats au large. Il pense qu'il serait imprudent de s'engager dans le détroit de Lemaire avec des vents de la partie du Sud; car, lorsque la marée porte au vent, la mer devient très creuse du travers et peut compromettre gravement la sûreté d'un petit bâtiment et causer des avaries majeures à un grand. Avec du calme,' il serait encore plus imprudent à un navire à voiles de s'engager dans le détroit, parce que les courants portent sur les îles des États et qu'alors, s'il devenait nécessaire -de mouiller, ce ne pourrait être que par un très grand fond et très près de terre. Mais avec des vents de Nord celte route fait tant gagner dans l'Ouest qu'on renoncera rarement à tenter le passage; toutefois il est douteux que les vents du Nord, à moins d'être très forts, persistent dans tout le détroit; et s'ils viennent à tomber on aura encore à craindre d'être drossé sur la côte orientale.

200 TERRE DE FEU. [oup. m.]

Le capitaine Fitz-Roy semble croire qu'il n'y a aucun risque à courir en prenant par le détroit de Lemaire. Le principal danger est que le vent vienne à tomber; or, les navires qui arrivent du Sud ne verront les vents de S. 0. les quitter que s'ils sont très faibles, et alors on trouvera généralement des vents de N. 0. à l'extrémité" Nord du détroit.

Quoi qu'il en soit, le mouillage de la baie Good Success, sur la côte Ouest du détroit, est parfaitement situé, pour le cas où la marée viendrait à manquer.

Lorsqu'on se décidera à passer sous le vent de l'île des États, on évitera avec soin le ras de marée qui s'étend à une certaine distance au large du cap Saint-John, à l'extrémité N. E. de l'ile; on n'a pas d'autre danger à craindre.

Après avoir doublé l'ile des Etats, si le vent souffle d'une direction plus Sud que le S. S. 0., on prendra bâbord amures; mais s'il souffle de la partie Ouest, on mettra les amures à tribord et l'on courra jusqu'au parallèle de 60° S., sur lequel beaucoup de navigateurs pensent que les vents soufflent plus souvent de la partie de l'Est que de toute autre direction W. On prendra ensuite la bordée qui fera faire le plus d'Ouest possible. Quand on sera parvenu au méridien du cap Pillar, ou de 77° 0. , on continuera de chercher à faire le plus de route que l'on pourra, jusqu'au méridien de 85° ou de 86° Ouest; ce qui permettra de faire ensuite du Nord, malgré les vents de N. 0. qui régnent entre 50° et 54° Sud.

En ce qui concerne les saisons et le choix de la meilleure époque pour doubler le cap Horn, le capitaine King, malgré l'avantage des iongs jours de l'été austral, considère comme préférable de doubler le cap pendant l'hiver austral. Les vents d'Est et de Nord sont très fréquents, suivant lui, dans cette dernière saison, au large du cap Horn, tandis que les vents d'Ouest et de Sud soufflent constamment en été. De plus, les vents seraient modérés en hiver, comparativement aux furieux coups de vent de l'été. '

On trouve dans les mêmes instructions les observations suivantes :

Les mois d'équinoxe, surtout mars, sont les plus mauvais; coups de vent violents. Les mois d'août, septembre et octobre sont les plus froids; pluie, neige et grêle. Décembre, janvier et février sont les plus chauds; les jours sont longs et quelquefois le temps est beau, mais les vents d'Ouest sont encore fréquents, quelquefois très violents et avec de fortes pluies. En avril, mai et juin, on a moins de mauvais temps qu'à toute autre époque ; les vents d'Est sont fréquents et

(1) Les cartes-pilotes ne signalent pas du tout ce l'ait. Les vents dominants sont, au cap Horn, ceux de N. 0. à S. 0., et les venls de la partie de l'Est y sont très

rares , aussi bien sur le parallèle de 6o° Sud que partout ailleurs, et en hiver comme en été.

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[cwp. m.j DOUBLER LE CAP HOR.N DE L'EST A L'OUEST. 201

amènent parfois du beau temps assez fixe. Juin et juillet se ressemblent beaucoup, mais les grandes brises d'Est sont plus fréquentes en juillet. La conclusion est que les mois de juin et de juillet, bien que très froids, et malgré la brièveté des jours, sont peut-être les plus favorables pour doubler le cap de l'Est à l'Ouest; les mois d'avril et mai sont également assez favorables pour aller de l'Est à l'Ouest.

Nous allons maintenant exposer l'opinion du capitaine J. Weddel, de la marine royale britannique; on remarquera que ces nouvelles instructions ne sont pas complètement d'accord avec les précédentes. Voici le résumé des conseils de cet officier :

Mars et avril seraient les plus mauvais mois pour doubler le cap de l'Est à l'Ouest; au contraire, la traversée serait facile depuis le 1" novembre jusqu'au 15 février, période pendant laquelle les vents ne souffleraient pas souvent de l'Ouest. Du 20 février environ jusqu'au 15 mai, vents très violents de N. 0. à S. 0.; impossibilité de doubler le cap, à moins de courir de grands risques, avec un navire faible ou se comportant médiocrement à la mer. Du 15 niai à la fin de juin, vents dominants de l'Est, beau temps ; ou devra doubler le cap à cet époque, en vue de Diego Ramirez. En juillet, août, septembre et oclobre, vents de N. 0. à S.O. ; tempêtes fréquentes en août et en septembre. Le capitaine Weddel engage également à prendre le détroit de Lemaire en été, parce qu'il abrège la route de 50 ou 60 milles, et qu'on peut le prendre sans danger, pourvu que l'on ait assez de jour pour en sortir, dans le cas où l'on trouverait à son extrémité Sud des vents de cette partie. En sortant du détroit, on fera route vers le Sud pour passer au Sud du cap Horn ; puis on côtoiera par l'Est, et l'on dépassera par le Sud file Diego Ramirez, à la distance de quelques milles. Lorsqu'on louvoiera, en été, pour s'élever dans l'Ouest, on se placera le soir près de la côte de la Terre de Feu, parce que l'on aura fréquemment, pendant la nuit, des vents venant du Nord qui prendront de l'Ouest dans la malinée.

Dans les mois de mauvais temps, tels que mars, août et septembre, et suivant Weddel et King, il faut se tenir au Sud par G0° de latitude, où l'on trouve la mer moins tourmentée et les vents plus égaux en force et moins variables en direction.

Le capitaine King conseille aux navires qui se rendent de l'Atlantique dans le Pacifique de rallier la côte Est de Patagonie et de s'en tenir à une centaine de milles.

Ouant à Filz-Roy, il pense le contraire ou à peu près. Il est vrai, dit-il, que la nier est plus belle près de terre et que l'on n'a pas à y craindre les glaces, comme au large; mais cependant, comme les épurants portent au Nord avec plus de force quand on se rapproche

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de la terre, il recommande aux grands navires bien construits de rester plus au large.

En ce qui concerne la roule à suivre pour doubler le cap, Filz-Roy pense qu'au lieu de descendre jusque par 60° S., comme le dit King, il est préférable de louvoyer près de la Terre de Feu, vers la baie Nassau; il conseille de se tenir, en cas de mauvais temps, au mouillage dans la baie d'Orange, sous l'île Noire, dans la baie Euston, ou partout ailleurs, et de saisir la première occasion favorable qui se présentera pour faire bonne route à l'Ouest, jusque vers le méridien de 84° 0.

Le capitaine Beecbey pense, comme Fitz-Roy, qu'il est inutile de courir au Sud pour doubler le cap Horn. Il recommande seulement de mettre les amures du bord qui fait gagner le plus dans l'O.uest, en se préoccupant simplement de passer à 60 milles dans le Sud du cap.

Avec les vents de la partie du S. 0. on devra courir vers le N. 0., et avec ceux de la partie du N. 0. on fera route vers le S. 0.; enfin, si les deux bords sont également défavorables, on prendra la bordée du Sud, à moins qu'on ne se trouve déjà par une latitude élevée. En tout cas, on se gardera bien de s'approcher de la terre, dans l'Est du cap Horn, à cause du danger causé par la vitesse du courant par le travers du détroit de Lemaire, particulièrement avec les vents du Sud. Dans l'Ouest de Diego Ramirez, on peut sans crainte rallier la terre à moins de àû ou 60 milles.

Ainsi, Weddel conseille d'aller, en hiver, jusque par 60° S., et le reste du temps, près de terre; Fitz-Roy pense qu'il faut toujours rester à petite dislance de la côte. Beechey, à son tour, est d'avis qu'on ne doit pas se laisser affaler près de terre dans l'Est du cap Horn, mais qu'on peut se rapprocher de la côte dans l'Ouest de Diego Ramirez.

D'après Maury, la meilleure saison pour doubler le cap Horn, au point de vue de la rapidilé des traversées, est de décembre à avril inclusivement, et la plus mauvaise saison est de juin à novembre. Ce résultat étant celui des moyennes établies par Maury d'après 220 traversées, on peut l'admettre comme absolument exact et sortant complètement du domaine ordinaire des spéculations d'un seul navigateur raisonnant d'après une douzaine de traversées, tout au plus, qu'il lui a élé donné de faire.

Ces conséquences irréfutables des moyennes faites par Maury détruisent à peu près complètement l'opinion émise par King (voir plus haut) que les mois d'avril, mai, juin et juillet sont les plus favorables pour doubler le cap; elles donnent, au contraire, en grande partie raison aux observations de Weddel, qui ont été précédemment reproduites.

On trouve également dans les instructions de Maury une lettre

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