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CHAP. 111. J

Feu qu'il indique. Suivant noire opinion, cette manière de l'aire esl, sans aucun doute, la meilleure et même la seule qui puisse permettre de compter, avec une presque certitude, sur une rapide traversée; mais, en revanche, nous croyons qu'on ne saurait conseiller, dans des instructions générales, une telle conduite, qui pourrait entraîner le navire, à un moment donné, dans une position critique. Fitz-Roy, qui connaissait parfaitement ces parages dont il avait l'ait l'hydrographie, et, comme lui, les officiers familiarisés avec les traversées du cap Horn, notamment les haleiniers et certains capitaines de navires de commerce, ont pu accoster la Terre de Feu sans crainte et ont accompli de cette manière des traversées rapides; ils en sont arrivés à conseiller et à prôner hardiment celte roule. Mais comme les instructions sont rédigées surtout pour les capitaines qui connaissent peu ou point la traversée qu'ils doivent entreprendre, nous pensons que ce serait assumer une grande responsabilité que de soutenir la thèse de Fitz-Roy et d'exposer ainsi un navire à voiles à être porté en vue de la Terre de Feu par des vents de S.O. qui pourraient fraîchir et le contraindre à chercher un abri sur une côte qui ne lui serait pas familière. Partout ailleurs, rien de plus naturel; mais dans les parages qui nous occupent, le cas est bien différent. Pas de balisage, pas de phare, pas de pilotes, peu de cartes détaillées, et par-dessus tout une côte inhospitalière à redouter, côte vers laquelle poussent les vents et des courants imparfaitement connus; sans compter que l'on ne trouvera aucun moyen d'existence, ni de ravitaillement, ni de réparation en cas d'avaries. Voilà, selon nous, ce que pensera, en général, un officier n'ayant pas encore doublé le cap Horn et à qui on donnera le commandement d'un navire à voiles pour effectuer cette navigation. Quelques capitaines, soit du premier coup, soit après une traversée antérieure dans laquelle ils auront tâtonné, prendront sur eux de suivre la route de Fitz-Roy.

Nous pensons donc qu'un navire, surtout s'il est à voiles, qui trouvera des vents de la partie du S. 0. à sa sortie du détroit de ternaire, prendra très généralement la bordée tribord amures. Si le navire est mixte, il pourra faire d'abord bonne route à la vapeur tant que les vents de la partie du S.O. ne seront pas assez forts pour l'en empêcher; et il arrivera quelquefois que le vent tournera au Sud et au S. E., puis auN. E., ce qui permettra d'accomplir une rapide traversée. En somme, on agira prudemment, tant que l'on sera dans l'Est du méridien du cap Horn, en évitant de s'approcher de terre. Sous celte unique réserve, on peut recommander de choisir toujours la bordée qui fait faire le plus d'Ouest.

Après avoir dépassé le méridien du cap, on n'aura plus à redouter sérieusement le voisinage de la côte. La route à suivre sera environ l'O.N.O., et l'on pourra même courir à l'O. q. N. 0. et au N.O.

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tant que l'on sera éloigne' de terre de plus de 50 à 60 milles. Les vents domineront du N.O. au S. 0. et pourront toujours être utilisés avantageusement, excepté quand ils souffleront en coup de vent du N. 0., parce qu'alors on serait réduit à tenir la cape bâbord amures. Dans toute autre éventualité, les vents de N. 0. permettront de courir au S. 0. et même à l'O. S. 0., ce qui sera une bonne route; si les vents prennent, au contraire, de la partie du S. 0., même violents, la route que l'on fera bâbord amures sera encore meilleure. La véritable difficulté de la traversée du cap consiste donc à parcourir le chemin en longitude compris entre le méridien de la Terre des Étals et celui de 70° ou 70° 30' Ouest.

En ce qui concerne le meilleur point de croisement du parallèle de 50° Sud, nous croyons suffisant de couper ce parallèle par 82° Ouest si Ton se rend à Valparaiso ou à tout autre point du Chili et du Pérou ; mais il est certain que les navires destinés au Mexique ou à la Californie ont tout avantage à couper beaucoup plus loin dans l'Ouest (jusque par 95° ou 100° Ouest), si les circonstances de temps et de vent qu'ils rencontrent le leur permettent.

COURANTS AU LARGE DU CAP HORN. — Au large du cap Horn existe un mouvement considérable de la surface des eaux, de l'Ouest vers l'Est. Le courant descend de la côte occidentale de Patagonie,en portant au S. E.; il contourne la Terre de Feu en portant à l'Est, puis il remonte vers le N. E. passant par le détroit de Lemaire et au large de la Terre des États. Une partie des eaux passe dans l'Ouest des Malouines et l'autre partie dans l'Est. La vitesse de ce courant est d'autant plus variable que les vents dans ces parages sont eux-mêmes soumis à de plus grandes variations que partout ailleurs, Toutefois nous allons indiquer les vitesses moyennes sur lesquelles on pourra compter.

Sur le méridien de 82° 0., et entre 55° et 60° S., la vitesse du courant portant au S. E. et à TE. S. E: varie de 12 à 24 milles par jour. Sur le méridien de 77° 0., et à une quarantaine de lieues dans le Sud du cap Pillar, la vitesse du courant portant au S. E. est d'environ 12 milles; sur le même méridien, et entre 55° et 60° S., la vitesse vers l'Est varie de 18 à 24 milles. Sur les méridiens de 72° et 73° 0. ,1a vitesse à l'Est sur le parallèle de 58° S. est d'environ 30 milles par jour. Par 71° et 70° 0., et dans le Sud du cap Horn , la vitesse vers l'Est atteint environ 24 milles à 30 milles. Dans le S. E. et dans l'Est du "cap Horn, le courant remonte vers le N. E. et le N. N. E. avec une vitesse de 30 milles; près de terre, entre le cap Horn et la Terre des États, la vitesse vers le N. E. est d'environ 24 milles.

Une partie des eaux, après avoir doublé et contourné le cap Horn et la Terre des États, passent dans le Sud des Malouines et se dirigent

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vers i'E. N. E., avec une vitesse de 12 a 24 milles sur les parallèles de 53° à 54° S.

Dans l'Est des Malouines, entre ces îles et le méridien de 52° 0., les eaux portent vers le N. E. avec une vitesse de 12 à 24 milles, jus qu'au parallèle de 50° S., où le courant perd toute sa force.

L'autre parlie des eaux, débouchant du détroit de Lemaire , et après avoir doublé la Terre des Étals, porte vers le N. N. E. et passe dans l'Ouest des Malouines. La plus grande vitesse, de 36 milles par jour, est observée à 10 ou 20 lieues dans le Nord du détroit de Lemaire. Par le travers et dans l'Ouest des Malouines, la vitesse au N. N.E. n'est plus que de 12 milles; et dans le Nord des des, jusque sur le parallèle de 50° S., la vitesse du courant porte vers l'Est avec une vitesse de 12 à 24 milles.

Plus loin, dans le Nord des Malouines, et sur les parallèles 47° et 48° S., la vitesse du courant vers le N. E. est de 12 à 20 milles par jour.

Dans le N. È. des Malouines, entre les parallèles 47° et 49° S. et entre les méridiens 44" et 37° O., on observe fréquemment à la surface de la mer des variations brusques de température qui indiquent la limite des courants venant des régions polaires antarctiques et du cap Horn.

BAROMÈTRE AU CAP HORN. — Lorsqu'on désire être fixé sur la valeur des renseignements que le baromètre peut fournir au cap Horn, on se trouve dans la plus grande perplexité qui se puisse imaginer.

Un grand nombre de capitaines, ayant doublé plusieurs fois le cap, certifient que l'on ne doit pas se fier au baromètre dans ces parages, et citent tels exemples où des mouvements du niveau du mercure se sont produits sans changement de temps, et inversement. Quelques autres prétendent le contraire, avec une grande persistance, et pensent que leurs contradicteurs ne savent pas interpréter les indications de leurs instruments, et que, s'il est vrai que certaines exceptions peuvent être signalées, elles n'infirment en rien la règle générale, etc.

Il est facile de se rendre compte de ce conflit d'opinions en parcourant les pages 280 à 298 des Instructions de Maurij (traduction de M. Vaneecliout). On y voit des citations de fragments de rapports et de journaux de bord qui ne laissent aucun doute sur le peu d'entente des navigateurs à cet égard.

Après avoir cité treize opinions contradictoires de marins éclairés, Maury résume la sienne comme il suit :

* Les indications du baromètre sont peu utiles au cap Horn. Le niveau barométrique s'élève et retombe de plusieurs pouces en quelques heures; parfois il monte au plus forl d'un coup de vent, tandis

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que d'autres fois il baisse ou demeure stationuaire. Sa hauteur moyenne au Sud de la latitude du cap Horn est de 737 mm 75. En approchant des côtes de la Terre de Feu et de la Patagonie dans le Pacifique, les vents étant à l'Ouest, le baromètre monte; si la brise est fraîche, il s'élèvera au-dessus de 762 milllimètres. et même souvent , sous la terre, au-dessus de 774. n

Après avoir donné ces témoignages, qui tendent presque tous à enlever la confiance que l'on pourrait avoir dans l'emploi du baromètre au cap Horn , nous devons reproduire un résumé de la lettre que le cemmandant Bayley écrivait à Maury en 1864. Ainsi qu'on va le voir, il résulte de ces observations qu'en ne faisant pas usage du baromètre dans ces parages on négligerait de son plein gré une source précieuse d'informations.

rr En été (c'est-à-dire en décembre, janvier et février) , les vents d'Est sont rares et de peu de durée lorsqu'ils soufflent ; nous n'en avons pas eu. Les vents du Nord et de N. 0. sont habituellement accompagnés d'un temps couvert et pluvieux, ou de brume. Peu après qu'ils se sont établis, le mercure commence à baisser et continue tant qu'ils restent de la partie du Nord; après quoi il y a généralement un intervalle de 2 ou 3 heures de calme et de petites brises variables; puis le vent passe au Sud ou S. 0. à grains, le brouillard se change en grêle et neige fondue, et le S. 0. se charge de nuages de la forme dite cumulus.

«Alors le mercure commence à monter, et monte tant que le vent reste de la partie du Sud. Ainsi, un baromètre bas (724 millimètres par exemple) montera avec un vent du Sud, et un baromètre haut ( 759 millimètres par exemple) baissera avec un ventdu Nord. Le 10 janvier, par 57° 40' S. et 81° 30' 0., nous avions vers 4 heures du matin des vents de la partie du N. 0., avec lesquels nous courions, toutes voiles dessus, la bordée de l'Ouest tribord amures; le baromètre était graduellement tombé à 724 millimètres, lorsque la brise mollit et hala le Sud. A peine avions-nous établi la voilure sur l'autre bord que la brise fraîchit avec assez de rapidité pour nous obliger à laisser porter, sans avoir le temps de songer éprendre des ris; heureusement nous avions fait assez d'Ouest pour ne pas craindre la terre. Sous nos voiles d'étai, nous filâmes d'abord 15 nœuds, puis 14 nœuds. Le baromètre commença à monter peu après que le coup de vent se fui déclaré, et atteignit 758 millimètres en 32 heures; il retomba ensuite lorsque le vent passa au N. 0.

rf J'ai doublé trois fois le cap Horn, et chaque fois une observation attentive de ces phénomènes me les a montrés tels que je vous les dépeins; aussi suis-je tellement convaincu de la vérité de ce que j'avance que je conseillerais aux navires (après avoir passé par le détroit de Lemaire, ce qui n'offre aucun danger et fait gagner au moins

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I degré dans l'Ouest), lorsque le veut sera du Nord et que le baromètre baissera, de compter sur ce vent tant que le baromètre continuera à baisser; lorsqu'il aura atteint un minimum inférieur à 735 millimètres et que le calme viendra, ils pourront de même compter sur les vents du Sud, et, s'il est possible, se mettre d'avance en position d'en profiter. »

Nous terminerons ces extraits en renvoyantau tableau des moyennes barométriques mensuelles au cap Horn, tableau dont l'importance est capitale, en ce qu'il montre combien le niveau est bas en général (le niveau moyen estde 743 mill. pour toute l'année). Il n'y a pas lieu par conséquent de s'effrayer des hauteurs telles que celles de 715 et 720 millimètres, qui sont fréquentes et qui, dans d'autres parages, annonceraient de grands mauvais temps.

OPINION DES OFFICIERS FRANÇAIS. — En général, ceux de nos officiers qui naviguent dans les mers du cap Horn montrent une certaine confiance dans le baromètre haut, en signalant de fréquentes irrégularités dans ses indications. Les diverses opinions peuvent se résumer comme il suit :

Le baromètre étant dans les environs de son niveau moyen, entre 737 et 745 millimètres, suivant l'époque de l'année, on le verra souvent .baisser de 10 millimètres dans un quart de 4 heures, avec les vents de N. 0.; le niveau pourra ensuite atteindre 720 et même 715 millimètres, sans qu'on puisse en déduire une annonce certaine de coup de vent. Lorsque les vents reprendront du S. O. on verra le niveau remonter et passer quelquefois, en moins de 24 heures, de son point le plus bas à des hauteurs de 775 et 780 millimètres. Si le N. 0. doit reprendre ou reprend à son tour, le niveau recommence à baisser rapidement vers 730 et 720 millimètres, et ainsi de suite.

Il résulte de là qu'il est plus nécessaire au cap Horn que partout ailleurs de tenir compte de tous les indices pouvant donner quelque certitude aux pronostics tirés de l'observation du baromètre. Ainsi, on pourra compter, avec d'assez grandes probabilités, sur des vents de N. 0. lorsque le mouvement de baisse du baromètre sera accompagné d'une hausse du thermomètre, d'une augmentation d'humidité au psychromètre, d'un horizon chargé dans le Nord et le N. 0., etc. Inversement, on aura sans doute de grandes chances de S. 0. lorsque le mouvement de hausse du baromètre sera accompagné d'une baisse du thermomètre, d'une humidité moindre au psychromètre et d'un horizon dégagé dans le Sud et le S. 0.

De même les probabilités de mauvais temps seront plus grandes lorsque les mouvements très brusques du niveau barométrique, audessus ou au-dessous de niveau moyen, se produiront en même temps qu'une forte houle et après un coucher ou un lever de soleil venteux, Patagonie. i f,

210 THERMOMETRE. [obap. m.J ou vers les changements de lune, ou au moment du lever ou du coucher de la lune, enfin lorsque le temps aura mauvaise apparence. N

THERMOMÈTRE. — Le thermomètre monte avec les vents d'Est, de N. E. et de Nord; avec les vents de N. 0., il cesse de monter et commence à descendre; il baisse avec les vents dOuest, de S. 0. et de Sud; avec les vents de S. E., il cesse de descendre et commence à monter.

APPENDICE

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