‹ Paternité;Chapitre 10 sur 89 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

nettement la route qui mène à ki Roselière et où je faisais ma promenade quotidienne. On accédait à la propriété par une allée plantée de jeunes frênes...

— Les jeunes frênes ont grandi et donnent maintenant un bel ombrage.

— En ce temps-là, — poursuivit-il, — la Roselière était occupée par un original nommé M. Le Maroise. Il avait des mœurs singulières, se calfeutrait tout le jour dans une chambre au.x: volets clos, et ne sortait qu'à la nuit tombée, dans une vieille berline conduite par un cocher aussi excentrique que son maître...

— Cet original était mon grandoncle, — interrompit-elle en riant.

— Ah!... pardon!

— Ne vous excusez pas, — répliquat-elle : — c'était un être bizarre, et si vous me poussiez, je vous avouerais que je l'avais pris en grippe... Il existait encore quand je me suis mariée ; il m'avait dotée, à condition que mon

mari et moi nous habiterions avec lui... Ce qu'il nous a rendu la vie insupportable, on ne se l'imagine pas!...

Enfin il est mort, le pauvre homme, et je confesse que je l'ai peu pleuré... Il a failli me faire haïr la Roselière.

— ^ Est-ce que vous y demeurez toute l'année?

— Parfaitement, c'est à peine si je fais deux ou trois fugues par an à Dijon ou à Chaumont, pour des affaires d'intérêts. Quand j'ai passé une semaine en ville, je n'ai qu'un désir, regagner ma maison au plus vite.

— Vraiment, à votre âge, vous ne trouvez pas cette solitude un peu austère? Vous ne vous y ennuyez jamais?

— Rarement...D'abord il faut que vous sachiez que j'ai un tempérament de paysanne. Dès que la belle saison commence, je vis constamment dehors... Je m'occupe de mes bêtes, de mes fleurs, de mes arbres; je surveille mes coupes de bois. Je vous assure que j'ignore quasiment ce que c'est que l'ennui.

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