PREMIÈRE PARTIE
— Mais rhiver>
— L'hiver, j'allume de belles llambées de hêtre et je m'installe au coin de ma cheminée avec un livre... Il y a à la Roselière une bibliothèque assez bien garnie et que j'augmente encore en me tenant au courant de ce qui parait... Je suis une enragée liseuse... Quand j'ai un livre intéressant et, à portée, un sac de pralines à grignoter, je passe des heures délicieuses près de mon feu... •■
Tandis qu'ils causaient à l'écart, le conservateur organisait une table de Avhist, et, sur le refus de Delaberge et de Mme Liénard, s'y installait avec l'inspectrice, le président et le secrétaire général. Mme Yoinchet et l'inspecteur examinaient le jeu des partners, en attendant qu'ils prissent la place de l'un d'eu.x; de sorte que la jeune veuve et son interlocuteur, grâce à la préoccupation des joueurs de whist, se trouvaient isolés sur le canapé comme au fond d'un bois.
46 lATERXITÉ
Ce téte-à-tète dans la pénombre les rapprochait familièrement et donnait quelque chose de plus intime et de plus confiant à leur entretien. Mme Liénard ne semblait nullement intimidée par son grave vis-à-vis. Elle s'étonnait elle-même de se trouver si à l'aise avec ce Parisien qu'elle connaissait depuis quelques heures à peine. Quant à Delaberge, il était à la fois surpris et charmé de la sympathie visible que lui témoignait la jeune femme. Il l'écoutait parler avec plaisir et se sentait rafraîchi par le naturel, le bon sens et la gaîté de sa voisine.
Il oubliait son accent langrois, sa robe mal façonnée et ses traits irréguliers. Si elle avait la tournure provinciale, elle possédait en revanche une culture d'esprit, un jugement net et surtout une faculté d'enthousiasme qu'on ne rencontre pas souvent, même à Paris. Au sujet de ses lectures, elle s'exprimait avec une indépendance, unsens critique et une vivacité qui ravis-