‹ Paternité;Chapitre 13 sur 89 · PREMIERE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIERE PARTIE

de louage et se lit conduire au Val- C la vin.

Il y a six bonnes lieues de Langres à ce bourg, niché dans les bois. Après avoir roulé d'abord sur la route de Dijon, la voiture tourna à droite et s'engagea dans le chemin vicinal qui court à travers un long plateau pierreux, d'une nudité austère.

La lumière de l'aprcs-midi, blutée par de fines nuées, veloutait la plaine verdissante et les lisières de bois qui bleuissaient à l'horizon. Ce ciel à demi couvert, ces clartés diffuses s'harmonisaient avec les llottantes pensées de Delaberge. A vrai dire, c'étaient moins des pensées que des rêves. Fatigué de sa laborieuse matinée, bercé par le roulis de la Victoria, il se laissait aller à une somnolente contemplation où les images perçues suscitaient de vagues ressouvenirs. Le moutonnement des forêts lointaines le faisait songer à l'affaire du cantonnement, et soudain il se disait, non sans une secrète

52 PATERN'ITK

satislaction, que parmi les usagers du Val-Clavin se trouvait une certaine veuve aux limpides yeux bruns, aux bandeaux châtains bouffant sur les tempes, avec laquelle il avait passé une agréable soirée.

Du milieu des seigles, une alouette essorant vers la nue et s'y perdant, tandis que sa vive ri.tournelle résonnait gaîment, remémorait à Francisque le réveillant enjouement et la voix nettement timbrée de Mme Liénard. A travers sa rêverie, l'idée de revoir la jeune femme à la Roscliere filtrait doucement, pareille à la lumière discrète que tamisait la floconneuse mousseline des nuées.

Quand on fut au fond de la combe de Pierrefontaine, le conducteur sauta à bas de son siège. La rampe qu'il fallait remonter était longue et assez raide: le cheval la gravissait au pas.

en soufflant. Pour alléger le loc.itis et aussi pour secouer sa somnolence.

PclabcrLi'e imita le conducteur, et.

Page 1