K E M I E R E PARTIE
dait pas ; sa quasi oisiveté lui rendait les journées plus ternes et plus insupportables. Il n'avait plus de ,uoiit à relire les quelques livres qu'il possédait et qu'il savait par cœur. Les heures se succédaient si longues et si vides, la solitude lui devenait si odieuse, qu'il en arrivait peu à peu à une déprimante veulerie morale, liée de ce féroce ennui.
Il logeait à l'auberge du Soleil d'Or et y prenait pension. Cette auberge, fréquentée par des rouliers et des marchands de bois, résonnait du matin au soir de discordants tapages. Il mangeait seul ou en compagnie de son maitre d'hôtel, M. Princetot, un gros Bourguignon au teint fleuri, à l'œil endormi et lînaud, dont la conversation roulait invariablement sur les vins qu'il emmagasinait dans sa cave pour les revendre le plus cher possible aux; petits débitants de la montagne. Dans cette grisâtre et morne symphonie de l'ennui, la seule note
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colorée et rJvcillante était doniije par son hôtesse. M;iie Princetot.
Micheline Princetot courait alors sur SCS vingt-huit ans. Assez grande, bien faite, avec un teint mat et de langoureux yeuv gris, elle avait d'engageantes façons, et le sourire de ses lèvres charnues creusait de chaque côté des joues ces affriolantes fossettes que le peuple appelle des •- nids d'anidur ■■. Intelligente et très fine, elle menait par le nez le gros Princetot, qui. tout affairé à son commerce de vins, lui laissait gouverner l'auberge à son gré. Elle s'y entendait à merveille. Proprette, attirante et, de plus, excellente cuisinière, elle savait aguicher les clients. Grâce à elle, les notables du canton descendaient fréquemment au Soleil d'Or. On prétendait, à la vérité, qu'elle poussait la coquetterie un peu loin et n'était pas aussi fidèle épouse que diligente ménagère; toutefois les méchants propos colportés par des envieux ne réussis-