‹ Paternité;Chapitre 22 sur 89 · PREMIERE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIERE PARTIE

— Vous avez un filsr — demanda rinspecteur général surpris.

— Au fait, vous ne pouviez pas le savoir... Notre Simon n'était pas encore au monde, de votre temps. — Il s'est fait un peu attendre, mais il a été tout de même le bienvenu : n'est-ce pas, madame Princetot > »

Mme Micheline semblait agacée par le bavardage de son mari ; sa placide figure de dévote prenait une expression mécontente et ses lèvres se plissaient nerveusement. Elle fit remarquer que ]\L Dclaberge devait avoir besoin de se reposer et qu'il était inutile de le fatiguer en lui parlant de ce gachenel qu'il ne connaissait pas...

" Mais, — repartit obstinément Princetot,— Monsieur le connaîtra s'il reste quelques jours au Val-Clavin, et Simon est bon à connaître... Ce soir, malheureusement, il ne rentrera que tard, car il est en forêt pour une expertise... Les gens de chez nous ont eu recours à lui pour une affaire de cantonnement.

et comme il est très malin et très au courant du régime des bois, on l'a chargé de défendre les droits des usagers...

— Oui, oui. une méchante affaire qu'il s'est mise sur les bras ! ■■ interrompit Mme Princetot.

Plus perspicace que le Prince, elle soupçonnait que Delaberge devait être venu précisément pour cette question de cantonnement, et elle craignait que son mari n'eût la langue trop longue.

« Une méchante affaire, qu'en sais-tu >

— riposta ce dernier avec un mystérieux clignement d'œil : — Simon a de l'esprit et du llair, et il est assez grand garçon pour marcher tout seul.

— Enfin, — soupira Mme Micheline,

— il est à souhaiter que tout ce micmac ne lui donne pas plus de chagrin que de profit ! »

Puis, pour couper court à cette conversation, elle demanda au voyageur s'il dînerait à table d'hote.

" Non, — répondit Delaberge — :

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veuille/ me servir chez moi, et ayez la bonté de prévenir le garde généi'al de mon arrivée... J'ai besoin de cause!" avec lui dés ce soir... ■■

Quelques minutes après, il était installé dans la « chambre rouge ■■.

réservée d'ordinaire aux hôtes d'importance. Cette pièce, au parquet ciré et au grand lit tendu de damas groseille, était percée de deux fenêtres, l'une ouvrant sur la rue, l'autre sur le jardin, qui montait en pente douce vers les bois.

Dclabcrge, après s'être lavé de la poussière de la route, vidait sa valise, quand un frappa discrètement. Ce fut avec un petit mouvement d'anxiété qu'il cria d'entrer. Il croyait voir apparaître ."Mme .Micheline, désireuse sans doute de l'entretenir seule à seul ; mais il fut rapidement détrompé. Une maigre et alerte tille, pénétrant dans la chambre avec un panier à bouteilles et une pile d'assiettes, se mit en devoir de dresser le couvert. (Hiand

tout l'ut prêt, elle s'esquiva, puis remonta avec la soupière.

En se faisant servir chez lui. l'inspecteur général avait un peu espéré qu'il pourrait ainsi s'expliquer amicalement et une fois pour toutes avec Mme Princetot. II se trouva déçu.

Il devenait évident que Mme Micheline ne se souciait pas de provoquer une explication rétrospective. Etait-ce indifférence r ou plutôt désirait-elle, dès le début, faire comprendre à son hôte qu'il fallait éviter toute allusion au passer " Comme elle voudra! se dit Delaberge : peut-être d'ailleurs vaut-il mieux qu'il en soit ainsi. »

Néanmoins, en son for intérieur, il éprouvait une sorte de désappointement. Pendant qu'il s'enfonçait dans ses ressouvenauces, le long de la rampe de Pierrefontaine. et revivait en imagination le temps du Val-Clavin, il ne s'attendait pas à s'y trouver si complètement oublié, si crûment traité en étranger!... 'Cela le rendit mélan-

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colique, et il s'attabla morosement devant son dincr solitaire.

Comme il achevait son dessert, on lui annonça le irarde général : un mince garçon obséquieux et balbutiant, qui se confondait en salutations et n'osait s'asseoir, tant il était intimidé. Delabergc , après d'inutiles efforts pour le mettre à l'aise, lui donna brièvement ses instructions pour le lendemain et lui indiqua l'heure à laquelle ils se rendraient ensemble en forêt ; puis il sortit de l'auberge avec lui et se promena un moment, seul, au bord de l'Aube.

li faisait complètement nuit, mais le ciel fourmillait d'étoiles et des rossignols chantaient dans les vergers du voisinage. Il écouta cette même musique qui jadis avait accompagné ses duos d'amour avec Mme Micheline.

Il se sentait devenir sentimental ; malheureusement, il s'apercevait aussi, au frisson que lui causait la fraîcheur de la rivière, qu'il n'était plus a l'âge

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OÙ l'un rcve à la belle étoile. De sorte qu'il rebroussa chemin.

(^)uand il rentra à l'iiôtel, M. et Mme Princetot avaient disparu. La cuisine était confiée à la i^'-arde d'une servante qui alluma un bougeoir et qui le guida jusqu'à la chambre rouge en lui souhaitant une bonne nuit.

Delabe'rge. en fermant ses fenêtres, songea que la Roseliére était proche et que, le lendemain, s'il le V(m!ait, il pourrait se dédommager de cette maussade soirée en rendant visite à l'aimable madame Liénard. Cette pensée le rasséréna. Il se dévêtit en la ruminant et se mit philosophiquement au lit.

Delaberge était la ponctualité même.

A l'heure convenue, en compa.Ernic du g-arde général et d'un brigadier forestier, il explorait le triage de Charbonnière que le conservateur de Chaumont proposait d'affecter au cantonnement des usagers.

La tin Je mai est la saison où les forêts de la montagne lanyroise se montrent dans leur gloire, et le temps était à souhait pour la promenade.

Un léger vent d'est avait séché les chemins ; très haut parmi les jeunes feuillées, un cie! bleu souriait; les marges des sentiers foisonnaient de fleurs et partout les oiseaux rossignolaient. Dclaberge, que ses fonctions sédentaires avaient si longtemps conhné à Paris et qui ne connaissait quasiment plus d'autre verdure que celle des cartons de ses bureaux, jouissait de cette fête du printemps en forêt comme on jouit d'un vieil ami retrouvé. Il respirait avec délices la fine odeur des aspérules mêlée à cette senteur aromatique que répandent les merisiers à l'époque de la floraison. En même temps son humeur mélancolique de la veille se dissipait.

Le matin, à l'heure du déjeuner, il avait derechef constaté que madame

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