‹ Paternité;Chapitre 24 sur 89 · PREMIERE PARTIE gi · texte numérisé non relu

PREMIERE PARTIE gi

pêcher de penser que, si ces propositions étaient acceptées par l'administration centrale, il aurait un vif plaisir à en porter la nouvelle à Mme Liénard. Cette réflexion réveilla l'agréable souvenir de la veuve et de l'invitation qu'elle lui avait adressée en le quittant.

Justement, à ce moment même, on entrait dans une large tranchée, un profond couloir au bout duquel on apercevait le faite d'une tourelle coiffée d'un toit en éteignoir.

■■ N'est-ce pas la Roselière qu'on voit là-bas > — demanda Delaberge au brigadier.

— Oui, monsieur l'inspecteur général, la tranche où nous sommes y mené tout droit... »

La brusque apparition de la Roselière, à l'instant précis où il songeait à Mme Liénard, fut pour Delaberge doucement suggestive. Cette coïncidence le frappa et l'induisit à modifier le plan de sa soirée. En quittant le

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Soleil J'Or, il n'avait nullement ridée de rendre ce jour-là visite à madame Liénard. Il ne comptait se présenter chezellequ'un peu plus tard, craignant qu'un empressement trop marqué ne fut d e mauvais p'oùt. Mais le voisinage de la Roseliérc agit sur lui comme un aimant et modifia sensiblement ses résolutions.

11 jeta un rapide coup d'(eil sur sa toilette :

ses chaussures, à la vérité, étaient poudreuses, mais sa jaquette et son pantalon n'avaient pas trop souf-

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t'crt de la promenade à travers bois et sa tenue, en somme, était correcte. D'ailleurs, il se rappelait que Mme Liénard n'était nullement façonniére et n'accordait qu'une médiocre importance à des questions de forme : cela le décida.

A un endroit où la tranchée se trouvait coupée par la route forestière qui descendait au Val-Clavin, il congédia ses deux compagnons et s'achemina seul vers la Roseliére.

Au bout d'un quart d'heure, il atteignit l'orée du bois et vit devant lui le parc et les jardins de l'habitation.

Bien que dans le pays on lui conservât le nom de ■• château ■■, la Roseliére n'était qu'une confortable maison bourgeoise, bâtie â la fin du xviii" siècle et flanquée de deux tourelles au toit d'ardoise, qui lui donnaient seules un reste de physionomie seigneuriale.

Le parc s'étendait des deux côtés de

l'Aubette. qui contournait ensuite le corps du loyis et alimentait de son eau verte les douves creusées au pied des terrasses du rez-de-chaussée.

L'avenue de frênes dont Delaberge avait gardé le souvenir conduisait à une grille de fer forgé, puis se continuait au delà du pont de pierre jeté sur les douves.

Du versant où il s'était arrêté, l'inspecteur général distinguait les parterres, la façade principale tapissée de chèvrefeuilles et de rosiers grimpants, les charmilles du jardin dessiné à la française et les futaies du parc. Au delà des clôtures, dans l'espace libre laissé par le recul de la forêt, des prés à l'herbe drue, des seigles aux ondes mouvantes, des champs de sainfoin et de luzerne s'étalaient au soleil; puis les bois recommençaient sur les flancs largement évasés de la combe et couronnaient de leur verdure moutonnante cette pacifique et riante solitude.

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