‹ Paternité;Chapitre 33 sur 89 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

à sa femme, — et, tu sais, si nous ne rentrons qu'à la nuit, ne te fais pas de mauvais sang.

En même temps le iils envoyait à Mme Micheline un baiser et ajoutait :

— A ce soir, maman, je te réponds de papa ! ■■

Du bout du fouet il chatouillait le cou du cheval, et la bête prenait immédiatement le grand trot dans la direction de Recey.

Mme Micheline, une main en abatjour, les suivait de l'ceil jusqu'au tournant de la route, puis rentrait solitairement dans sa cuisine.

Delaberge avait tout observé du haut de sa croisée.

" Cesgens-làsont heureux et ils s'aiment ! — songeait-il; — ce gros Princetot si positif, si enfoncé dans la matière, a une touchante tendresse animale pour ce tils unique dont il est fier; Micheline, en dépit de son détachement de dévote, dévore des veux son gar-

çon; et Simon a pour ces deux êtres une affection qui l'aveugle sur leurs défauts. De quel regard bon enfant il payait tout à l'heure les caresses balourdes de son père, et comme, pour rassurer sa mère, sa voix trouvait des inflexions gaiement câlines ! Décidément ce Simon n'est pas seulement une intelligence d'élite ; il a le cœur bien placé... »

L'inspecteur général s'émerveillait en constatant que ce garçon, si supérieur comme aspirations et comme culture aux gens de sa famille, n'avait pas ce sot respect humain qui pousse certains fils de bourgeois enrichis à rougir des ridicules de leurs parents.

Au contraire, avec de délicates prévenances, avec bonne humeur, il s'efforçait de combler le fossé qui le séparait d'eux, et ainsi tous trois vivaient de plain-pied et en harmonie. Il fallait qu'il y eiit dans la vie de famille une vertu et des grâces particulières pour lier aussi intimement des êtres si dis-

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