DEUXIÈME PARTIE l6l
celles-ci, toutes blanches avec le Cdjur oranger... Comment ne connaissezvous pas le narcisse des poètes?...
Vous ne semblez pas très ferré sur la botanique des jardins, monsieur le forestier ! ■■
Et ils riaient. Delaberge se plaisait à cette besogne fleurie qu'il partageait avec la jeune femme.
Le contact des corolles mauves, cramoisies, d'un bleu tendre ou d'un blanc de lait, le rajeunissait. Les printanières odeurs des roses-thé, der> jonquilles et des iris lui montaient à la tête. Chaque fois qu'il apportait une plante à la gerbe, c'était un délice pour lui d'effleurer les doigts de Camille Liénard à travers les feuilles humides.
" Là, — dit-elle au bout d'un quart d'heure, — nous en avons assez.
lAIaintenant il ne s'agit plus que de garnir les vases. ■■
Elle emmena Delaberge sous une cliarniille où il v avait des chaises
d'osier et une table sur laquelle deux potiches pleines d'eau étaient posées.
Alors commença le travail délicat de l'arrangement des bouquets. Francisque présentait une à une les plantes à Mme Liénard, qui les disposait artistement dans les vases, assortissait les nuances et variait les fleurs selon leur forme et leur taille. Peu à peu, les iris violets, les chèvrefeuilles échevelés, les ancolies et les touffes de myosotis s'étalaient mollement sur une bordure de narcisses et de frissonnantes aspérules.
A travers l'arceau de la charmille, on apercevait, par-dessus des massifs d'aubépines roses, la terrasse bordée de caisses d'orangers et un coin de la façade aux fenêtres ouvertes, le tout dans un sourd bruissement d'insectes ivres de soleil.
Delaberge, mollement attendri et devenant expansif, hasarda une timide insinuation :
" Cette Roseliè're est un paradis!