DEUXIÈME PARTIE I
cruellement. Alors elle l'attira vers elle, lui prit la tète dans ses mains et le baisant tendrement au front!...
" Mon pauvre gachcnel, — ajoutat-clle, — je suis désolée de te faire de la peine, mais je n'entends pas qu'on se moque de toi... Réfléchis à toutes ces choses et, crois-moi, ne te laisse enjôler ni par les coquetteries de madame Liénard, ni par les flatteries de monsieur Delaberge... >•
Simon s'éloigna brusquement. Il avait hâte de se trouver seul et de ruminer librement les jalouses appréhensions que les paroles de sa mcre venaient d'éveiller en lui.
En sortant de la maison, il se dirigea vers les bois de Charbonnière. Si avec son intuition féminine, Micheline Princetot avait deviné ce qui se passait dans son cœur, elle lui prêtait néanmoins des visées ambitieuses qu'il n'avait jamais eues. A la vérité, il aimait Mme Liénard: il l'aimait avec une fougue à la fois candide et pas-
sioiinée; mais il ne s'était jamais illusionné sur les chances qu'il avait de voir sa tendresse payée de retour. Il n'ignorait pas qu'une barrière quasi infranchissable le séparait de la veuve. Pourtant son amour sans espoir lui était cher et, bien qu'il fût sans illusions, il n'en était pas moins accessible à la jalousie. Il se souvenait de l'impression fâcheuse que lui avait laissée la première visite de Delaberge à la Roselière. Du haut des clairières marécageuses de la forêt, il apercevait les toits pointus de la maison de Mme Liénard ; il se disait qu'en ce moment sans doute l'inspecteur général se trouvait en tête à tête avec la jeune femme et en profitait pour mener à bonne fin ses tentatives matrimoniales. A cette pensée, un bouillonnement de colère lui montait au cerveau et une angoisse lui peignait la poitrine. Il n'y put tenir. Diit-il souffrir encore plus grièvement, il voulait en terminer'avec cette mor-