‹ Paternité;Chapitre 56 sur 89 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

de ma solitude... Votre observation venait précisément à l'appui de certaines réflexions que j'avais déjà faites par-ci par-là depuis un an...

Oui, quelque activité que je mette dans ma vie, mon isolement me pèse quelquefois... Je songe que j'ai vingtsix ans et que ce n'est vraiment pas un âge où l'on puisse se vouer à la retraite. Je suis bien portante, d'humeur plutôt gaie que mélancolique, je ne me sens point de vocation pour un perpétuel veuvage, et je me demande si je n'agirais pas sagement en me remariant plus tôt que plus tard.

— Vous avez raison, — affirma Delaberge en s'échauffant : — la solitude no vaut rien pour personne, mais elle est plus mauvaise encore pour une jeune femme, pour une âme expansive et charmante comme la vôtre... N'attende/ pas l'âge des hésitations et des regrets.

— Sans doute, — répliqua-t-elle en souriant; — mais, bien que je sois du

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bon cùté de la trentaine, je crois que l'âge des hésitations est déjà venu!...

Un premier mariage médiocrement heureux amené après lui une précoce méfiance ; c'est comme un accident de voiture, qui nous rend peureux à jamais. Feu mon mari, M. Liénard, était un fort honnête homme, mais un compagnon peu agréable : faible et entêté, cruellement taquin, maladif et prématurément vieux, il me plongeait sans le vouloir dans une atmosphère de maussaderie et d'ennui. Il m'a fallu toute la jeunesse, tout l'enjouement que j'avais en réserve, pour garder, après cinq ans de ce régime, ma bonne humeur et ma bonne santé. Je l'ai épousé sans le bien connaître, et je ne voudrais pas retomber dans la même erreur s'il me prenait fantaisie de me remarier. Je désirerais que, cette fois, mon choix fût guidé moins par de pures convenances que par une sincère inclination... C'est pourquoi, avant de donner cf mes rêves actuels

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