‹ Paternité;Chapitre 59 sur 89 · DEUXIÈME PARTIE I · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE I

Ils arrivèrent à la petite porte, obstruée de lierre et que Mme Liénard ouvrit avec peine. Klle hasarda encore quelques pas au dehors, puis tendit la main à l'inspecteur générai :

« Vous n'avez qu'à aller tout droit...

A bientôt, n'est-ce pas? Et surtout pardonnez-moi d'avoir abusé de votre patience. »

Pour toute réponse, il s'inclina vers la petite main tendue et y posa ses lèvres. La jeune femme regagna lestement le seuil de la porte, envoya un gai sourire à Delaberge, et disparut.

Très ému, Francisque se disposait à suivre le chemin qui, à cet endroit, tournait court au milieu d'un fourré de saules et d'aunelles, quand son attention fut éveillée par un bruissement de feuillages brusquement écartés. En même temps il vit confusément un garçon jeune et leste s'élancer hors du fourré et s'éloigner entre deux champs de seigle. On eût dit que, honteux d'être surpris aux aguets.

iqS

P\TERNTTE

il cherchait à se raser derrière les épis, afin de n'être pas reconnu.

L'inspecteur général s'arrêta un moment à regarder cette alerte forme masculine qui devenait de moins en moins distincte.

>< C'est singulier! — songca-t-il, — le fuyard a un faux air de Simon Princetot. •■

Préoccupé de cet incident, Delaberge suivait pensif le sentier, qui n'était séparé du parc que par une haie vive et un fossé herbeux où courait un ruisselet dérivé de l'Aubette.

De l'autre côté, les champs montaient

vers les bois : — carrés de seigles mouvants, longues pièces de luzerne d'un violet assombri, avec çà et là de stériles jachères où des llaques d'eau stagnante miroitaient, où frissonnaient de tristes plantes aquatiques. Tout ce versant s'assoupissait, bercé par le refrain des grillons. Seuls, au milieu de ce bourdonnement endorraeur, autour des branches à demi décharnées d'un vieux chêne de lisière, de jeunes busards voletaient, se posaient et battaient des ailes avec des piaulements aigus. Les cris sauvages des buses, le glouglou intermittent du ruisseau et la vespérale chanson des insectes ajoutaient encore à l'impression de solitude qui serrait le cœur de Francisque.

Depuis que les confidences de Mme Liénard avaient renversé son fragile château en Espagne, il était douloureusement désenchanté. Le malaise dont il souffrait avant sa visite à la Roselière, et que. seules, ses

Page 1