DEUXIEME PARTIE
chiniùriques espérances avaient momentanément dissipé, reprenait une maîtresse place dans son esprit, maintenant que Mme Camille avait innocemment soLifllé sur son rêve. Cette mortifiante déception lui apparaissait comme un élément de plus dans la chaîne des événements fâcheux qui se succédaient depuis son arrivée au Val-Clavin.
Un vent frais descendant des hauteurs inclinait mollement les seigles et remuait les cimes bruissantes des arbres. On eût dit l'âme de la foret exhalant en soupirs inquiets la mélancolie que met en elle la tombée du crépuscule. L'infinie tristesse du soir dans ce site solitaire pénétrait jusqu'aux moelles l'inspecteur général.
Une amertume lui montait aux lèvres :
■< Trop tard! — pensait-il, — il est trop tard!... On ne recommence pas sa vie ! ■■
Tout en chcMuinant lentement, il avait atteint l'orée du bois, et du
sommet de la route il apercevait déjà les maisons du village voilées de fumées bleuâtres. Les rumeurs rustiques s'éteignaient. De loin en loin, il était dépassé par des bûcherons regagnant leur gîte et dont le pas alourdi résonnait sourdement.
A un jet de pierre de l'étang, un lavoir étalait son eau d'un bleu de turquoise dans une ceinture de joncs et d'oseraies. Agenouillée sur une pierre plate, une paysanne, brune silhouette penchée sur le réservoir clair, se hâtait de tordre son linge et de le jeter dans un seau de fer-blanc... Au bruit des pas de Delaberge, elle tourna curieusement !a tête et suspendit sa besogne pour dévisager le promeneur. Il n'y prenait pas garde et continuait de marcher pensif, quand la laveuse, d'une voix criarde, l'interpella hardiment :
« Bonsoir donc, monsieur Delaberge, vous passez bien fier! »
Il s'arrêta, étonné, et fixa les veux