DEUXIÈME PARTIE
— Répondez-moi sans hésiter... Réflécliissez que je puis toujours ra'assurer de la vérité en consultant les registres de l'état civil... A quelle époque est-il né?
Elle comprit qu'un mensonge serait inutile et répondit d'un ton résigné :
— En 1859... le 25 juillet.
Delaberge resta un moment silencieux. Il avait quitté le Val-Clavin à la fin d'octobre 1858 et, à cette époque, le Prince était absent.
— Rappelez vos souvenirs, — murmura-t-il en hochant la tête, — et jugez si j'ai raison de m'émouvoir...
— Qu'est-ce que ça prouve? — répondit-elle avec irritation : — est-ce qu'on est jamais sur?...
— Il y a d'autres présomptions encore : Simon me ressemble, et vous le savez bien, Micheline! vous qui avez fait votre possible pour m'enpècher de le revoir... Vous craigniez que cette ressemblance ne me sautât aux yeux, car elle n'est pas imagi-
naire. Simon n'a rien de celui dont il porte le nom, tandis que ses traits rappellent les miens quand j'avais son âge. D'autres que moi s'en sont aperçus et me l'ont fait remarquer...
Maintenant, je vous conjure de me dire toute la vérité! ■■
La figure cachée dans ses mains, Mme Micheline secouait négativement la tête et se bornait à répéter obstinément :
" Ah ! Seigneur mon Dieu, pourquoi > A quoi bon ?
Elle se défendait encore, mais déjà plus faiblement.
— Pourquoi? — répliqua Dclaberge : — parce que j'ai le droit de le savoir, parce que vos principes religieux vous obligent à ne pas me déguiser la vérité, parce qu'enfin, si vous vous entêtez, je recourrai à d'autres moyens pour éclaircir mes doutes... ■>
Cette menace, jetée au hasard, eut raison des dernières résistances de
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Mme Princetot. Ses mains s'ccartcrent, laissant à découvert son visage bouleversé; ses yeux épeurés se fixèrent sur son interlocuteur :
« Ne faites pas ça! — interrompitelle. — Puis, d'une voix étouffée, elle avoua tout :
• — Eh bien! oui, là, c'est votre fils.. . Quand Princetot est revenu chez nous après deux mois, j'étais déjà quasi certaine de ma grossesse, et dans les premiers moments je vivais si enfoncée dans le péché, vous m'aviez si fort troublé la tête, que je me réjouissais d'avoir un enfant et qu'il fût de vous... L'amour m'endurcissait la conscience; je ne me suis pas fait scrupule d'abuser mon mari. Je voulais même vous écrire ça, et puis, craignant une indiscrétion, j'ai préféré me taire... L'enfant est venu; il était beau et fort, il a été reçu avec joie, et je l'ai aimé follement... Princetot aussi en était fou... Mais quand il s'est mis à grandir et que sa ressem-
blancc avec vous est devenue pour moi plus visible, la peur m'a prise. Je songeais à ce qui arriverait si mon mari s'avisait d'avoir des doutes, et je commençais à me repentir de l'avoir trompé, cet homme ! Alors la grâce m'a touchée, mes yeux se sont ouverts; j'ai eu horreur de ma conduite, j'ai essayé de la racheter en m'humiliant devant le bon Dieu et en confessant mes péchés... Les pénitences les plus dures, je les ai faites... Elles n'étaient rien à côté des transes qui me prenaient à la pensée de Princetot découvrant tout à coup mon crime...
Et c'est au moment où je croyais mon supplice fini, ma faute pardonnée, ma tranquillité assurée, que vous êtes arrivé chez nous... En vous voyant.
j'ai compris que ma peine commençait seulement, et je ne me suis pas trompée... Ah! mon Dieu, mon Dieu, fautil?... Enfin, je vous ai dit toute la vérité, monsieur Delaberge, et maintenant que vous la connaissez, je vous