‹ Paternité;Chapitre 83 sur 89 · DEUXIEME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIEME PARTIE

Lentement il reparcourut le chemin où il était revenu un soir en compagnie de Simon. II revit le hêtre élancé et robuste que le jeune homme avait si passionnément serré dans ses bras, et à son tour, pris d'une enfantine superstition, il l'entoura d'une amicale étreinte.

En repassant prés du lavoir où la Fleuriotte lui avait brutalement révélé sa triste paternité, il pressa le pas et détourna la tête. Maintenant il dévalait le long du raidillon d'où l'on aperçoit l'entrée du village. Il s'arrêta prés de l'étang immobile que le soleil couchant glaçait de couleurs irisées.

L'eau dormait taciturne au milieu de sa ceinture de roseaux, que le vent efileurait et qui secouaient leurs aigrettes flexibles d'un air de compassion.

Un chœur de grenouilles s'élevait par instants du milieu des tiges verdoyantes et drues, puis se taisait subitement sur son passage.

" Trouvcrai-ie en rentrant la ré-

ponse duministrer — songeait Delaberge... — Si elle ra'arrive ce soir, tout sera dit, et je partirai demain. •■

La cuisine du Soleil tfOr avait son aspect de tous les jours. Paresseusement accoté à l'un des jambages de la porte, le- Prince musait et sifllotait en attendant l'heure du diner. Les fourneaux flambaient; Mme Princetot, affairée autour de ses casseroles, ne

releva même pas la tète lorsque Delaberge entra. La maigre servante, assise devant le dressoir de hêtre, épluchait nonchalamment des laitues.

« Le facteur n'a-t-il rien apporté > — demanda l'inspecteur général.

— Si fait, monsieur Delaberge, — répondit le Prince, qui s'était décidé à quitter l'embrasure de sa porte, — il y a une dépêche pour vous. •>

D'un pas lourd et traînant, il se dirigeait vers une étroite vitrine fixée au mur, derrière laquelle on rangeait les lettres destinées aux voyageurs. Il fit jouer la serrure et remit à son pensionnaire un pli fermé.

Malgré l'apparente indifférence du maître d'hôtel et de sa femme, ce télégramme, inclus dans l'envoloppe jaune réservée aux dépêches officielles, les intriguait vivement tous deux. Ils soupçonnaient que ce pli contenait la réponse ministérielle, et, depuis une heure déjà, ils guettaient impatiemment le retour deDelaberire.

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