DEUXIEME PARTIE
votre souvenir, - nuinnura DcUibergc.
Il aurait voulu en dire davantage et exprimer plus vivement la tendresse qui montait de son cœur à ses lèvres, à ce suprême moment de la séparation. Mais il comprenait- trop bien quelle fatale nécessité le condamnait à comprimer un sentiment qui aurait semblé suspect au fils de Micheline.
Il avait promis de rester pour lui un étranger et l'intérêt même du jeune homme exigeait que cette promesse fût tenue religieusement. Une angoisse poignante lui étreignait la poitrine. Il aurait tant aimé, avant de s'éloigner pour toujours, laisser à cet enfant qui était le sien une marque plus matérielle de son affection, quelque chose qui obligeât Simon à penser de temps en temps à lui!... Subitement il se rappela que quelques instants auparavant, lorsqu'il s'était inquiété de l'heure, son conducteur lui avait avoué qu'il ne possédait pas de
montre, et Tidée lui vint de lui olïrir la sienne. Mais, si mince que fût le cadeau, cette offre ne paraitrait-elle pas étrange et parviendrait-il à la faire acccpterr...
Tout en y songeant, il détachait lentement la chaîne accrochée à la boutonnière de son gilet et la tortillait nerveusement entre ses doigts. Puis, affectant un air dégagé et enjoué, qui contrastait amèrement avec la navrante tristesse qu il cachait au dedans de lui, il reprit :
•< Tenez, pour que vous pensiez à moi de temps à autre, il me vient une idée... Vous m'avez dit tout à l'heure que vous ne portiez pas de montre, laissez-moi vous offrir la mienne... Elle n'a rien de précieux, mais elle est très bonne... Quand vous la regarderez, vous vous souviendrez d'un vieux garçon que vous preniez nai\'emcnt puni" uii rival et qui se sen-
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lait au contraire tout plein d'amitié pour vous... "
11 a\ ait tiré de son gousset sa montre et la glissait prestement dans la poche du veston de son conducteur.
Simnn. un peu embarrassé et confus de cette libéralité inattendue, demeurait ébaubi. ])ans ses yeux bleus grands ouverts, il y avait à la fois de l'inquiétude, de l'attendrissement, et aussi la crainte de blesser par un refus cet étranger qui venait de lui donner de si réelles preuves d'attachement : •■ C'est un original, — pensait-il, mais il a l'air d'un brave homme... A quoi bon lui faire de la peiner... "
Tandis qu'il formulait un confus remerciement, la voiture débouchait devant la petite station perdue en plein bois. Tous deux mirent pied à terre, et au même instant la cloche sonna l'arrivée du train. Ce tintement retentissait douloureusement dans la poitrine de l'inspecteur général. Quand il eut pris son billet et fait enregistrer
son bagage, on entendit au fond de la foret le sifflet du convoi qui accourait.
Bien qu'on ne pût l'apercevoir encore à travcre la grise épaisseur du brouillard, on devinait qu'il se rapprochait sensiblement. De sourdes trépidations ébranlaient le sol; le frémissement des feuillées remuées au passage emplissait la forêt d'un mystérieux murmure. Bientôt la machine émergea de la brume, la file serpentine des Avagons se dessina en noir sur les verdures humides et, avec des gémissements quasi humains, le train haletant s'arrêta net devant les humbles bâtisses de la station.
Le jeune Princetot avait accompagné Delaberge sur le trottoir de la voie. Ce dernier l'enveloppa d'un affectueux regard, pendant que le train stoppait. Jamais encore il n'avait trouvé si saisissante sa ressemblance avec le fils de Micheline...
« Courage et boftne chance! — lui