OBSERVATION I
(Personnelle.)
S... Eugène, 42 ans. Ex-infirmier (?). Hôpital de l’Antiquaille ; service de M. le professeur Augagneur. Salle 1, n° 40.(Tabes.)
Le malade aurait eu un chancre syphilitique en 1876 ; une paralysie du côté gauche, en 1887, survenue brusquement ; le malade perdit connaissance.
Il y a trois mois, il s’aperçut qu’il mouillait ses draps la nuit. Depuis cette époque, il éprouve fréquemment des envies brusques d’uriner, qu’il doit satisfaire de suite. Les mictions se répètent dix à douze fois, en moyenne, le jour; sept à huit fois la nuit. Le malade se plaint surtout de la violence des besoins, qu’il est obligé de satisfaire sur-le-champ. Parfois, il perd ses urines la nuit.
Il est resté sans faire de traitement pendant longtemps, et ce n’est qu’en janvier 1895 qu’il entre à l’Antiquaille.
A son entrée, l’incontinence est manifeste; les besoins sont impérieux, quoique non suivis d'exécution ; tout au plus peut-il expulser quelques gouttes.
16 janvier 1895. — On sonde ce malade. Rétrécissement situé à 5 centimètres, bien léger, puisqu'il laisse passer, difficilement il est vrai, un explorateur n° 19. Pas d'autre rétrécissement,
On ne note rien du côté de la prostate.
A l'explorateur métallique, colonnes assez prononcées, bas fond marqué.
On fait urinér le malade et, immédiatement après, on pratique le cathétérisme, il sort alors une quantité assez considérable d'urine que le malade n’avait pu évacuer de sa vessie.
La rétention ne s’expliquant pas, on estétonné d'apprendre que, depuis quelque temps, le malade éprouvait des douleurs vagues ; de temps en temps, apparition brusque de douleurs dans les membres, ayant le type de douleurs fulgurantes.
Les réflexes sont abolis des deux côtés.
Le malade avoue qu'il a de la peine à marcher, de l’hésitation, qu’il est obligé de regarder ses pieds. Cette difficulté - est encore plus grande dès qu'il s’agit de monter quelques marches. Si on lui fait fermer les yeux et si on lui ordonne de se tourner, il vacille un instant.
Il présente, aux jambes, des cicatrices d’ulcérations qui ont été cautérisées au fer rouge.
L’atrophie musculaire est assez marquée ; les forces ne sont jamais bien revenues du côté gauche. Trémulation épileptoide,
Rien du côté des yeux.
Chaque jour, depuis son entrée à l’hôpital, on sonde le malade matin et soir. À chaque expérience, la vessie contient une notable quantité d’urine.
24 janvier. — Depuis que le malade est sondé chaque jour régulièrement, il n’a plus d’incontinence d’urine. Il sort le 4 février.