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PROLÉGOMÈNES ANATOMO-PHYSIOLOGIQUES, — SYSTEME NEURO - MUSC ULAIRE

Le système neuro-musculaire comprend trois parties distinctes : la cellule multipolaire des cornes grises antérieures de la moelle, le nerf qui lui fait suite et la fibre musculaire. Si les trois segments de cet appareil ont des propriétés physiologiques bien différentes, ils n'en offrent pas moins, au point de vue analomique, les connexions les plus étroites, connexions qui justifient pleinement leur groupement sous le nom de système, neuro - musculaire. Des considérations d'anatomie comparée viennent aussi déposer à l'appui de cette dénomination. Chez l'hydre d'eau douce, par exemple, on trouve réunis dans une même cellule l'élément nerveux ei l'élément contractile. Telles sont les cellules névro-musculaires qui ont été l'objet de recherches intéressantes par MM. Kleinenberg et Ranvier (1). Elles peuvent être considérées comme la

(1) Ranvier. Leçons d'anatomie générale sur le système musculaire.

représentation vivante de l'union étroite qui existe entre le svstème nerveux et le muscle.

L'anatomie microscopique nous montre, dans les cornes antérieures de la moelle, une grosse cellule à prolongements multiples dont l'un, le prolongement de Deitcrs, va former, selon toute vraisemblance, le cylindre-axe, c'est-à-dire la partie essentielle du nerf. Ce cylindre-axe est entouré de myéline et d'une enveloppe celluleuse, la gaine de Schwann, toutes parties qui semblent jouer en physiologie normale un rôle surtout protecteur ; il entre dans un rapport immédiat avec la fibre contractile. Arrivé en effet au niveau de cette dernière, le cylindre-axe se débarrasse de sa myéline et de son enveloppe , pénètre dans le sarcolemme, se divise, se subdivise pour former une arborisation appelée par Ranvier arborisation terminale.

Ces ramifications multiples plongent dans une masse granuleuse à noyaux dits fondamentaux, et cette masse elle-même est appliquée sur la substance contractile. Ainsi nous voyons la cellule nerveuse pousser un prolongement jusque dans l'intimité de la fibre musculaire. Au ymint de vue anatomique, l'union est donc parfaite entre la cellule, le nerf et la fibre musculaire . Envisag-eons maintenant , d'une façon succincte, quels sont leurs rapports physiologiques.

Le ganglion spinal exerce sur le cylindre-axe et sur la fibre musculaire une influence trophique très marquée. En ce qui concerne le muscle, qui seul nous intéresse ici, on peut dire que les centres nerveux ont

sur lui une action excitante et continue. Ce n'est pas là une simple hypothèse. Des faits scientifiquement interprétés en fournissent la pleine démonstration.

Rappelons cette expérience de Claude Bernard qui analyse le sang veineux au moment où il vient de traverser le muscle droit antérieur d'un chien. Si le nerf est intact, le muscle étant au repos, la quantité d'oxygène que l'on retrouve dans ce sang veineux est moins élevée que si, au préalable, on a sectionné le nerf qui se rend au muscle, l'animal, bien entendu, se trouvant toujours dans les mêmes conditions expérimentales.

Kien ici de plus évident, de plus ostensible que l'action du système nerveux. Lorsqu'elle est supprimée par la section nerveuse, il y a une consommation moindre d'oxygène, ainsi que l'analyse l'a démontré. Les expériences de Zuntz (1) témoignent également d'une oxydation moindre de la fibre musculaire à la suite d'une section nerveuse; qui dit moindre oxydation dit nutrition moindre, insuffisante, dont la conséquence ultime est l'atrophie musculaire.

Cette action trophique de la cellule nerveuse s'exerce, il est presque superflu de l'ajouter, par l'intermédiaire de son prolongement, le cylindre-axe, ce qui revient à dire par le nerf. L'intégrité de ce

(1) Zunlz. Ueber den Einfius des InneivaLion auf den Stoflwechsel ruhender Muskeln. (SociéLé générale des médecins de Cologne, 13 avril 1877. Berlin, klin. Wochens., n° 10, p. 141. N°du 11 mars 1878.)

segment intermédiaire est nécessaire à la transmission de cet influx trophique. Nous pouvons déjà prévoir que les maladies qui léseront soit la cellule, soit le nerf, entraîneront à leur suite des perturbations dans la nutrition du muscle qui aboutiront à l'alrophie.

Si nous envisageons maintenant la cellule, le nerf et le muscle dans leurs rapports avec le liquide sanguin, nous verrons que le système vasculaire forme autour des diverses parties de l'appareil neuro - musculaire des mailles serrées, qui les enlacent pour ainsi dire : le sang, comme la lymphe, les baigne de toutes parts. Des modifications survenues dans la crase du liquide nourricier retentiront forcément sur l'état anatomique de ces divers segments. On conçoit même comment il se peut que des principes infectieux ou toxiques, agissent plus particulièrement sur la cellule nerveuse, te nerf ou le muscle suivant la susceptibilité spéciale de chacune de ces parties constituantes de l'appareil neuro-musculaire.

Le muscle est donc un organe essentiellement subordonné aux autres, il n'a guère de vie propre. 11 est, comme l'a dit Zenker, le prolétaire de l'économie, travaillant beaucoup et recevant le contre-coup de toutes les altérations qui portent sur les organes qui lui sont hiérarchiquement supérieurs ; et cependant, comme le fait remarquer M, Straus (i), « le système

(1) Straus. Article Muscle (Pathologie médicale) in Nouveau Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques. T. XXIII, p. 268.

musculaire, par son volume énorme, par l'intensité des combustions et des phénomènes respiratoires dont il est le siège, par le travail mécanique qu'il effectue, est, en apparence, le système essentiel de l'économie. »

Tout ce qui perturbe l'influx nerveux, tout ce qui amène une modification dans la composition du sang-, tout ce qui altère les processus généraux de nutrition, peut avoir pour conséquence une modification dans la structure du muscle qui se révèle à nous par l'atrophie.

Celle-ci se produit non seulement à la suite des lésions de l'appareil trophique de la fibre contractile, mais encore consécutivement aux affections des os et des articulations avec lesquels ié muscle est en connexion fonctionnelle étroite.

11 serait difficile, en effet, de concevoir des altérations des leviers sur lesquels porte la force musculaire, sans que cette force soit altérée. Les intoxications ou les maladies infectieuses qui adultèrent le sang agissent, par des mécanismes divers, sur le tissu musculaire et tiennent, comme nous le verrons, une place importante dans la genèse de l'amyotrophie.

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