CHAPITRE VII
Classification clinique des hémorrhagies traumatiques secondaires de causes générales.
Si l'on interroge avec soin toutes les observations d'hémorrhagies traumatiques secondaires, on arrive bientôt à les diviser en deux groupes, sous le rapport de l'anatomie et de la physiologie pathologiques.
Dans le premier groupe se placeront les cas où il aura été impossible de déterminer des conditions locales suffisantes pour rendre compte de l’accident, mais dans lesquelles on aura noté un ensemble plus ou moins complet et varié de troubles généraux chez les blessés. Dans le second groupe viendront naturellement prendre rang les cas inverses où des conditions locales auront été trouvées suffisantes pour expliquer la production de ces hémorrhagies. La relation de ces deux groupes entre eux paraîtrait bien difficile si le second lui -même ne se décomposait en deux catégories dont l'une constitue comme un trait-d’union entre les deux extrémités delà chaîne pathologique. Tantôt en effet on ne relève que des causes purement locales, en quelque sorte mécaniques ; tantôt avec ces conditions anatomo-physiologiques on a pu dévoiler un certain nombre de conditions générales du même ordre que celles qui appartiennent aux observations du premier groupe. Quel est en pareil cas l’enchaînement réciproque de ces conditions diverses? Comment leur concours fait-il .jaillir une hémorrhagie secondaire ?
Poussée plus loin, l’investigation attentive des faits, établit deux données inverses et montre que les phénomènes
peuvent suivre deux directions opposées. Ici l’on voit un certain ensemble de conditions locales instituées dès l’abord, réagir bientôt sur tout l’organisme, sur tous les systèmes anatomiques ; et les désordres progressifs qu’elles engendrent dans les tissus, dans les organes, dans leur structure et dans leurs fonctions, arriver à une généralisation telle, qu’à ce moment même, tout étant localement disposé pour ce résultat, l’hémorrhagie secondaire apparaît. Ailleurs aucontraireil existe primitivement un ensemble de conditions générales : reliquats de maladies antérieures, manifestations anciennes et encore en activité de diathèses diverses, intoxications, etc.. ., lésions chroniques et perturbations fonctionnelles dans les organes principaux et essentiels, etc... Tout cela constitue un ordre plus ou moins élevé et puissant de causes prédisposantes. Alors ces conditions générales, provoquées en quelque sorte par le traumatisme, engendrent une série de processus morbides qu'on voit se succéder les uns aux autres dans une suite de localisations qui, toutes, tendent vers la plaie, sur les vaisseaux de cette dernière, pour aboutir en définitive à leur ouverture, à l'hémorrhagie.
Tantôt enfin, il se manifeste des cas plus malheureux encore, où l’on peut dire que les deux séries ascendante et descendante vont comme à la rencontre l'une de l'autre, ou bien agissent parallèlement par deux courants opposés. Des conditions générales mauvaises, engendrées primitivement, donnent naissance à des altérations localisées du côté* de la plaie ; ces dernières à leur tour sont pour l'économie une nouvelle source de désorganisation; elles accroissent et fortifient les conditions générales.
Si l’analyse des faits particuliers ou, pour employer une expression créée par le plus illustre Physiologiste de notre époque, si le déterminisme de tous les cas d’hémorrhagie secondaire était assez complet, peut-être, abandonnant la voie où l'étude de ces accidents est encore obligée de s’acheminer péniblement, pourrait-on, par une synthèse vigoureuse. en dérouler le tableau clinique. Ce moment n'est point encore arrivé. Nous ayons dû. dans plusieurs cha-
pitres successifs, étudier : 1° Les conditions anatomiques locales des hémorrhagies secondaires qu’on retrouve dans la presque totalité des cas ; 2° Les conditions physiologiques dont l’intervention esi souvent nécessaire au mécanisme de l’écoulement du sang. De plus la critique des hémorrhagies secondaires néo-capillaires, de celles en un mot qu’on peut la plupart du temps rattacher à des causes générales agissant par l’intermédiaire des altérations du sang, cette critique, dis-je, nous a conduit à reconnaître par les progrès de l’histologie et de Thistochimie pathologiques, l'existence de conditions anatomoplrysiologiques appréciables dans nombre de cas sur lesquels on se contentait volontiers jadis d’appliquer l’étiquette: Hémorrhagies spontanées. Et nous avons lieu de penser qu’un jour la lumière de l’histologie et de la physiologie pathologiques se fera sur toutes également (chapitre VI).
Il nous reste à tracer le cadre des hémorrhagies secondaires dites de causes générales. L'observation clinique doit essentiellement ici nous servir de base.
Tout blessé se trouve apte à subir une hémorrhagie secondaire par cause locale, du fait même de sa blessure; il ne l’est pas également à éprouver une hémorrhagie secondaire de cause générale. Pour cela, il no faut pas seulement qu’il soit un blessé, mais encore un malade. Or, un blessé peut, rester sain pendant toute la durée de la cicatrisation de sa plaie; ou bien, il peut être malade de plusieurs manières ; d’où les distinctions suivantes qui se font naturellement entre eux.
A. Blessés sains avant le traumatisme.
B. Blessés déjà malades au moment du traumatisme.
A. Les blessés sains avant le traumatisme, peuvent, par la suite devenir malades de plusieurs façons:
1° En contractant une des affections décrites sous les noms de complications générales des plaies.
2° En prenant une maladie générale ou locale indépendante de la blessure, et de la marche de la plaie.
B. Les blessés peuvent ne pas se trouver sains au moment du traumatisme, mais atteints d’une affection générale ou locale, soit aiguë, soit chronique.
C’est dans cet ordre que nous classons les observations que nous avons pu recueillir. Nous nous sommes moins préoccupé de remplir toutes les cases de notre tableau que d’en tracer nettement l’ordre et le dessin général .
Parmi les hémorrhagies que nous rapporterons, on en reconnaîtra plusieurs que certains auteurs qualifient de noms très-divers : septicémiques, diaihésiques, réflexes, nerveuses, parenchymateuses, etc., etc... Assurément chacune d’elles pourrait mériter un nom propre ; mais l'important serait en somme de s'entendre sur leur pathogénie.