Lépine, Additions à la irad. de Barlels, p
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d'action dépend non seulement de la nature de la substance toxique elle-même, mais aussi de sa dose, de son mode d'administration, de sa rapidité d'absorption » et, on pourrtiit ajouter, de la durée de l'intoxication.
On me pardonnera de ne pas faire l'énumération complète de toutes les substances toxiques, dont l'absorption peut provoqu er des néphrites. La pathogénie de ces néphrites est d'ailleurs sensiblement la même dans tous les cas. J'indiquerai seulement les variétés principales, en insistant surtout sur les résultats les plus concluants fournis par la pathologie expérimentale.
Mercure. — La néphrite de X empoisonnement mercuriel est une des plus importantes de ces néphrites toxiques, une de celles qui présentent le plus d'intérêt clinique (Observations de Tardieu, d'Ollivier, de Ch. Bouchard, etc.) . Elle peut être facilement produite chez les animaux, avec des lésions semblables à celles qu'on observe chez l'homme.
Les expériences suivantes, instituées dans le laboratoire de M. le professeur Bouchard, sont de nature à éclairer la pathogénie de cette néphrite^
Sur un lapin du poids de l'', 750 on injecte, par une veine de l'oreille, une solution de biiodure de mercure ainsi composée :
Biiodure de mercure , 25 centigr.
lodiire de potassium 25 centigr.
Eau distillée : Q. S. pour faire 125 grammes.
Chaque centimètre cube contient 2 milligr. de biiodure. On injecte 18"% 5 de la solution sans accidents apparents, soit O^s 037, soit Os>-, 021 par kilogramme d'animal.
1. Le résultat de ces expériences m'a été communiqué par M. Charrin, chef du lal oratoire de M. Bouchard.
Deux jours après, l'animal ne pèse plus que Is 590; il a perdu 160 grammes en quarante-huit heures; il a de la diarrhée, ses oreilles sont froides, violacées, ses urines très albumineuses. T. r. — 32°, 4.
Il meurt à cinq h. et demi du soir.
A V autopsie, on trouve les reins pâles et mous ; à la coupe, la substance corticale est également pâle, la substance médullaire est rouge.
L'examen microscopique, après action de l'acide osmique, durcissement par l'alcool absolu et coloration au picro-carmin, fait reconnaître les détails suivants :
Les épithéliums des Lubes contournés sont granuleux, fusionnés par leurs bords; en certains ponits, même, quelques cellules manquent. Les vaisseaux sont remplis de globules dans les espaces qui séparent les tubes excréteurs ; ces tubes eux-mêmes ont un revêtement légèrement granuleux, toutefois beaucoup moins atteint que celui des tubuli. Mais, ce qui frappe surtout, c'est l'existence dans les tubes d'un très grand nombre de cylindres granuleux, et de quelques rares cylindres colloïdes. Le tissu interstitiel ne mérite aucune mention; il paraît normal.
Sur un second lapin qui n'avait reçu que 03'',008 de sublimé par kilogramme, du 28 mars au 30 mars, et qui succomba néanmoins (la survie cependant est en général plus longue même avec des doses supérieures), on put noter déjà la décoloration des reins. Enfin, sur un troisième lapin qui, du 30marsau3 avril au soir, avait reçu 0^^049 de biiodure de mercure par kilogramme, on trouva des lésions rénales semblables à celles décrites dans la première expérience.
Avec l'aide de M. Armand Siredey, j'ai fait sur le cobaye
des expériences analogues, soit par l'injection sdus-cutanée de sublimé, soit par des frictions mercurielles, et j'ai obtenu des résultats semblables. Un cobaye du poids de 485 grammes, auquel j'ai injecté deux jours de suite 0'",0333 de sublimé (dose très considérable'), est mort au bout de trente-six heures. Ses reins présentaient des lésions congestives prédominantes, aussi bien dans les vaisseaux inlertubulaires que dans les anses glomérulaires ; il y avait aussi des hémorrhagies dans les cavités des glomérules et un commencement de dégénérescence granuleuse des cellules des tubes contournés.
Un autre cobaye, préalablement tondu, frictionné sur le dos et sur les flancs avec l'onguent napolitain, qu'on laisse en couche épaisse sur la peau, meurt également au bout de trente-sixheures. M. Siredey constate que les reins présentent des altérations profondes des cellules de revêtement, particulièrement dans les branches ascendantes de Ilenle, dont les cellules sont presque complètement dégénérées ; les glomérules sont congestionnés; le tissu interstitiel est légèrement épaissi et infiltré de cellules rondes".
La comparaison de ces diverses expériences semble montrer que l'intoxication mercurielle, à dose moyenne, agit presque exclusivement sur les épithéliums ; il faut l'absorption d'une dose plus forte pour déterminer des lésions interstitielles diffuses; enfin, quand la dose est très considérable et que la mort arrive très rapidement, les lésions congestives sont surtout très prononcées et peuvent aller jusqu'à l'hémorrhagie.
1. Ces injections sous-culanécs non plu8 que celles des expériences suivantes, n'ont d'ailleurs jamais déterminé d'accidents locaux.
2. Il faut tenir compte dans cette expérience du rùle possible de l'excilatio cutanée.
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Je rapprocherai de ces résultats expérimentaux une observation clinique d'empoisonnement par le bichlorure de mercure, qui appartient à M. Barthélémy et qui a été communiquée à la Société de médecine légale, le 8 mars 1880. Le malade mourut le neuvième jour ; l'examen microscopique du rein, pratiqué par M. Cornil, montra les épithéliums du rein tuméfiés, réfringents, remphs de granulations graisseuses. Il existe, dans différents recueils, un certain nombre d'autres observations semblables. Les altérations principales du rein dans l'intoxication mercurielle sont toujours des altérations épithéliales.
Cantharide. — Ce sont les lésions épithéliales qui prédominent également dans la néphrite cantharidienne. Cette néphrite, observée cliniquement par Bouillaud, par Morel- Lavallée*, par Rayer, par Gubler, etc., succède le plus souvent dans la pratique à l'application prolongée de larges vésicatoires ; elle se développe avec une prédilection particulière chez les jeunes sujets et chez les enfants (Morel- Lavallée et Rayer), mais elle dépend aussi beaucoup delà prédisposition individuelle. Elle est caractérisée par de l'albuminurie, parfois de l'hématurie, et, même dans les formes légères, l'urine renferme quelques globules du sang^ On trouve aussi fréquemment dans l'urine des cylindres épilhéliaux, granuleux et même hyalins ; cette néphrite peut en effet devenir un véritable mal de Bright, ainsi que M. le professeur Potain en a rapporté deux exemples ^
La néphrite est due à l'irritation directe des cellules
1. Morcl-Lavalide [Académie des sciences, 18-45-1 84-6) a décrit surtout la cystite cantharidienne. "
2. Nicolas, Néphrite cflni/(anrf/e?zne, Thèse de Paris, 1881. Cette tliÈse renferme
deux observations cliniques que j'ai communiquées à son auteur.