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Communication oracle de M. le professeur Bouchartl

2. Bull, de l'Académie de médecine. — Séances du 19 janvier, du 2 cl du 9 février iS8C.

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quels elles naissent plus facilement; peut-être leur production est-elle plus abondante dans les cachexies, ou bien leur défaut d'oxydation et de combustion qui résulte de la diminution de l'hémoglobine, liée àl'anémie globulaire, estil dans ce cas la cause de leur accumulation dans le sang. Quoi qu'il en soit, il est permis de supposer que les néphrites chroniques, si fréquentes dans les cachexies, de quelque nature qu'elles soient, sont provoquées par la présence dans le sang de ces leucomaïnes, et par l'irritation rénale qu'elles déterminent.

Ce serait donc une erreur de croire que la dyscrasie productrice du mal de Bright est une et identique dans tous les cas; les conditions qui peuvent lui donner naissance sont certainement multiples, elles peuvent même s'associer de sorte que, en réalité, le gros rein blanc n'est pas une ma- I ladie, c'est une lésion qui peut reconnaître des causes bien différentes.

Sclérose et atro2)hie du rein. — A côté des cas dans lesquels les lésions interstitielles compliquent les lésions épithéUales (néphrites parenchymateuses ou diffuses), soit qu'elles les accompagnent, soit qu'elles leur succèdent, il en est d'autres où ces lésions interstitielles paraissent primitives, ou, au moins, tellement prédominantes qu'elles constituent unevariétô spéciale de sclérose rénale.

Celte sclérose rénale a été attribuée par beaucoup d'auteurs à des lésions du système artériel ; on en a fait une cirl'hose du rein d'origine vasculaire, et on l'a considérée comme une conséquence de l'athérome généralisé. Cette \ notion pathogénique a été développée jadis par Gull et Sutton', qui ont décrit dans les parois des artérioles une' forma-

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lion fibroide {hyalin fibroïd formation) donnant naissance à ce qu'ils ont appelé l'artério-fibrose {arterio capillary fibrosis). Gull et Sutton ont montré que le processus initial de la néphrite interstitielle était la lésion artérielle, contrairement à l'opinion exprimée par Johnson^ qui pensait que l'altération épithéliale était primitive, que sous l'influence de la dégénérescence du rein, le sang était vicié par les excréta urinaires, incomplètement éliminés, que devant cette pollution du sang, il y avait comme une révolte des vaisseaux, dont la tunique musculaire s'hypertrophiait en même temps que le cœur. D'après Gull et Sutton, la lésion primitive des vaisseaux amène peu à peu une diminution de leur calibre, et c'est de cette irrigation insuffisante que dérivent les troubles de nutrition des éléments du rein ; sous une autre forme, en modifiant, suivant les données actuelles de l'histologie, l'idée qu'il faut se faire de l'artério-fibrose, la théorie de Gull et Sutton est encore vraie. Il suffit de remplacer c( formation hyaline » ou « artério-fibrose i> par athérorae artériel et endo-périartérite.

Sous quelle influence se produit donc la lésion vasculaire, qui paraît tenir, dans certains cas, sous sa dépendance la néphrite interstitielle? Toutes les causes d'irritation de la tunique interne des vaisseaux ont été incriminées, comme raison d'être de l'endartérite et secondairement de la sclérose rénale. On a accusé surtout l'alcool.

Depuis l'époque oii Christison a cherché, pour la première fois, une relation entre l'abus de l'alcool et la lésion conjonctive du rein, la question, longtemps débattue, reste encore dans le doute. L'influence de l'alcool est

1. G. Johnson. Brii. Med. Journal, 1870, 16 avril, p. 381. — /</. in MedicO- Chirurg. Travsact., 1868, t. LF, p. 62.

admise par Johnson et Grainger-Stewart, repoussée par Dickinson et par M. Lancereaux.

Les statistiques de Dickinson n'ont pas grande valeur ; en effet, elles ont trait à des hommes qui succombaient à des attaques de delirium tremens et à l'autopsie desquels on ne trouvait pas d'altération scléreuse des reins. Or, dans ces cas, l'intoxication par l'alcool était de date trop récente, pour qu'elle ait eu le temps de produire cette irritation sourde et lente, qui semble être la raison pathogénique de l'artériosclérose du rein.

Du reste, il est évident que le mode même d'absorption de l'alcool empêche que son action nocive soit aussi prononcée sur le rein qu'elle l'est par exemple sur les espaces conjonctifs du foie. L'alcool absorbé dans l'estomac et dans l'intestin passe dans le système porte qu'il irrite directement ; mais de là, il se dirige immédiatement vers le poumon, où il est en grande partie exhalé par la surface respiratoire. C'est donc faire abus de langage que de comparer, comme deux lésions adéquates, la cirrhose du rein à la cirrhose hépatique.' La faible quantité d'alcool ou de dérivés del'alcoolqui échappe à la fonction éliminatrice du poumon peut, il est vrai, irriter les artères rénales, mais assurément dans une mesure assez faible et qui reste encoreàdéterminer.

L'alcool, dit M. Lancereaux, exerce sur le rein la même action que sur le restede l'organisme : il y produit la stéatose. Il peut encore agir d'une autre façon, non pas comme alcool, mais comme quantité de boisson ingérée. Le surcroît de travail imposé au rein, par une élimination excessive, est alors une cause de néphrite interstitielle, en dehors de toute artério-sclérose ; telle est l'opinion de M. le professeur Potain.

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Je ne crois pas devoir discuter l'influence du rhumatisme chronique sur l'altération vasciilaire des reins, car il est probable que la coexistence si commune des arthrites déformantes et de l'athérome tient moins à une relation de cause à effet qu'à une communauté d'origine.

Quant à la syphilis dont l'action est encore discutée, il est possible qu'elle tienne sous sa dépendance un certain nombre de néphrites interstitielles.

On voit combien sont obscures les notions pathogéniques, et nous n'avons parlé que des principales, qui ont été mises en avant pour expliquer l'artérite chronique à détermination rénale.

On est encore forcé de faire intervenir ici l'idée vague mais nécessaire de la diathèse. Ces malades que nous voyons, à un âge relativement avancé, porteurs d'une néphrite interstitielle avec athérome, appartiennent à la famille pathologique dont les caractères ont été mis en lumière par M. le professeur Bouchard. Chez leurs ascendants on retrouve, par l'interrogatoire, quelques-unes au moins des manifestations cliniques de la bradtjtrophie; eux-mêmes ont été sujets, dès leur jeunesse, aux épistaxis, aux migraines, à l'acné, aux angines à répétition. Ils ont souffert des désordres dynamiques de la maladie dont ils portent maintenant les traces matérielles. Ils sont en même temps sujets aux fluxions hémorrhoïdaires, aux poussées eczémateuses. Leurs membres inférieurs sont le siège de troubles trophiques multiples : varices, amincissement de la peau avec pigmentation, altérations des ongles, craquements articulaires, ostéophytes.

Bien qu'on admette généralement que l'athérome, « cette rouille de la vie », suivant l'expression pittoresque de M. le

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professeur Peter, soit réservé à lage avancés il n'en est pas moins probable que le temps ne suffit pas à lui seul pour produire la dystrophie vasculaire, dont nous étudions en ce moment les effets sur le rein. Il n'est pas rare de rencontrer des vieillards qui montrent à l'autopsie l'intégrité de leur système artériel, et les cas ne se comptent plus où l'on a trouvé l'endartérite généralisée chez des sujets jeunes mais fortement entachés de prédisposition héréditaire.

Quoi qu'il en soit, il est au moins certain que la néphrite scléreuse, si elle est fonction d'une diathèse, en constitue une manifestation tardive. Je n'en veux pour preuve que le rein sénile dont l'origine artérielle a été admise par un certain nombre d'auteurs. Les recherches de M. Lancereaux, vulgarisées dans son article du Dictionnaire encyclopédique^ et dans la thèse de M. Henouille^ celles de M. Démange - et de son élève M. Sadler % le travail de M. Lemoine% la thèse de M. Rendu', semblent établir la possibilité de cette origine.

Mais récemment M. Ballet^ s'est efforcé démontrer qu'il convenait de distraire l'étude du rein sénile du groupe. des cirrhoses vasculaires, pour le rattacher aux cirrhoses épithéUales. M. Ballet, croyant justement qu'on ne vieillit pas seulement par ses artères, mais par tous les éléments constitutifs de son organisme, se fonde pour étayer son opinion

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