Hortolès. Loc. cit., p
lue entre l'inflammation et la dégénérescence graisseuse. La limite n'est pas assez exactement tranchée, à mon sens, entre les lésions inflammatoires et les altérations dégénératives des épithéliums, pour permettre d'éliminerdu cadre des néphrites la dégénérescence graisseuse, par exemple, qu'on observe à la suite de l'empoisonnement par le phosphore; et il est impossible de distraire cette forme de stéatose rénale de l'étude des néphrites toxiques. . Un autre point reste encore bien obscur dans la définition de la néphrite, c'est la question de savoir à quel moment commence ce qu'on veut appeler l'inflammation. Dans un travail récent, MM. Lépine et Auberti ont recherché quelles étaient les modifications de composition de l'urine, quand le rein ne jouissait pas de son intégrité fonctionnelle. En troublant la fonction d'un seul rein, par ischémie temporaire, et en dosant comparativement les principes de l'urine sécrétée par l'un et l'autre rein, recueillie séparément au moyen de canules dans les uretères, ils ont vu que, du côté lésé, l'urine diminuait à la fois de quantité . et de densité. Quand le rein ne jouit pas de son intégrité fonctionnelle, l'élection de l'épithélium pour les dLrs principes solides que doit renfermer l'urine se trouve donc modifiée. Or, qui pourrait dire que ce trouble, quoique temporaire, de la fonction élective des épithéliums, ne
1. Lépine cl Aubert. Soc. de biologie, séance du 9 janvier 1880.
VIll PATHOGÉNIE DES NÉPHRITES.
comporte pas une altération cellulaire; et qui pourrait dire en quoi cette altération cellulaire consiste? Ces réflexions me semblent encore plus justes, quand, au lieu d'être simplement modifiée dans la proportion de ses matériaux solides normaux, l'urine renferme un principe anormal, de l'albumine.
La conclusion de cette discussion un peu longue est que la définition de la néphrite, comme celle des phlegmasies en général, n'est pas assez précise pour permettre de restreindre la signification du mot, et de séparer des néphrites certaines altérations dégénératives des épithéliums du rein.
Voilà, je crois, dans quel sens il faut étudier la pathogénie des néphrites, en comprenant cette dénomination dans son sens le plus large. Or, les éléments de cette étude ne sont pas nombreux. C'est depuis peu de temps seulement que les recherches pathogéniques ont pu donner des résultats positifs, et la patho génie des néphrites, notamment, est encore, on peut le dire, à l'état d'ébauche. Cependant, les ouvrages, les mémoires, les travaux de toutes sortes sur la pathologie rénale ne manquent pas ; il n'y a peut-être pas de sujet qui ait été plus étudié. Mais la plupart des recherches, tant en France qu'à l'étranger, ont porté principalement sur l'histologie pathologique, sur la distinction anatomiquc et clinique des différentes formes de né'phrites; et leur pathogénie, n'a été examinée
PATIIOGÉNIE DES NÉPHRITES. ix
qu'accessoirement. Je ne citerai pas tous les ouvrages français, allemands, anglais, etc., que j'ai lus, traduits et analysés en vain ; c'est seulement dans les travaux suivants que j'ai trouvé des faits précis ou des indications utiles.
Parmi les traités et les monographies classiques, le Traité des maladies des reins de Rayer, les leçons de M. le professeur Charcot, le traité de Bartels, et particulièrement les notes additionnelles de M. le professeur Lépine, l'article de M. Lancereaux dans le Dictionnaire encyclopédique, celui de M. Labadie-Lagrave, dans le Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques, le traité de M. E, Wagner, l'ouvrage de MM. Cornil et Brault, sont ceux qui renferment les documents les plus importants sur la pathogénie des néphrites.
Les auteurs anglais et notamment Dickinson, Ralfe el Roberts, s'occupent peu de pathogénie. On trouve néanmoins dans l'ouvrage de R.-B. Todd des considérations intéressantes sur la pathogénie de la néphrite scarlatineuse et de la néphrite goutteuse ^
1. Voici, comme bibliographie générale les principaux ouvrages que l'on pourra consulter; on se rendra compte que plusieurs d'entre eux sont assez pauvres notions patliogéniques :
Rayer. Traité des maladies des reins.
Rosenstcin. Maladies des reins, trad. franç., 187.1.
Bartels. Maladies des reins, trad. franç. avec additions de R. lAÎpino.
Lancereaux. Art. Néphiutiî du Dict. endjclopiid.
Labadie-Lagrave. Art. Népiihite du Dicl. de Jaccoiid.
(^hurcoL Leçons sur les maladies du lein el condilions palhogéniquts de l'aioummurie, m Prorjrès médical, 1881.
Hortolès. Processus hislologique des néphrites, 1881.
X PATHOGÉNIE DES NÉPHRITES.
C'est pour les néphrites des maladies infectieuses qu'on trouve, dans la littérature médicale de ces dernières années, les recherches les plus importantes et les résultats les plus précis. Il me suffira de citer les travaux de M. le professeur Klebs, de M. le professeur Ch. Bouchard, de M. Kannenberg, de Weigert, de Litten, de Fiirbi'inger, de Friedlânder, pour la scarlatine, de Leyden , de Wagner, etc., ceux de Klebs, de MM. Lépine et Roux, sur la néphrite ascendante.
D'autre part, les recherches de pathologie expérimentale sont venues éclairer d'un jour nouveau la pathogénie de certaines lésions rénales. Le groupe des néphrites toxiques, dont la constitution est de date récente, a pu être étabU grâce aux travaux de MM. Charcot et Gombault sur la néphrite saturnine, de M. Browicz, de M. Aufrecht, de
Rendu. Thèse d'agrégation, 1878.
Cornil et Ranvier. Histol. pathol., t. \\. Cornil et Brault. Pathologie du rein.
Brault. Thèse, 1881.
Cornil. État des cellules du rein, in Journal d'anatomie, 1879.
Lépine et Aubert. Soc. de biologie, janvier 1886.
Virchow. Ueber parenchymalôse Entmndung.
Frerichs. Die brightsche Nicrenkrankheit, 1851.
Klebs. Handbuch der pathol og. Anat., Berlin, 1868, t. I.
E. Wagner. Morbus Brightii, in Ziemssens.
Eichhorst. Handbuch fur speciellen Pathologie vnd Thérapie, Bd II. Wien. Leipsig, 1883.
Furbringer. Die Krankheiten der Ilarn und Geschlechtsorgan, Braunschwcig,
Dickinson. Diseuses of the Kidney.
Todd. Clinical Lectures (wi certain Diseuses of the urinanj Organ, 1857. Ralle. Diseuses of the Kidney, 1885.
Roberts. Urinary and Rénal Diseuses, 1885.
PATIIOGÉNIE DES NÉPHRITES. XI
M. Cornil, de M. Germont sur la néphrite canLharidienne.
L'importance de la pathologie expérimentale dans l'étude pathogénique des néphrites a été mise également en évidence par les expériences de MM. Gharcot et Gombault, de M. Aufrecht, de MM. Straus et Germont sur la ligature des uretères; par celles de MM. Grawitz et Israël, de M. Litten, de M. Germont sur la ligature de l'artère rénale, et de Weisgerber et Péris, Buschwald et Litten, Cornil, Germont sur la ligature de la veine rénale. L'observation des lésions histologiques déterminées par ces néphrites expérimentales nous a aidés à comprendre le processus d'un grand nombre d'altérations pathologiques du rein; car les procédés, au moyen desquels on provoque artificiellement ces néphrites, ne sont pas sans présenter quelque analogie avec le mode d'action des causes morbifiques sur l'organisme humain.
Je mentionnerai encore, parmi les recherches cliniques, histologiques ou expérimentales, propres à éclairer la pathogénie de certaines néphrites, les travaux de MM. Cantani et Armand et de M. Straus, sur les lésions du rein dans le diabète sucré, ceux de MM. les professeurs Gharcot et Gornil, de Garrod, de M. Virchow, de M. Ebstein sur la I néphrite goutteuse, ceux de Frerichs, de Blot, de Depaul, deBartels, de Leyden, de Môricke, d'Ingerslev, de Bamberger, d'Halbertsma (d'Utrecht), sur la néphrite gravidique.
C'est relativement aux différentes formes de néphrites
XII PATHOGÉNIE DES iSÉPHRITES.
chroniques, réunies sous la dénomination commune de mal de Bright, que la pathogénie est encore la plus obscure. J'aurai néanmoins à utiliser pour leur étude les travaux de M. le professeur Gharcot, de M. le professeur Ch. Bouchard; les mémoires et les revues critiques de M. le professeur Lépine et les thèses de ses élèves, les additions du même auteur à la traduction de Bartels; les travaux de Gubler, de M. le professeur Jaccoud et de M. le professeur Semmola; les mémoires de W.-L. Gull et H. -G. Sutton, de G. Johnson et de quelques autres médecins anglais sur les rapports de la néphrite interstitielle avec l'artério-fibrose, et enfin les recherches de M. Lancereaux et de M. H. Martin sur les scléroses dystrophiques^
Malgré ces recherches de la plus haute importance et dont quelques-unes sont restées célèbres, la pathogénie des néphrites est encore assez incomplète; il y en a plusieurs dont la nature nous est à peu près inconnue. Cependant quelles que soient les lacunes qu'on trouvera forcément dans un travail de ce genre, je crois qu'il serait temps aujourd'hui, à côté des nombreuses classifications cliniques, anatomiques, étiologiques, qui ont été proposées de toutes parts, d'établir une cl assificationpatho g éniqiie des néphrites: C'est l'ébauche d'une telle classification que je voudrais tenter à la fin de cette étude.
1. On trouvera, à propos do chaque vanY.td do néphrite, les indications concernant les ouvrages des auteurs que je viens de citer.
DES NÉPHRITES