Cf. Cornil et Brault. Loc. cit., p
l'ATHOGÉNIE DES NÉPHRITES.
§ 8. — NÉPHRITES CONGESTIVES
Sous celte dénomination i je comprends les néphrites qui sont sous la dépendance d'une fluxion réflexe, et qui reconnaissent pour mode pathogénique les réactions nerveuses. Ce sont principalement la néphrite a frigore et les néphrites provoquées par les excitations cutanées, l'irritation nerveuse périphérique agissant par voie réflexe sur le rein 2.
Le rôle important des troubles de l'innervation vasomotrice et des actions névro-trophiques dans la pathologie rénale a été établi par la physiologie. Von Wittich a constaté que la section des vaso-moteurs du rein produisait l'albuminurie et la dégénérescence de la glande ^ MuUer, Cl. Bernard, A. Moreau ont fait des expériences analogues; ils ont vu notamment que la destruction des nerfs du rein amenait très rapidement la mort, précédée d'albuminurie. D'après Bernard, cette opération pervertit complètement la nutrition rénale « au point que, dans un court espace de temps, le rein s'altère et se décompose ». M. Vulpian a déterminé la congestion du rein par la section du grand splanchnique chez le chien. Longet rapporte une observalion ancienne de Bellingeri, qui aurait constaté sur le mou-
1 . n ne s'agit ici que de congestion active ; la pathogénie des néphrites par congestion passive ou par stase veineuse a clé étudiée dans les pages précédentes.
2. Capilan. Th. de Paris, 1883. — La Celle de Châteaubourg. Th. doParis, 1883. — Keinhadjian. Albuminurie consécutive aux excitations cutatiées, TIi. de Paris, 1382. — Valissant. Albuminurie a frigore, Th. de Paris, 1882. — A. Robin. Congestion réiiale primitive, fasc. I, Paris 1885. — SimonofT. Albuminurie liumatismale, Th. de Paris, 1882.
3. V. Wittich. Ueber die Abhangighcil der Harnsecretion von den Nerven,in Kânigsb. med. Jahresb., 1861.
ton que l'inflammation de la moelle et de ses enveloppes est souvent accompagnée de l'inflammation du péritoine et des reins. On voit que, dans la plupart de ces expériences, l'irritation ou la section des nerfs rénaux n'ont pas seulement provoqué l'albuminurie, mais encore une altération de l'organe; et Bernard dit expressément que, dans ces faits, il est porté à expliquer le passage de l'albumine dans l'urine par un état pathologique du rein*.
Ces expériences n'ont qu'un rapport bien éloigné, je le reconnais, avec les faits cliniques; ils prouvent néanmoins l'influence du système nerveux sur les troubles de fonctionnement et de nutrition du rein^
De toutes les causes pathologiques qui agissent sur le rein par l'intermédiaire du système nerveux, la plus évidente est V action du froid. On a beaucoup abusé du refroidissement dans l'étiologie d'un grand nombre de maladies et notamment des néphrites; la néphrite scarlatineuse, par exemple, qu'on considérait comme une conséquence de l'impression du froid, est bien plus vraisemblablement due à l'infection scarlatineuse elle-même. Cependant de nombreuses expériences et de nombreuses observations, faites sur l'homme et sur les animaux, prouvent surabondamment que le froid est une cause fréquente d'albuminurie. Les expériences de M. le professeur Bouchard, relatées dans la thèse de M. Kemhadjian, celles de M. Capitan, les observations de M. de Châteaubourg, qui a constaté fréquemment l'albuminurie chez des hommes bien portants à la suite
1- Voy. au point de vue pathologique, Arch. de physiol. 1871, p. 627. Deux cas de myélile aiqué centrale; lésions inflammatoires des reins, par M. Hayem.
-. Je ne fais que rappeler la célèbre expérience de Claude Bernard, la piqûre (lu quatrième venlriouie, qui est relative à la piilhogéiiio do ralbumiriuric plutôt qu'a celle de la néphrite proprenieut dite.
iU PATIIOGÉNIE DES NÉPHRITES.
de bains froids, d'autres expériences semblables de M. Afanassiew, de M. Lassar', etc., montrent que l'albuminurie est une conséquence assez commune du refroidissement périphérique.
Que ces albuminuries, habituellement temporaires, quand l'action du froid l'est également, puissent déterminer une altération consécutive du rein et une néphrite, quand le refroidissement est plus intense et plus prolongé, cela ne fait de doute pour personne. Entre la congestion simple et les lésions initiales de la néphrite, la limite n'est pas exactement tranchée^, et l'on est porté à supposer d'autre part, ainsi que je l'ai dit à propos de la théorie hématogène du mal de Bright, que la persistance de l'albuminurie peut, par elle-même, déterminer à la longue des lésions du rein.
D'ailleurs, les faits cliniques de néphrite a frigore ne manquent pas, tous les ouvrages de pathologie rénale en renferment des exemples. Osborne, cité par Frerichs ^ Frerichs lui même, Wilks, Bartels, M. Lancereaux en ont rapporté des cas.
Or, tout tend à prouver que ces congestions rénales et ces» néphrites sont sous la dépendance de troubles vaso-moteurs réflexes. L'antagonisme qui existe entre les vaso-moteurs: cutanés et les vaso-moteurs viscéraux est bien connu des physiologistes. La contraction et le resserrement des vaisseaux périphériques, sous l'influence du froid ou de toute autre cause, ont pour effet une sorte de fluxion viscérale compensatrice, une dilatation des vaisseaux des organes internes et en particulier du rein. Goodfellow a reconnu, un