H. Michel, Thèse de Lyon, 1885, Paris, J.-B. Baillère
le rôle de la congeslion réflexe dans la pathogénie des néphrites, et, dès maintenant, on peut constituer un groupe spécial de néphrites qui reconnaissent pour mode pathogénique les réactions nerveuses.
§ 9. — NÉPHRITE GRAVIDIQUE
Il n'est peut-être pas de néphrite dont la nature soit plus controversée que la néphrite gravidique ^ Il importe tout d'abord de distinguer cette néphrite, développée pendant la grossesse et sous son influence, des altérations rénales préexistantes à la grossesse et des néphrites qui peuvent naître sous l'influence d'une cause banale, accidentelle, quelconque, aussi bien chez les femmes enceintes que chez tout autre individu. Il y a une autre distinction à faire, c'est celle de l'albuminurie du travail. Cette albuminurie, bien que favorisée par l'état pathologique général des parturientes, est surtout liée aux modifications de pression que produit l'accouchement dans le système vasculaire du rein (Cassin) ; en tout cas, elle n'est vraisemblablement pas sous la dépendance d'une lésion rénale.
Ainsi limitée, la question est cependant encore très complexe, et je n'en veux pour preuve que les nombreuses théories émises pour expliquer la palhogéniede la néphrite gravidique vraie.
1. Voy. outre les traités de Rayer, de Frerichs, de Rosenstein, de Bartels, les ouvrages suivants : Lépine, Not'S addilionnelle.i à la trad. de Bartels, p. 669. — VAot, Thèse de Paris, 1819. — Petit, Thèse de Paris, 1876. — Mayor, Thèse de Paris, 1880. — Cassin, Thèse de Paris, 1880. — Charpentier. Traité d'accouchement, t. 1", p. 6t)8. — Kalti'nbach, Arch. fur Cynœkol., t. III, p. 1. — Moricke, Zeilsch. fiir GehulHchùlfe, Stuligart, t. V, p. 1, 1S80. — Ingersicv, Ihid., t. VI, p. 171, 1881. — Halbertsma, Ingerslev, Paul Bar, Congrès de Copenhague, Comptes rendus, p. 47-55.
PATHOGÉNIE DES NÉPlIlUTIîS. l'^l
On ne s'entend même pas sur la nature de la lésion rénale. Sans parler de Depaul, qui avait nié cette lésion dans la plupart des cas, alors que l'histologie pathologique du rein était insuffisamment connue, les uns font du rein gravidique une néphrite parenchymateuse aiguë (Frerichs, Bartels, Mayor), les autres, avec M. Leyden,ne voient aucun caractère inflammatoire dans cette néphrite, et pensent que la lésion consiste simplement dans une infiltration graisseuse des épithéliums. M. le professeur Lépine, qui soutient également cette opinion, rapproche cette infiltration graisseuse du rein de celle des cellules du foie, observée par M. de Sinéty pendant la grossesse.
Quant aux théories pathogéniques on peu t les classer de la manière suivante : théorie de la stase veineuse, par gêne circulatoire du petit bassin; théorie de la dyscrasie; théorie de la compression des uretères.
L'influence de la stase veineuse a été invoquée par Blot. Frerichs, Simpson, Schottin, Braun considèrent la néphrite comme une conséquence des obstacles apportés par l'utérus gravide à la circulation veineuse abdominale. Il est vrai que Frerichs attribue aussi une certaineinfluence à l'altération de crase sanguine. Bartels, au contraire, s'est efforcé de prouver que la néphrite gravidique ne reconnaissait pas pour cause la compression des veines rénales. Ses recherches lui ont montré que la situation de ces veines est trop profonde; que d'ailleurs l'utérus gravide ne peut comprimer que la veine rénale gauche, sur la deuxième vertèbre lombaire; or les deux reins sont toujours également malades, et, enfin, les lésions qu'ils présentent ne sont pas celles du rein cyanotique. Cependant la gêne circulatoire du bassin chez la femme grosse est indéniable; si ce ne sont pas les
•!22 PATIlOr.ÉNIK DKS ÎSÉPIIHITIÎS.
veines rénales, c'est la veine cave qui peut être comprimée. Bai tels n'a pas convaincu tous les accoucheurs, car, dans un Iravail récent, M. Wôricke soutient encore que la slase veineuse est la cause de la plupart des alï'ections rénales qui se développent pendant la grossesse.
D'autres, non sans raison, ont pensé que la néphrite gravidique était de nature spéciale; qu'elle pouvait être due, comme les auteurs anglais le supposent^, à l'augmentation des déchets organi(iues, à raccuniulalion dans le sang des produits excrémcntitiels et à l'irritation que ces produits, exercent sur le rein. M. le professeur Klebs attribue la dyscrasie, qui favorise l'apparition des néphriteschez leslemmes enceintes, à l'augmentation deséchani^es nutritifs dans les derniers mois de la grossesse. M. In^^eslev, qui cite l'opinion de Klebs, se range à cette opinion, en ajoutant que R. Barnes est éaralement du même avis. J)ù fait, en faveur de ladyscrasie, on peut invoijuer cette particularité, que certaines femmes, par une sorte de prédisposition individuelle, sont atteintes de néphrite h chacune de leurs grossesses.
Mais, si l'utérus gravide ne comprime pas les veines rénales, il peut comprimer les uretères. M. Baniberger a montré, contiairement à l'opinion de Bartels, qu'une compression semblable pouvait exister dans certains cas de ta^ meurs du ventre, et notamment dans les kystes de l'ovaire^. En faveur de la théorie de la compression, on a dit qup l'albuminurie gravidique élait plus fréquente quand l'ulérus était plus volumineux, dans la grossesse gémellaire (Lilzmann) et dans l'hydramnios; elle est plus fréquente chez les primipares, et surtout chez les primipares vieilles, à cause de la résistance des tissus (Halbcrtsma) ; d'après le même