Paul Jiar, Communicalion au Congrès de Copenhague
Quoi qu'il en soit, de la discussion de toutes ces théories ressort ce fait, que la pathogénie du rein gravidique est probablement complexe. Toutes les causes qui ont été invoquées peuvent avoir, suivant les cas, une part d'action variable dans la production de la néphrite. La congestion mécanique veineuse du rein n'est certainement pas un élément négh'geable; la compression et la dilatation des uretères existent, et on les a maintes fois constatées anatomiquement; l'influence de cette compression est également certaine ; et, d'autre part, il est difficile de se défendre, en présence des conditions spéciales de la nutrition chez les femmes grosses, de l'idée qu'une altération humorale, une dyscrasie sanguine particulière, produite par l'état gravidique, doivent être une des causes principales de l'albuminurie et de la néphrite des femmes enceintes.
En somme, nous avons là un exemple de l'association, de la combinaison de deux modes pathogéniques ; la néphrite gravidique semble résulter à la fois d'un trouble préalable de la nutrition et d'une dystrophie des éléments cellulaires du rein, provoquée soit par la stase veineuse, soit par un obstacle à l'excrétion de l'urine.
§10. — NÉPHRITES PAR LÉSION OU IRRITATION DES VOIES d'eXCRÉTION.
NÉPHRITES ASCENDANTES
Deux éléments semblent entrer en jeu, avec une prédominance variable suivant les cas, dans la pathogénie des néphrites ascendantes : la présence de parasites, qui remontent des voies urinaires inférieures vers le rein, et la stagnation de l'urine, nécessairement altérée, consécutive k l'oblitération ou au rétrécissement des voies d'excrétion.
PATHOGÉiSIE DES NÉPHRITES. 125
Les travaux de M. Pasteur ont montré, dès 1859', que la fermentation alcaline de l'urine et la transformation de l'urée en carbonate d'ammoniaque étaient dues à l'action d'un ferment organisé, d'un micro-organisme, htoritlacée ammoniacale {micrococcîts ureœ de Cohn) . La-découverte de M. Pasteur fut développée par M. Van Tieghera^ et ne tarda pas à recevoir une confirmation clinique. Traube et Niemeyer publièrent des observations de malades atteints d'affections vésicales, et dont néanmoins l'urine était restée acide; or cette urine devint rapidement alcaline à la suite d'un premier cathétérisme, parce que la sonde mal nettoyée avait introduit dans la vessie des micro-organismes. Ce sont en effet les sondes malpropres qu'il faut accuser le plus sou vent; mais la torulacée peut aussi pénétrer dans les voies urinaires par capillarité,depuis le méat jusqu'au col vésical, ou par une fermentation qui se transmet de proche en prochCj la prolifération des cellules du ferment envahissant peu à peu l'urèthre, de l'une à l'autre de ses extrémités. Par des expériences nombreuses. M, Pasteur réfuta toutes les objections qui lui furent faites, notamment celle de M. Musculus et de plusieurs autres qui pensaient que le mucus vésical était le véritable ferment, un ferment soiuble.
Mais la torulacée de MM. Pasteur et Van Tieghem ne jouit pas seule de la propriété de provoquer par sa présence la transformation ammoniacale de l'urine. M. Miquel a découvert en 1879 un bacille qui peut égalemeut transformer l'urée en carbonate d'ammoniaque. Ce bacille se présente
1. Ann. de physique et de chimie, 1859. — Acad. des scicHces, 1860.