‹ Pathogénie des néphritesChapitre 8 sur 58 · Bartcls, Trad. française, p · texte numérisé non relu

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Markwald (1878) a provoqué des néphrites expérimentales chez des lapins, par l'injection intra-veineuse de liquides putrides, remplis de bactéries. L'urine renfermait des cylindres recouverts de bactéries sphériques.

Leyden a observé un cas d'embolies microbiennes du rein, à la suite de l'opération d'un polype utérin. A l'autopsie, on trouva dans les pyramides des stries jaunâtres, qui représentaient des veines variqueuses pleines de microbes. Ces embolies parasitaires avaient déterminé une vive réaction inflammatoire périphérique.

Litten a décrit également les lésions rénales des maladies septiques; le parenchyme rénal présentait des traînées jaunâtres, résultant de l'accumulation de micrococci soit dans les tubes droits, soit dans les vaisseaux.

Des constatations analogues ont été faites par KoUiker junior, par Birch-Hirschfeld, etc.

Il est donc bien établi, depuis quelque temps déjà, que des microbes peuvent siéger dans le rein, et, par leur présence, déterminer dans cet organe des altérations inflammatoires.

Mais on remarquera que, dans la plupart des recherches précédentes (Fischer, Recklinghausen, Klebs, Weigert, Leyden), les lésions rénales sont dues à des embolies capillaires microbiennes ou à l'accumulation et au séjour des parasites dans le rein.

A côlé de ces faits, M. le professeur Ch. Bouchard a établi un nouveau groupe de néphrites infectieuses, dont la pathogénie est toute spéciale'. En étudiant les diff'érences physiques que peut présenter le précipité albu-

1. Ch. Bouchard, Bull. Soc. clinique de Paris, 1880. — Transactions du Congrès de Londres, 1881, p. 346. — Revue de médecine, 1881, p. 671.

u PATUOGÉNIE DES NÉPHRITES.

mineux de l'urine de la fièvre typhoïde, M. Bouchard est arrivé à découvrir un mode particulier d'action des microbes sur le rein. Les bactéries peuvent en efiet, au lieu de s'accumuler dans les vaisseaux et dans le tissu rénal, traverser seulement le rein et s'éliminer avec l'urine. Le passage des microbes détermine alors une véritable néphrite irritative, qui se manifeste par des lésions des glomérules et des cellules épithéliales des tubes contournés. La constatation dans le sang, pendant la vie, des mêmes microbes que l'on retrouve dans le rein après la mort la coïncidence de l'apparition dans les urines de ces microbes et de l'albumine, en même temps que des dépouilles épithéliales des tubuli, la coïncidence de la disparition des microbes et de l'albumine de l'urine, sont autant de preuves en faveur de la conception pathogénique formulée par M. le professeur Bouchard.

L'existence de cette néphrite infectieuse, démontrée d'abord dans la fièvre typhoïde, a été ensuite constatée par M. Bouchard dans les maladies suivantes : la fièvre puerpérale, la fièvre herpétique, la rougeole, l'érysipèle de la face, l'angioleucite érysipélateuse, l'ostéomyélite, l'amygdalite aiguë infectieuse, le pseudo-rhumatisme, la typhlite ulcéreuse, la dysenterie, la diphthérie, la phthisie pulmonaire, la bronchite purulente, la rage. M. Bouchard admet aussi que cette même néphrite infectieuse, constatée d'ailleurs d'après sa méthode, peut exister, avec les mêmes caractères, dans la scarlatine maligne, dans la variole, dans l'endocardite ulcéreuse, selon l'observation de M. Netter, et dans la méningite cérébro-spinale, ainsi que je l'ai démontré moi-même*. Enfin, ajoute M. Bou-

1. Voy. Bull, de la Société de biologie, 1881. — Note sur le parasitisme de la

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chard, bien des présomptions autorisent h penser que pareille démonstration pourra être donnée pour d'autres maladies infectieuses, telles que la syphilis, par exemple, et que les néphrites secondaires de toutes les pyrexies sont très vraisemblablement aussi des néphrites infectueuses.

M. Kannenberg a étudié aussi le rôle des microbes dans les néphrites des maladies infectieuses aiguës. Ses recherches, pratiquées à l'hôpital de la Charité de Berlin, l'ont conduit aux résultats suivants ^ : 1° dans l'urine d'individus sains (surtout apyrétiques) on trouve quelquefois des champignons en mono ou diplococcus, plus rarement en chaînettes ou bâtonnets^; — 2° dans toutes les maladies fébriles, le nombrede ces champignons est augmenté; — 3° on les trouve en quantité particulièrement abondante dans les maladies aiguës, spécialement lorsqu'elles

I se comphquent de néphrite. Les observations de Kannenberg ont porté sur des cas de scarlatine, de rougeole, d'érysipèle, de pneumonie, de fièvre intermittente, de diphthérie, de fièvre typhoïde, de typhus exanthématique, de fièvre récurrente^et d'amygdaHte phlegmoneuse. Dans la fièvre récurrente, les microbes apparaissaient dans l'urine avec l'albumine et les cylindres, à chaque accès, avec une abondance d'autant plus grande que l'accès était plus violent ; après la cessation de l'accès, l'albumine et les mi-

! crobes disparaissaient des urines. Toutes ces maladies

' méningite cérébro-spinale et sur la néphrite infectieuse qui l'accompagne, par * E. Gaucher.

1- Kannenberg, Ueber Nephritis hei acuten Infectionskrankheiten, in Zeitf '"hrift fur Idinische Mediùn, 1880, l. I", p. 506.

2. On sait au contraire que, d'après M. Pasteur, l'urine normale, recueillie avec les précautions convenables, ne renferme jamais de germes.

étaient accompagnées de néphrites desquamatives ; et l'évolution de celles-ci présentait une si parfaite corrélation avec l'existence des microbes dans l'urine, qu'il était impossible de ne pas admettre un rapport étiologique entre les deux phénomènes. Kannenberg émet donc également l'opinion que c'est le passage des microbes h travers les parois canaliculaires qui provoque la néphrite.

Pathogénie des néphrites infectieuses en général; modes d'action des microbes sur le rein. — Tels sont les principaux documents à l'aide desquels on peut étudier la pathogénie des néphrites infectieuses. On a vu que les microbes pouvaient provoquer dans le rein deux ordres de lésions : 4° les uns, des embolies infectieuses spécifiques, avec formation d'abcès métastatiques ; 2° les autres, des phénomènes d'irritation inflammatoire ou des troubles de nutrition des éléments anatomiques, qui aboutissent à la production d'une néphrite proprement dite.

Dans ce dernier cas, les microbes peuvent agir sur les cellules et sur les éléments du rein de plusieurs manières différentes : soit par des troubles d'irrigation, en produisant par leur accumulation dans les capillaires une sorte d'obstruction vasculaire, une ischémie qui entrave la vitalité des cellules, comme ferait le pincement de l'artère rénale; soit par traumatisme des cellules dans lesquelles ils pénètrent, en s'emparant de la substance même de la cellule; soit en s'emparant delà substance qui doit nourrir, la cellule et qui arrive incessamment en contact envers elle, que ce soit l'oxygène, une matière albuminoïde ou autre ;^ soit en sécrétant une matière nuisible qui peut détériorer la cellule.

Toutes ces hypothèses sont possibles, tous ces processus

pathogéniques peuvent exister; pour certaines formes de néphrites infectieuses, ainsi qu'on le verra par la suite, pour la néphrite expérimentale de la maladie pyocyanique, par exemple, on a démontre que l'action nocive appartenait bien au microbe lui-même et non à son produit de sécrétion. Malheureusement pareille démonstration n'est pas toujours facile; mais, si le mécanisme de la lésion n'est pas élucidé dans tous les cas, il n'en est pas moins vrai que « cette lésion est certainement l'effet de la présence des bactéries dans la glande » (Bouchard).

Au reste, plusieurs expériences prouvent bien que les bactéries qui circulent dans le sang peuvent passer dans l'urine, et que cette pénétration des micro-organismes à travers le filtre rénal peut être accompagnée d'albuminurie. Conheim, ayant injecté des bactéries dans le sang, les a retrouvées dans l'urine. M, Marix*, par des injections intra-veineuses de levure, a provoqué l'albuminurie, M. Capitan, reprenant les mêmes expériences, a montré que les spores de levure, injectées dans le sang, traversaient le rein et passaient dans l'urine ; que simultanément l'albumine s'y montrait aussi; que, bientôt après, avec l'albumine et avec les spores, on trouvait dans l'urine des cylindres granuleux, souvent eux-mêmes remplis de spores. Ces expériences, qui reproduisent exactement les faits pathologiques, ne peuvent laisser aucun doute sur la genèse et l'évolution des néphrites infectieuses".

Mais, pour que les recherches cliniques soit concluantes, il est nécessaire de s'entourer des plus grandes précautions dans l'examen de l'urine; il est indispensable que l'urine

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