HO
que jamais. On ne fait pas de nouvelle injection de morphine, afin de ne pas le réveiller et d'éviter les spasmes. Temp. 39°.
Dans la soirée, il se réveille, avec des douleurs inguinales. Injection de morphine et cathétérisme.
Le 5. — Le malade n'a pris hier que la moitié de sa potion soit trois grammes de chloral. Ce matin, la douleur épigastrique est disparue, mais les douleurs inguinales continuent, et la contracture est revenue assez forte et paraît plus générale; les jambes ne peuvent se fléchir qu'avec une certaine peine. Temp., 37,5.
Prescription : lavement purgatif. Potion avec six grammes dans deux cent cinquante grammes d'eau. On renoncera aux injections de morphine , et on placera le malade dans une gouttière de Bonnet, afin d'éviter les spasmes lorsqu'on change les alèzes.
Douleurs inguinales et gémissements toute la journée. Le lavement purgatif ne produit aucun effet. On commence la potion à six heures du soir seulement. A cette heure, la contracture est plus violente que les jours précédents , tout le membre inférieur est dans l'extension forcée (il n'a pris que très-peu de chloral depuis deux jours). Temp., 38°.
Dans la nuit, le malade va une fois à la selle.
Le 6, visite du matin. — La contracture étant plus forte que jamais, la nuque plus douloureuse, le trismus plus marqué, on reprend les doses élevées de chloral {huit grammes). Temp., 37,9. L'appétit est très-diminué.
La journée se passe dans une demi-somnolence, qu'on entretient en donnant peu à peu la potion. Le soir, spasmes très violents. Temp., 38,2.
La nuit se passe sans sommeil, mais sans douleurs vives.
Le 7. — Douleurs et spasmes très-violents. Temp., 38,4. On reprend les injections de morphine, deux centigrammes matin et soir, et on prescrit dix grammes de chloral.
Aussitôt que le chloral est administré, le malade s'endort. Le soir, il ne souffre plus, quoique réveillé; il plie un peu les jambes, fléchit légèrement la tête; les spasmes sont rares;
le trismus seul ne cède pas sensiblement. Vers cinq heures, il a uriné sans cathétérisine. La potion étant épuisée, on prescrit de nouveau deux grammes pour la nuit {douze grammes dans les 24 heures). Temp., 38°.
Le 8. — La nuit a été très-bonne; même étal, contracture modérée. Temp., 38°.
La journée se passe également bien. A midi, il sent venir les spasmes ; on donne aussitôt le chloral, et le calme revient. L'appétit est satisfaisant. La gouttière de Bonnet est mise de côté. Temp., 38,3, le soir.
Le 10. — Petite recrudescence de spasmes, coïncidant avec un froid très-vif depuis hier soir. On continue la potion avec dix grammes de chloral.
Jours suivants. Amélioration progressive. Le trismus et la contracture des muscles abdominaux cèdent peu à peu, l'appétit esi considérable. La température se maintient à 37° et quelques dixièmes. On ne donne que six, quatre, trois grammes de chloral dans les 24 heures.
Le 19. — Rechute complète. 11 a eu hier soir un grand frisson, qui reste encore inexpliqué. La plaie est un peu douloureuse, l'extrémité du doigt est un peu enflée, mais la cicatrisation est toujours en bonne voie. Ce matin , spasmes violents et douleurs inguinales comme par le passé. Temp,, 38.
Les dix grammes de chloral sont donnés de nouveau.
Le soir, on le trouve dormant profondément.
Le 20. — Les spasmes ont diminué, Temp., 38. L'amélioration se prononce de nouveau; on donne régulièrement les dix grammes de chloral.
Le 25. — Nouvelle rechute ; la contracture recommence aussi violente, mais sans grandes douleurs. On donne jusqu'à quatorze grammes de chloral dans les 24 heures.
La nuit est bonne, et le 26 tout est rentré dans l'ordre.
Les jours suivants, la contracture disparaît peu à peu, et la guérison se confirme. Le malade se lève vers le 10 mars, et sort de l'hôpital, déflnivement guéri, le 24 mars. 11 a pris en
tout plus de deux cents grammes de chloral dans l'espace de 38 jours.
La dose minimum est de trois grammes par jour, et la dose maximum de quatorze grammes.
Observation II
Tétanos traumatique guéri par le chloral.
Le nommé Edmond C...., trente-six ans, journalier, entre à l'hôpital Lariboisière , le 1" avril 1871, dans le service de M. Verneuil, salle Saint-Louis, n" 21 .
Il porte, sur la région pariétale gauche, une plaie de 7 à 8 centimètres de long, superficielle et sans décollement. La blessure remonte au 17 mars. Le 27, se fit sentir un commencement de roideur dans la mâchoire, et presque en même temps dans les jambes, mais aucune douleur cervicale, aucune gêne dans la déglutition ni dans la respiration.
Le malade se présente à la consultation , marchant trèsdifficilement, les jambes raides, et souffrant de la région lombaire. Les mâchoires sont étroitemen'. serrées, aucun écartement n'est possible; la face offre l'expression du rire sardonique, la tête est légèrement renversée en arrière. La plaie du cuir chevelu est presque complètement cicatrisée.
Lorsque le malade est couché, on constate les faits suivants : rigidité absolue des masséters; spasmes dans les jambes, peu douloureux, mais fréquents; contracture assez forte des muscles abdominaux sans douleur notable; opisthotonos léger; membre supérieur indemne, respiration et déglutition libres.
A deux heures de l'après-midi, on entoure d'ouate les bras et la poitrine, on couvre le lit d'un édredon, et l'on prescrit une potion avec 6 grammes de chloral.
A 6 heures du soir, 3 grammes environ ont été ingérés. Le malade est assoupi sans dormir profondément, et a pris du bouillon avec appétit, à plusieurs reprises. La contracture des
masseters et des muscles abdominaux n'a pas changé, mais il affirme que les spasmes des jambes ont cessé complètement.
Le 2. La nuit a été bonne; les jambes sont relâchées ; au dire du malade, la contracture des muscles abdominaux diminue par intervalles. On prescrit 10 grammes de chloral.
La somnolence continue toute la journée, mais le sommeil n'est pas absolu. L'appétit est conservé, le bouillon est pris avec plaisir. Les mâchoires s'écartent un peu plus. La nuit suivante se passe dans un profond sommeil.
Le 3. — Aucun changement. La potion est maintenue à 10 grammes.
Le 4. — La contracture des masséters a légèrement diminué, car un potage au tapioca peut passer, quoique avec peine. Les mouvements de la tête sont un peu plus libres.
Les jours suivants , la potion est portée à 12 , puis à \ 5 grammes. Ls sommeil devient plus profond et plus continu. Le malade reste endormi généralement depuis la visite du matin jusqu'à celle du soir, et se réveille entre quatre et cinq heures pour prendre du potage. La nuit est toujours bonne. Les spasmes des jambes ne reviennent pas, mais le ventre est aussi dur; la mâchoire se relâche par intervalles, puis se resserre au moindre contact. La température, prise régulièrement depuis le 5 avril, reste comprise entre 36%5 et 37°.
Du 9 au 13, la température ne monte pas, mais la contracture augmente. Le cou est plus raide, les spasmes se réveillent de temps à autre dans les jambes ; la nuit est agitée, le malade tombe de son lit en voulant se lever. Il dort encore dans l'après-midi, sauf le 12 et le 13, où les douleurs dans le ventre empêchent complètement le sommeil. La contracture des muscles abdominaux est devenue plus forte que pendant les premiers jours. La constipation opiniâtre est combattue par les lavements et l'huile de croton. Cependant le bouillon et les potages sont pris avec plaisir.
Apprenant que la potion n'a pas été donnée très-régulièrement depuis quelques jours, M. Verneuil recommande d'administrer intégralement les 15 grammes dans les 24 heures.
Du 14 au 17, les douleurs se calment; le malade est plongé, sous l'influence du chloral, dans un véritable abrutissement. II est comme ivre, endormi ou agité, et répond à peine aux questions. Subdelirium toute la nuit. Pendant ce temps, le ventre est beaucoup plus souple, et les mâchoires s'écartent beaucoup mieux que les jours précédents.
M. Verneuil diminue progressivement la dose de chloral, qui tombe de 15 à 12, puis à 8, puis à 4 grammes dans les 24 heures. Le calme revient peu à peu; le 20, toute agitation a disparu ; la contracture est faible, les mâchoires continuent à s'écarter beaucoup mieux, sauf dans quelques accès assez éloignés. L'intelligence est toujours très-obtuse, et la somnolence habituelle.
L'appétit, qui n'a jamais cessé complètement, est devenu très-vif. Le 22, le malade ïnange du pain pour la première fois.
Le 23, après être resté levé toute la journée, il est pris d'un nouvel accès qui le force à rester au lit les deux jours suivants. La température, qui jusque-là n'avait pas une seule fois dépassé 37°, monte subitement à 38* et 39", puis revient à 37''2, 37% Se^e, à partir du 26.
Le 30, tout est rentré dans l'ordre, et la guérison se complète dans la semaine suivante.
Le malade quitte l'hôpital le 8 mai.
Observation III
Tétanos traumatique sans plaie, traité par le ohloral. Guérison.
Le nommé G..., 46 ans, journalier, entre à l'hôpital Lariboisière, le 19 juillet 1870, dans le service de M. Verneuil, salle Saint-Augustin, n° 29.
Le 17 juillet, en portant une poutre sur ses épaules, il tomba et fit un violent effort pour se retenir. Il put à peine marcher après l'accident, et, le soir du même jour, il sentit des douleurs vives dans les cuisses et dans les aines, avec des
accès de raideur convulsive dans tout le membre inférieur. Le trismus se déclara le 19 juillet au matin, c'est-à-dire 36 heures environ après le début des spasmes dans les deux jambes.
Au moment de son entrée, on constate les faits suivants : trismus, permettant à peine un écartement de 5 millimètres; rire sardonique, douleur vive au niveau des masséters, respiration et déglutition libres, bonne humeur, membres supérieurs indemnes. Les accès de spasmes toniques dans les membres inférieurs, avec douleur vive dans tout le membre et surtout dans la région inguinale, reviennent toutes les 5 ou 6 minutes, et durent au moins 2 minutes, souvent davantage. Le moindre attouchement les détermine. Les muscles de l'abdomen sont contracturés, mais moins que les adducteurs et le lr:ceps. Une sueur abondante couvre la face. Lorsqu'on examine les membres inférieurs, on n'y trouve aucune trace de violence, aucune ecchymose, mais la pression des masses musculaires est douloureuse.
Le 29j ouate et édredon, potion avec 6 grammes de chloral. On donne un quart de la potion à 11 heures; un autre quart à midi. Alors le malade se sent mieux, et dit qu'il ouvre mieux la bouche. Troisième quart à midi et demi ; à 1 heure le malade s'endort profondément. Sommeil calme jusqu'à 4 heures, pendant lequel on observe de loin en loin quelques spasmes légers. A 4 heures il se réveille, prend un potage et un œuf, puis se rendort avec la fin de la potion. Une nouvelle dose de six grammes est prescrite pendant la nuit; de temps en temps on réveille le malade pour la lui faire prendre ; elle est achevée à 3 heures du matin. Le sommeil dure toute la nuit sans souffrances.
Le 21 , le malade est dans une somnolence profonde ; il faut le secouer violemment pour attirer son attention et obtenir une réponse. On le découvre et on le touche sans déterminer de spasmes. Les mâchoires s'écartent beaucoup mieux qu'hier. Le membre inférieur droit paraît complètement relâché ; la jambe gauche et les muscles abdominaux offrent encore un peu de contracture. On le laisse dormir, en recommandant de
lui donner du bouillon froid, de l'eau rougie, du potage à chaque réveil. Une potion de 6 grammes est encore prescrite; elle sera donnée en plusieurs fois jusqu'à la visite du soir, puis renouvelée pour la nuit.
Le 22, le malade est tranquille, de bonne humeur, et répond bien aux questions; il vient de se réveiller après avoir dormi toute la nuit ; il n'a ni douleur ni spasmes, les jambes sont dans le relâchement, les mâchoires s'écartent relativement bien; les muscles abdominaux sont encore assez durs. Hier, dans la soirée, il avait un peu d'agitation ; comme il est soupçonné d'alcoolisme, on se demande si au tétanos ne se joindrait pas un peu de deliriim tremens, et si le chloral ne remplirait pas ainsi une double indication.
Dans la soirée, le malade est calme, mais il ne dort pas; letrismus a augmenté. Le 23 au matin, même état, pas de sommeil ; les mâchoires ne s'écartent que de 3 ou 4 millimètres. Informations prises, on apprend que la potion n'a pas été administrée dans la journée d'hier, et que le malade en a pris très-peu dans la nuit. On recommande la plus grande régularité dans l'administration du médicament.
Les jours suivants, le malade est maintenu dans une somnolence presque continuelle, à l'aide de doses de chloral qui ne dépassent pas 8 gram. dans les 24 heures. La température, qui, du 20 au 23, avait oscillé entre 37°5 et 38°4, ne dépasse plus 37°o. Dès le 28, le trimus est très-peu prononcé. A trois reprises seulement, pendant cette période; quelques spasmes douloureux, mais de courte durée, se sont fait sentir dans les membres inférieurs. La constipation habituelle a été combattue par les lavements et l'huile de croton.
Toutes les fois qu'il ne dort pas, le malade est gai, mais de la gaieté des alcooliques, dont il a le faciès. Il veut se promener dans le jardin ; on le lève, en effet ; on l'aide à marcher, à partir du 28. Le 29, on supprime le chloral. Le 30, on lui donne un peu plus de vin et du laudanum. Ce nouveau traitement le rendort et calme absolument le léger degré d'agitation
qu'il avait encore. Du 1" au 10 août;, le trismus, dernier symptôme du tétanos, disparait peu à peu, et le malade quitte l'hôpital le 11.
OBSERVATIONS INEDITES. Forme aiguë terminée par la mort.
Observation IV
Recueillie par M. Cartaz, interne des hôpitaux. — Tétanos traumatique aigu.
Mort.
Thouilleux (Marie-François), âgé de 25 ans, domestique, entré le 17 août 1870, salle Saint-Sacerdos, à l'Hôtel-Dieu de Lyon, service de M. le D"^ Ollier.
11 y a 5 jours, en manœuvrant une voiture, ce jeune homme eut la main prise entre un mur et le brancard ; il en résulta un écrasement de l'annulaire de la main droite au niveau de la première phalange, à la partie moyenne. Deux jours après, le doigt prenait une couleur violacée, se raccornissait, suivant l'expression du malade, et devenait insensible.
A son entrée, on constate une gangrène sèche de l'annulaire ; pas de douleurs dans la plaie ; l'os est cependant broyé et le doigt ne tient plus que par quelques lambeaux de tissu ; état général très-satisfaisant ; bon appétit ; les grandes fonctions s'exécutent bien.
18 aoât. — On enlève le doigt mortifié et on résèque Textrémité de la première phalange. Julep diacodé.
Le 21 . — On s'aperçoit ce matin d'une expression particulière, légèrement sardonique, sur le visage du malade. Roideur du cou. Trismus permettant encore un écartement des mâchoires de 2 centimètres. La plaie n'est pas douloureuse; pas de douleurs le long du bras ; pas de secousses convulsives dans R. 8
le membre supérieur. La flexion et l'extension se font facilement et sans douleur. Le malade dit que depuis un jour il avait une légère difficulté pour manger, mais elle l'incommodait si peu qu'il ne s'en était pas plaint. P. 1 1 2 ; T. rect. 38,2. Peau sèche; langue humide et rose. — On institue comme traitement des sudations abondantes et le bromure de potassium (10 gr. par jour). Des interrogations précises amènent comme résultat que le malade aurait eu depuis le jour de l'opération jusqu'au 19 août soir, de légers picotements, parfois douloureux, le long du bord interne de l'avant-bras, sans jamais dépasser le coude.
Soir. — Pas de raideur du cou; pas de dysphagie ; pas de douleur le long du bras ou au niveau de la plaie. Trismus persistant; sueurs abondantes. Pouls 70. T. r. 38,4. 2° potion avec 10 gr. bromure.
Le 22. — P. 82. T. 38,4. Trismus plus prononcé. L'écartement des mâchoires est à peine de O^'jOl. Un peu de roideur du cou ; rien dans les membres inférieurs ni supérieurs. 3" potion ut supra.
Soir. — P. 24. T. 38,9. Le trismus augmente beaucoup. Un peu de roideur du tronc. 4^ potion.
Le 23. — P. 100. T. 39,4. Le trismus est si intense qu'il ne permet presque aucun écartement des mâchoires. Crampes douloureuses dans les membres. Opisthotonos revenant par crises. En présence de la gravité de ces phénomènes et de la marche rapide, M. Ollier se décide à pratiquer la névrotornie. Anesthésie par l'éther, section du nerf cubital dans la gouttière épitrochléenne, du nerf médian à 0'",06 au-dessus du pli du coude et du nerf radial à 0™,11 de ce pli, au moment où il devient rectiligne après avoir contourné l'humérus; la section de ces trois nerfs a été complète, faite avec les ciseaux, une fois le nerf chargé sur la sonde cannelée. Les plaies sont réunies par une suture métallique ; aucun autre médicament que des boissons sudorifiques n'est administré jusqu'au soir.
Soir, S heures. — P. 110. T, r. 41. Resp. 38. La rigidité est aussi complète que le matin ; pas de détente; pas de douleurs
dans le membre. Trismus aussi complet; le malade a de la peine à boire, par suite de l'impossibililé d'écarter les dents. Sensibilité complètement abolie dans tous les doigts à leur face palmaire et dorsale, également abolie sur le bord externe et la partie moyenne de la face dorsale et palmaire de la main, conservée sur lo bord interne des deux faces. Mouvements de flexion et d'extension de la main s'exécutant mal; aucun mouvement dans les doigts; le malade répond lentement aux questions, il faut éveiller vivement son attention, et ses réponses ne peuvent être considérées comme absolument vraies. Pot. 15 gr. bromure. Le malade est assez calme jusqu'à 8 heures du soir; à partir de ce moment il est pris de mouvements convulsifs très-douloureux. Ces convulsions durent jusqu'à l'heure de sa mort, une heure du matin.
Autopsie. — 28 heures après la mort.
Rigidité cadavérique peu prononcée. Cavité crânienne : sinus gorgés de sang noir. Cerveau assez mou ; rien de particulier à la coupe; méninges cérébrales normales. Méninges rachidiennes congestionnées. La moelle est très-ramollie; la diffluence est telle, au niveau de la portion cervicale, un peu au-dessous du bulbe, qu'elle se réduit en bouillie à la moindre pression.
La section des trois nerfg a été complète ; les deux bouts du radial et du cubital sont séparés au niveau de la section par un intervalle de 0°',015. Un des rameaux du cubital (face dorsale) plonge au milieu de la plaie du doigt. Le nerf médian sectionné, ainsi qu'un petit filet situé en dedans et qui n'est qu'une de ses branches, présente entre ses deux bouts un écartement de O^jOâ au moins. Dans le bout inférieur, une hémorrhagie s'est produite dans la gaine m.éme du nerf sur une longueur de O'",08. Rien d'anormal sur leur trajet au-dessus de la section. Viscères normaux. Poumons congestionnés à la base.
Observation V
Recueillie par M. Cartaz, interne des hôpitaux. — Tétanos Iraumatique aiyu.
Mort.
Joncheret (Alphonse), âgé de 1 1 ans, entre le 26 mai 1872, salle Saint-Côme, n° 7, hôpital des Enfants-Malades, service du D"^ Giraldès. Dans la journée d'hier, cet enfant a eu l'avantpied écrasé par un bloc de fer. Cel écrasement a intéressé tous les orteils et l'extrémité des métatarsiens. A son arrivée, on constate une plaie contuse, avec sphacèle d'une partie des tissus; deux orteils sont tombés. Les extrémités des métatarsiens sont en partie broyées ; on excise les parties mortifiées Pansement ouaté.
28 mai. — Le pansement est défait par inadvertance sous prétexte de mauvaise odeur. Plaie en bon état. Pas de douleur. Pansement à l'alcool phéniqué.
Le 30. — Nouveau pansement ouaté. Etat général parfait.
3 j uin. — Sans cause de refroidissement appréciable, le malade se portant bien la veille, à 5 heures du matin, la religieuse remarque, en voulant donner à boire au petit malade, un resserrement des mâchoires. Trismus assez prononcé, ne permettant guère qu'un écart d'un centimètre entre les deux mâchoires. Opisthotonos léger. Peau médiocrement chaude. Pas de rictus sardonique.
Pouls 124. Temp. 38,2. Resp. 60. Pour la journée. 3 lavements de chloral de 3 grammes chaque. Dans la journée, 4 injections hypodermiques à la région cervicale de 5 milligr. chaque. Chlorhydrate de morphine. Thé au rhum.
Soir. P. 120. T. 38",8. Pas d'accentuation notable des symptômes.
Insomnie pendant la nuit, assoupissement vers le matin.
Le 4. — P. 1 32. T. 39°. R. 40. Selle normale, urine facilement. Trismus très-prononcé. Impossibilité d'écarter les mâchoires. Les mouvements de déglutition provoquent des spasmes. Opis-
tliotonos très-marqué. Faciès sardonique. Légère contracture dos membres supérieurs. Sueurs perlées à la face. Peau sèche sur le reste du corps. Dans la journée d'hier et dans la nuit, le petit malade a pris environ un litre de thé au rhum.
Sensibilité intacte sur tous les points du corps.
Même dose de chloral.
Soir. P. 180. T. 41°. R. 40. Depuis ce matin, 4 injections de 0 gr. 01 chaque : chlorhydrate de morphine, et deux lavements de trois grammes chaque : chloral. Prostration. Contracture augmentée des membres supérieurs, pas de contracture des membres inférieurs. Ventre modérément tendu. Opisthotonos de plus en plus marqué. Sous l'influence d'une injection dans la région massétérine l'écarlement des mâchoires se fait un peu plus facilement. Quelques râles trachéaux. On retire avec la sonde undemi-verre d'urine limpide, foncée, sans albumine. Le passage de la sonde détermine un spasme général. Selles involontaires.
10 heures du soir. P. 150. T. 42°. Respiration tellement précipitée qu'on ne peut pas la compter. Face pâle. Pas d'apparence de cyanose.
Mort à H heures du soir.
Autopsie. — 34 heures après la mort.
Pas de rigidité cadavérique.
Les méninges cérébrales et rachidiennes sont peu injectées. Congestion cérébrale assez intense. Pas d'épanchement de sérosité dans les ventricules. Des coupes pratiquées dans toute l'épaisseur du cerveau montrent un piqueté hémorrhagique assez confluent. Rien d'apparent à l'œil nu dans la m.oelle.
Poumons: Congestion des lobes inférieurs. Quelques caillots mous et noirs dans le cœur.
Foie, reins, rate, normaux.
Plaie. Pas d'infiltration purulente dans les gaines tendineuses et dans les articulations médio-tarsienncs. Les nerfs périphériques disséqués sur une longue étendue ne présentent rien d'anormal.
Observation VI
Recueillie par M. Cartn/., interne des hôpitaux. — Tétanos traumatique aig'u.
Mort.
Durogamme, Pierre, âgé de 32 ans, cordonnier, entre le 12 janvier 1874 salle Saint-Gabriel, n° 19, à l'hôpital de la Pitié, service du D'' Labbé.
Le malade a eu il y a quelques jours un doigt de la main droite écrasé, l'extrémité du doigt est gangrenée; pas de menaces de phlegmon. La plaie est depuis deux jours le siège de picotements douloureux, et depuis hier soir le malade éprouve une certaine raideur des mâchoires. A son entrée on constate (le 13 janvier) un trismus léger, l'écarlement des mâchoires est assez facile, et le malade peut manger sans peine; mais il est inquiet, pusillanime. Ogr. 05 extrait d'opium.
li janvier. — Trismus plus prononcé. Pas de crampes dans le bras. Pas d'opisthotonos. Un peu de dysphagie, sudations assez abondantes. Prend dans la journée Ogr. 13 d'extrait thébaïque, cataplasmes laudanisés sur la plaie.
Le 15. — Trismus plus prononcé. On ampute l'extrémité gangrenée du doigt sans anesthésie.
7 grammes de chloral.
Le 16. — 10 grammes de chloral.
Le 17. — Trismus très-prononcé. Opisthotonos. Contractures très -douloureuses le long du bras.
10 gr. de chloral.
Le 18. — Temp. rectale, 38". — Soir, 38°, 2. L'écartement des mâchoires n'est plus que d'un centimètre. Opisthotonos assez marqué. Toujours un peu de dysphagie. — H gr. 50 de chloral. Sous l'influence de cette dose donnée par fractions succpissives, le malade sommeille d'une façon à peu près continue jusqu'au soir.
Le 19. — T. 38", 3. — Soir, 39°, 8, P. 132. R. 40. Bien que
la dysphagie soit peu prononcée, on n'a rien pu faire avaler au malade.
Soir. Injection sous-cutanée de 1 gr.de chloral. Sudations très-abondantes pendant la nuit.
Le 20. — T. 38° 8. Ce matin il semble y avoir une légère détente. Le malade ouvre un peu mieux la bouche. 11 a pu boire un peu, mais l'opisthotonos est très-accentué, et il a toujours des accès de contracture dans le membre supérieur droit, et dans les muscles thoraciques.
Soir : T. S9%o. P. 116. R. 40. Face congestionnée. Trismus des plus prononcés. Sueurs abondantes. Respiration trachéal? avec écume à la bouche.
Mott à 5 heures du matin, sans secousse convulsive terminale.
Autopsie. — Rien de particulier dans les viscères, sauf une congestion très-accusée des deux poumons.
Les organes du système cérébro-spinal ont été l'objet d'examens histologiques.
Les nerfs de l'avant-bras n'offrent rien de particulier. La rougeur que les filets nerveux présentent au niveau de la plaie s'arrête à ce point, et ne remonte pas au delà.
Observation VII
Recueillie par M. Carpentier-Méricourt, interne des hôpitaux. Tétanos traumatique aigu. Mort.
Au n" 1 4 de la salle Saint-Charles est couché un jeune homme robuste, âgé de 25 ans, d'une bonne santé habituelle, et présentant actuellement tous les signes d'un tétanos commençant : crampes fulgurantes dans le dos, peu vives à la vérité, mais contracture des masséters et impossibilité d'ouvrir la bouche et d'écarter les maxillaires de plus de 1 cent. 1/2.
Le malade raconte que, le 11 avril (il y a 10 jours par conséquent), il était occupé à moudre du café, lorsqu'il fit un mouvement brusque, et sa main allant frapper et briser la glace
d'une porte vitrée, il se fait une forte entaille au poignet droit, au-dessus de l'articulation qui est saine. Un médecin est appelé, et pratique des sutures^ qu'un gonflement très-dou-
reux oblige à enlever le 20 avril. Bandelettes de diachylon
Pendant ces 9 jours, le blessé cesse de travailler, et reste couché dans une chambre dont il a la mauvaise habitude de laisser la fenêtre ouverte pendant la nuit.
Le vendredi 19, en s'éveillant, il se trouve un peu souffrant, il accuse de la gêne de la respirs^tion, pas de toux, une sensation de poids sur la poitrine ; il mange cependant sans difficulté; mais le soir, roideur dans les mouvements de la mâchoire, en même temps difficulté pour avaler les aliments solides.
La roideur des mâchoires augmentant, le malade se décide à entrer à l'hôpital, et il dit que pendant qu'il descendait de sa chambre, située au 6" étage, il n'a ressenti aucune douleur nulle part, et que ce qui le tourmentait seulement était « son poids sur la poitrine ». 11 avait déjà, depuis le matin, le cou un peu roide, et ne pouvait qu'avec grand'peine abaisser la tête sur la poitrine, tandis qu'il la mouvait facHement de droite à gauche. Dans la nuit du 21, il prend une potion avec 10 gram. de chloral.
Le 22. — Pansement de la plaie, qui n'avait pas été vue depuis le 20. On constate une plaie assez nette, perpendiculaire à l'axe de l'avant-bras, siégeant un peu au-dessus du poignet droit, à la face dorsale. Aspect noirâtre, odeur un peu fétide. A côté et en avant, autre plaie, à bords déchiquetés, de meilleur aspect et suppurante.
La main est gonflée modérément. Pansement à l'alcool.
Le malade est dans le décubitus dorsal, il ne peut fléchir la tête sur le thorax, mais l'incline bien à droite ou à gauche.
Si on soulève le blessé, la tête retombe en arrière, attirée par la contracture modérée des muscles extenseurs du cou, les sterno-mastoïdiens sont très-durs, fortement contractés.
La bouche ne peut être ouverte, toutefois l'écartsment des
— iîo —
mâchoires permet à la langue de sortir assez bien : elle est sèche; dents fuligineuses.
Le malade se plaint de céphalalgie, face très-colorée. Rien du côté de la vue, pupilles non contractées, le malade tient les yeux fermés.
Peau sèche. Temp. axillaire 37°.
Pouls 88.
Traitement. — Pilules d'hyosciamine de 0,001 (3 dans la journée), lavement purgatif.
Soir, 4 heures. — Pouls faible, petit, 105, Temp. 38,1.
Tête brûlante, coloration presque veineuse des joues et des pommettes.
Haleine fétide.
Le malade dit ressentir moins de pesanteur au-devant de la poitrine et respirer plus facilement. Roidjur du cou dans le même état, ni plus ni moins forte.
Réponses nettes et faciles.
Le 23 avril, matin. — 1 pilule d'hyosciamine. Bouillon, vin. Pouls 8i Temp. 38,2.
i heure. — Injection hypodermique, 0,001 d'hyosciamine. Pouls 104.
3 heures. — Sueurs profuses, rien du côté des yeux ni du côté de l'ouïe. Lorsqu'on tire les rideaux du lit ou qu'on frappe un peu sur les bords du lit, on voit le visage se contracter vivement.
Ecartement des mâchoires à peu près impossible et très-douleureux; le malade fait seulement des mouvements d'abaissement et de projection en arrière.
Roideur du cou plus grande. Le malade se plaint de crampes fulgurantes dans le côté gauche du thorax et dans le dos. Région lombaire fortement cambrée; en ce moment, douleur assez forte, on voit le corps se soulever et former une arcade, dont les piliers sont la tête et les fesses.
Si on essaye de soulever le malade, on i'enlève tout d'une
pièce, il est impossible de l'asseoir. Pas de contractures dans les membres inférieurs.
Pouls 104. Rien au cœur, battements seulement un peu précipités.
5 heures. — Iniection hypodermique, un peu de dilatation pupillaire; peut-être unpe" moins de roideur. Pouls 120. Temp. 39°.
7 heures. — Injection hypodermique. Même état. Ecartement des mâchoires (1 /2 cent.) non douloureux.
10 heures. — Même état général. Crampes, un peu de céphalalgie, pas de nausées, pas de troubles du côté de la vision ni du côté de l'ouie. Respiration facile.
Pouls fort, plein, 100.
Le 24-, 7 heures, matin. — Les mâchoires s'écartent moins, la langue ne peut plus passer entre les maxillaires. Sueurs profuses. Pas de vomissements ni de troubles visuels. Pouls 100. Injection.
9 heures. — Même état. Pouls 90. Temp. 38,5.
10 heures 1/2. — Injection.
1 heure, soir. — Injection. Secousses dorso-lombaires vives, plus fréquentes, toutes les 2 ou 3 miaules. Sueurs profuses, thorax et face. Soif modérée.
4 heures. — Temp. 36,6. Pouls 98. Sueurs profuses de toute la partie supérieure du corps. Membres inférieurs, chaleur sèche brûlante.
10 heures. — Visage en sueur. Se plaint d'avoir froid cependant. Tient son bras gauche en demi-flexion; lorsqu'il veut l'allonger, il provoque des secousses dans les muscles du dos. Secousses assez fréquentes ce soir.
Pas de céphalalgie. Intelligence nette.
Pouls 80. Injection.
Le 25, 8 heures du matin. Même état; sueurs, secousses Irès-répétées, très-douloureuses. Injection. Pouls, 90.
10 heures. Même état général, un peu de pleurosthotonos, secousses fréquentes ; lassitude extrême. Injection.
Pouls, 124. Température, 40°.
12 heures. Pouls, 124. Injection, t Température, 40".
3 heures 1/2. Pouls, 170. Sueurs. Injection. Répond bien à out ce qu'on lui dit. Cependant, un peu de trouble intellectuel vers 4 heures.
4 heures li2. Secousse terrible ; le corps se dresse fortement, appuyé d'un côté à la tête, de l'autre aux talons.
Mort en quelques minutes.
2 heures après la mort. Température, 40". Autopsie. Injection de la pie-mère et des méninges rachidieanes. Cervelet un peu ramolli. Moelle diffluente. 40 heures après la mort. Rien dans les autres viscères.
Forme subaiguë terminée par la mort
Observation VIII
1 Recueillie par M. Gartaz, interne des hôpitaux. — Tétanos traumatique
subaigu. Mort.
Thivert (Gustave), 32 ans, charretier, entre le 10 juillet 1874, salle Saint-Gabriel, n» 42, hôpital de la Pitié, service de M. Labbé ; il déchargeait un tombereau chargé de pierres, quand la voiture bascula et il eut le pied droit et la main gauche pris sous la charge. Amené à l'hôpital presque immédiatement, on constate une plaie par écrasement du dos du pied, trèspetite ouverture cutanée, mais fracture du cuboïde et des deuxième et troisième cunéiformes; la main gauche est broyée; sauf le pouce et l'index, les autres doigts sont déchirés et les os fracturés ; la peau est en'evée dans presque toute l'étendue du creux palmaire; petite plaie sans importance du dos du nez. Pansement au diachylon sur le pied, et la main est enfermée dans un pansement ouaté, Le soir de son entrée, il a une crise
épileptique très-bien caractérisée; il dit en avoir déjà eu plusieurs, qui revenaient à d'assez longs intervalles.
i2 juillet. Rien de particulier; presque pas de suppuration delà plaie du pied; pas d'attaque épileptique.
Le 15, il se plaint d'un peu de douleur dans la main; le bandage roulé donne de l'odeur, T. rect., 39°3.
Le 16, T. rect. 38°3. Soir, 39°3.
Le 17, — 3703. — 38°2.
Le 18, — 374. — 38°3.
On n'a pas enlevé le bandage ouaté; le malade boit, mange avec assez d'appétit; le pied est le siège d'une tuméfaction assez prononcée, mais sans douleur nette.
Le 19, T. ST'k. Soir, T. 38"4.
Le 20, — 38"! . — — 38°2.
II se plaint alors d'un peu de raideur des mâchoires ; hier, dit-il, il l'aurait déjà un peu ressentie. Elle est peu prononcée, et il n'y a pas de trismus à proprement parler; on lui administre dans la nuit 10 centigrammes d'extrait d'opium.
Le 21, température 37"2; soir, 37"'-4 (température rectale, toujours^. Trismus assez marqué; pas d'opisthotonos. Sueurs peu abondantes à la visite du matin; le pansement ouaté est enlevé et remplacé par un pansement à la charpie largement imbibé de laudanum de Sydenham. L'annulaire et le médius sont gangrenés et prêts à se détacher ; il n'y a pas de menaces de phlegmon, mais la plaie offre une odeur assez prononcée. Potion, 10 grammes d'hydrate de chloral.
Le 22, température 37"2 ; soir, 37''4. (Ces températures rectales peu élevées m'avaient mis en garde contre l'exactitude du therm.oniètre; prises avec trois thermomètres diU'érents, elles n'ont pas varié.) Le malade ouvre un peu mieux la bouche. Pas de dysphagie, mais un peu d'opisthotonos. Sueurs peu abondantes ; urine jaune rouge, sans albumine. On renouvelle le pansement au laudanum, et, en plus de la potion avec 10 grammes de chloral, on fait dans la région cervicale une injection sous-cutanée de 5 centigrammes de chlorydrate de morphine.
Le 23, température 37"3 ; soir, 37^9. L'avant-bras du côté de
la main lésée est fléchi à angle droit sur le bras; les frictions ou pincements ne provoquent pas de spasmes bien marqués; le trismus et l'opisthotonos sont cependant plus accusés; il y a un peu de dysphagie; ventre un peu rétracté; sueurs trèsabondantes ; même pansenient, 10 grammes de chloral, 5 centigrammes de chlorhydrate de morphine en injection. Sommeil depuis 4 heures du matin jusqu'à 7 heures li2 sans interruption et sans aucune secousse convulsive; la rigidité musculaire a disparu en partie.
Le 24, température 38n6. La bouche s'ouvre mieux. Pas do secousses convulsives depuis plusieurs heures; opisthotonos toujours très-marqué; sueurs moins abondantes qu'hier. La nuit a été assez calme. Soir, 39o; pouls, 156. Le trismus n'est pas plus prononcé, mais la rigidité des muscles du tronc est plus accusée; ventre très-rétracté; intelligence lucide; secousses convulsives revenant presque toutes les demi-heures. Nouvelle injection de 5 centigrammes de chlorydrate de morphine.
Mort dans la nuit après une courte asphyxie.
Autopsie le 26 juillet, 48 heures après la mort. Cadavre sans rigidité bien marquée, offrant déjà un état de décomposition assez avancée. Petite plaie fistuleuse à la face dorsale du pied droit, conduisant dans un foyer de suppuration articulaire. Le cuboïde est fracturé en trois éclats ; les deux cunéiformes voisins sont également fracturés ; le pus a envahi les articulations avoisinanles. Coloration métallique vif-argent des deux pieds, à la face plantaire et sous les orteils. Les ongles du pied gauche notamment (côté sain) sont comme argentés; sur la partie interne des cuisses, on trouve également des taches d'un noir bleuâtre, métalliques, comme dues à des frictions mercurielles; ces taches n'ayant pas été observées du vivant du malade, on n'a pu recueillir aucune indication étiologique à leur égard .
La main gauche est broyée, fracture du troisième métacarpien; fractures multiples des phalanges des trois derniers doigts; suppuration sanguinolente formant une bouillie noirâtre a\ ec les parties en voie d'élimination. Les terminai-
sons des nerfs médian et cubital sont noyées au milieu de ce foyer et présentent une rougeur et un gonflement qui sont bien apparents quand on prend les nerfs de la main non lésée; cette rougeur no s'étend pas au delà de la plaie. Ces nerfs recueillis et examinés à l'état frais n'ont donné que des résultats négatifs ; il n'y a pas de névrite ascendante et tout se borne à des attritions locales au niveau de la plaie. Les résultats de cet examen ont été confirmés par mon ami Morat, chef des travaux anatomiques à l'École de Lyon.
Congestion pulmonaire intense; adhérences pleurales légères à droite ; le cœur est d'un blanc jaunâtre, vide de caillots ; l'examen histologique révèle une dégénérescence granulograisseuse qui n'est pas cependant généralisée.
Rien de particulier dans les viscères.
Cerveau : sinus gorgés de sang noir. Pas d'adhérences des méninges; piqueté hémorrhagique léger; pas d'épanchement dans les ventricules.
Les méninges rachidiennes sont fortement colorées d'un rouge vif; la moelle elle-même est, dans toute son étendue, fortement congestionnée; elle n'est le siège d'aucun ramollissement. (L'examen histologique n'a pas été pratiqué.)
Les ganglions sympathiques cervicaux et thoraciques sont colorés en rouge foncé ; leur examen à l'état frais n'a rien révélé d'anormal.
Observation IX
Recueillie par M. Levrat, interne àei hôpitaux. — Tétanos traumatique subaigu. Mort.
Femme de 45 ans, couchée salle Sainte-Marthe, n° 7, hôpital Saint-Antoine, service de M. Duplay; opérée le 8 juin d'une hypertrophie du col utérin. Elle eut une hémorragie abondante qui nécessita le tamponnement. La faiblesse était extrême. Les jours suivants, l'hémorrhagie ne reparut pas.
\Sjuin, — La plaie est aux trois quarts cicatrisée, le reste
est en pleine suppuration. La malade se plaint d'une légère raideur des muscles masticateurs.
Le 19. — Examen au spéculum, pour lequel la malade se lève. Le trismus est plus prononcé, le sterno-mastoïdien dur et tendu. Douleur à la nuque et dans le dos. Un point douloureux sur la tête. Prescription : potion avec 4 gr. de chloral.
Le 20. — La potion a été prise complètement; la malade se trouve soulagée sans qu'il y ait de relâchement dans les contractures. Dysphagie.
Temp. axilL, 36; soir, 37,4. pouls, 104.
Le 21. — Même état. Trismus plus marqué. Temp., 37,4; soir, 37,5. Pouls, 116.
Le 22. — 11 est impossible de toucher la malade sans provoquer des contractures violentes; celles-ci se produisent égale ment lorsqu'on cherche à faire boire une cuillerée de liquide.
On institue le traitement suivant: injections sous-cutanées de sulfate d'ésérine.
A 8 heures 1/2, injection de 1 goutte = 0 gr. 001 milligr.
Ail heures, — 3 gouttes.
A 2 heures, — 3 gouttes.
A 5 heures, — 3 gouttes.
Les injections n'amènent aucun relâchement musculaire, elles provoquent seulement une légère rougeur de la face et des sueurs.
A 5 heures, il survient coup sur coup deux accès de contracture. ■
Les doigts sont crispés dans la paume de la main. L'ésérine faisant défaut à l'hôpital, on donne 6 grammes de chloral jusqu'au lendemain 4 heures.
Temp., 37,6; soir, 37,6. Pouls, 100.
Le 23. — Depuis hier, la malade a eu une crise de contracture.
A 4 heures, injection de 4 gouttes d'ésérine. A 8 heures, — 4 — A 10 heures, — 4 —
Pas d'amélioration; raideur de la nuque et du dos. Temp., 36,8; soir,'37,8. Pouls, 108.
Le 24. — Ce matin la malade a eu un accès. A 9 heures du matin, injection de 5 gouttes : elle provoque une sueur abondante.
A 11 heures, on injecte 7 gouttes : immédiatement on constate un re.lâcheroeut des muscles masticateurs et de ceux de la nuque. Dilatation des pupilles. Rougeur de la face, sueurs, nausées.
A 1 heure J /2, injection de 7 gouttes.
A 3 heures 1/2, — 7
A 6 heures, — 7
A 8 heures , — 9
A 10 heures, — 9
Chacune de ces injections provoque un relâchement immédiat des muscles masticateurs. On peut introduire l'extrémité de l'index entre les arcades dentaires.
Le bénéfice de ces injections dure environ 20 minutes. On en profite pour faire prendre à la malade du lait, du potage, des œufs. Les nausées sont continuelles, et par moment des vomissements se produisent.
Constipation opiniâtre.
Temp., 37,8; soir, 37,8. Pouls, 104.
Le 25. — Les arcades dentaires sont de nouveau au contact.
8 heures. — Injection ue 9 gouttes.
Il heures 1/2. — Injection de 11 gouttes.
Les vomissements reparaissent après chaque injection. Celles-ci provoquent aussi régulièrement la rougeur du visage, la sueur, et le relâchement de la mâchoire.
Les vomissements sont calmés par une injection de 5 gouttes de chlorhydrate de morphine.
1 heure 1/2. — On injecte 11 gouttes d'ésérine.
3 heures 1/2. ■ — Id.
Les vomissements recommencent. Les jambes sont très-difficiles à mettre dans l'extension, et les tentatives amènent une série de secousses générales violentes.
b heures 1/2. — Injection de 11 gouttes. Le pouls devient tumultueux après l'injection.
8 heures. — Les vomissements n'ont pas cessé depuis la dernière injection. On injecte 8 gouttes seulement. .
10 heures. — Vomissements continuels. La malade refuse l'injection.
Pendant cette journée, il y a 4 à 5 petits accès de contracture. Temp., ST-'S; soir, 37°7. Pouls, 116.
Le 26. — La malade demande qu'on reprenne les injections d'ésérine.
8 heures. — Injection de 10 gouttes. L'amélioration est de courte durée. Temp., 38°. Pouls, 120.
Les crises deviennent plus fréquentes.
11 heures. — Sur la demande de la malade on injecte de nouveau 10 gouttes. Le bénéfice de cette injection dure dix minutes.
1 heure. — Crise violente. La malade meurt pendant qu'on va prévenir l'interne de garde.
Autopsie. — Faite 36 heures après la mort.
Le cerveau ne présente qu'un peu de congestion.
Les méninges cérébro-rachidiennes sont injectées.
La moelle, notablement injectée, paraît ramollie dans la région cervicale.
L'examen histologique n'a pas été fait.
Forme subaiguë ou chronique terminée par la guérison.
Obsekvation X
Recueillie par M. Ceccaldi. — Petit ulcère variqueux. Tétanos subaigu. Guérison.
Le nommé David (Jean), âgé de 38 ans, mégissier, entre à l'hôpital Saint-Antoine, salle Saint-Louis, n° 55, dans le service de M. Duplay, le 3 août 1872.
Cet homme, d'une très-bonne constitution, quoique trèsrhumatisant, présente un ulcère variqueux situé entre le tendon d'Achille et la malléole interne du côté droit.
Comme cet ulcère était peu profond et d'une faible étendue, ie malade fut pansé avec des bandelettes de diachylon, et soumis au repos au lit.
Toutefois, comme il arrive souvent en pareil cas, il se leva, parait-il, plusieurs jours de suite, et dans la matinée du 12 août, il aurait pris froid et eu quelques légers frissons.
En outre, depuis deux ou trois jours il aurait éprouvé une certaine gêne dans les mouvements de la mâchoire; il n'y fait pas grande attention.
13 août. — A la visite du matin, on constate les signes d'un tétanos semblant marcher avec rapidité, et caractérisé à ce momoment par du trismus, de la contracture des muscles de la nuque et une certaine raideur dans ceux des parois thoraciques. Le pouls est à 92. La respiration est anxieuse. Pendant l'examen, le malade est pris d'rm violent accès de contracture, et dit en avoir eu plusieurs autres semblables pendant la nuit. Injection sous-cutanée avec 0 gr. 02 de chlorhydrate de morphine.
Visite du soir. — Le trismus est moins marqué, le malade montre plus facilement sa langue; pas de rictus; renversement de la tête et du cou en arrière; contracture des muscles de la partie supérieure du tronc. Le thorax est immobile, la respiration purement abdominale est pénible, en raison de la contracture manifeste des muscles droits de l'abdomen. La raideur musculaire envahit les muscles inférieurs. Les "lembres supé' rieurs sont libres. La peau est chaude, couverte de sueur.
On fait une nouvelle injection de morphine de 0 gr. 02. On en fera deux semblables pendant la nuit. Bain de vapeur. Thé chaud au rhum.
Le 14. — Le malade va mieux. Il peut remuer la tête et s'asseoir sur son lit; toutefois, le trismus et la contraction des muscles du cou persistent. Il en est de même de celles des muscles droits de l'abdomen. Mais les, mejubres inférieurs sont
presque libres. Le malade a uriné facilement. Pas de garde robes depuis le début de la maladie. Le bain de vapeur a provoqué une transpiration très-abondante qui dure encore. Peau chaude. Pouls, 120. Temp. axil 38''8. Resp., 28.
Injection sous-cutanée toutes les 3 heures. Bain de vapeur. Thé au rhum,
Lelo. — Lesaccidents se sont encore amendés depuis hier. Le malade est affaissé, somnolent. On suspend les injections de morphine. Le reste de la prescription est maintenu. P. 92. Temp. ZTS. Resp. 22. On analyse les urines. Voici le résultat de cette analyse : Densité 40,16. • — Réaction acide, — Sédiments 0. — Matières étrangères 0. — Urée 29 gr. 513 par litre. — Chlore des chlorures 3 gr. 974 par litre. — Chlorure de sodium 8gr. 613 par litre.
Le 16. — La raideur du cou, du dos, des muscles de la mâchoire et des droits de l'abdomen, tend à s'accentuer de nouveau. Rire sardonique. Le malade a un accès de contracture pendant la visite, c'est le second depuis 24 heures. Pouls 96. Temp. 39°6. Resp. 24.
On donne une potion avec 6 grammes de chloral. Injection avec 0 gr. 02 de chlorhydrate de morphine. Bain d'air chaud.
Soir. Le malade semble sommeiller; il a un peu de subdelirimn, La peau est chaude et sèche. Pouls 120, Temp. 40°. Resp. 28.
Le 17, — La nuit a été agitée, ce matin il y a plus de calme. Les accès tétaniques, fort douloureux, se montrent encore, quoique moins fréquents. Moins de raideur dans les muscles de la mâchoire, du cou et du dos. Rire sardonique aussi prononcé. Pouls 100. Temp. 38°7. Resp. 24.
Potion avec 10 grammes de chloral, il est injecté en plusieurs fois 0 gr, 08 de chlorhydrate de morphine.
Soir. Pouls 108. Temp. 39" 4. Resp. 24.
L'analyse des urines donne : Densité 1010. — Réaction acide. ~ Urée 28 gr. 127 par litre. — Chlore des chlorures 5 gr.ll7 par litre. — Chlorure de sodium 7 gr. 835 par litre.
Le 18. — Le malade a eupendantla nuit un délire violent, il
est calme ce matin, et son état s'est sensiblement amélioré. La contracture a abandonné les muscles de la mâchoire et du cou, mais elle occupe encore ceux des cuisses et les grands droits de l'abdomen. Pupilles très-resserrées. Sueur abondante. Pouls 86. Temp. 37°4. llesp. 20.
Soir. Pouls 90. Temp. 37°5. Resp. 22.
Le 19. — La contracture des muscles de l'abdomen et des membres inférieurs a augmenté. Par contre elle a encore diminué dans ceux du cou et de la mâchoire. Le malade a encore des accès, mais plus rares, plus courts, et bien moins douloureux que ceux des jours précédents. Bâillements fréquents. Respiration laborieuse. Rétention d'urine. Constipation. On pratique le cathétérisme, et on prescrit un lavement.
Le corps présente une éruption survenue pendant la nuit, et ressemblant à de l'urticaire. Pouls 96. ïemp. 36°9. Resp. 32.
Potion avec 4 gr. de chloral. Injections sous-cutanées de morphine. Bains d'air chaud.
Soir. L'éruption a complètement disparu. Nouveau cathétérisme. Pouls 90. Temp. 37o8. Resp. 28.
L'urine analysée fournit : Densité 1038. — Réaction acide.
— Urée 29 gr. 647 par litre. — Chlore des chlorures 5 gr. 942.
— Chlorure de sodium 9 gr. 792.
Le 20. — Calme. Le malade a rejeté quelques crachats sanguinolents. Rien à l'auscultation du thorax. La rétention d'urine persiste. Contracture très-nette des muscles droits de l'abdomen. Pouls 80. Temp. 36''8. Resp. 24.
Potion avec 4 gr. de chloral.
Soir. Pouls 90. Temp. 37»o. Resp. 20.
Le 21. — Amélioration notable. Le malade a uriné seul.
Pouls 108. Temp. 37°9. Resp. 24. Bain d'air chaud. On cesse le chloral.
Le22. — L'amélioration continue. Pouls92. Temp. 36°9. Respiration 24. Même prescription. Analyse de l'urine du 21 au22: Quantité 578 gr. — Réaction alcaline. — Densité 1036. — Urée 18 gr. 215.
Le 23. — Excellent état,. On cesse toute médication. Urines du 22 au 23 : Quantité, 568 gr.
— Réaction alcaline.
— Densité, 1024.
— Urée, 13 gr. 146.
Urines du 23 au 24 : Quantité, 250 gr.
— Densité, 1025.
— Réaction acide.
— Urée, 8 gr. 263.
Le 25. — Pouls 82. Temp. 36'',8. Resp. 18.
Du 26 au 4 septembre. — Le malade se rétablit assez lentement. Jusqu'à ce jour il a conservé un peu de raideur dans les muscles de l'abdomen. L'ulcère de la jambe est cicatrisé.
Le 17. — Le malade sort guéri.
Observation X!
Recueillie par M. Cartaz, interne des hôpitaux. — Tétanos traumatique chronique. Guérison.
Proust (Sylvain), mécanicien, âgé de 52 ans, entre le 5 juillet 1874 à l'hôpital de la Pitié, salle Saint-Gabriel, numéro 1 ; service duD' Labbé.
Ce malade vient de tomber d'une échelle haute de trois mètres, il est apporté presque immédiatement à l'hôpital, vers les sept heures du soir.
Le pied droit est complètement renversé en dehors, à angle droit sur la jambe, ne tenant que par les attaches externes. Énorme déchirure partant de 6 centimètres au-dessus de l'interligne articulaire et descendant au-dessous de la malléole interne, le long du bord interne du pied jusqu'à la première rangée du tarse; au travers de cette plaie, le tibia luxé fait une saillie de O'°,06 à O^jO? centim. Le périoste est complètement décollé sur toute son étendue, et l'extrémité articulaire est partagée eu deux par une fracture portant sur la partie interne. La malléole interne a été arrachée. Déchirure des tendons. Les
extenseurs sont conservés à l'exception de ceux du gros orteil qui sont déchirés. On ne sent pas les battements de la pédieuse.
Hémorrhagie en nappe, partant du fond de la plaie.
Appelé comme interne de garde, je cherche en vain à réduire le tibia, et à replacer le membre dans sa situation normale. Ne pouvant y parvenir, je détache, au moyen du détachelendons, le périoste sur toute la surface saillante de l'os, et je résèque avec la scie à chaîne les 7 centim, qui font saillie. Je débride légèrement en haut pour essayer de trouver le vaisseau, source de l'hémorrhagie : le sang sort en nappe et s'arrête facilement par .'e tamponnement. J'applique alors le pansement ouaté, en immobilisant le pied au moyen d'une attelle coudée en fil de fer, placée après les premières couches d'ouate. Je fais remonter le bandage jusqu'à la partie moyenne de la cuisse.
6 juillet. — T. 39°,2. — Soir, T. 39°.
Le 8, T. 38", 3. — Soir, T. 390,2. Le bandage commence à donner de l'odeur; le malade mange peu. Il n'y a pas de douleurs.
Le 9, T. 38°,8. — Soir, T. 39° \ .
Le 10, T. 38°, 3. — Soir, T. 40°, 2. Malgré l'odeur assez forte que répand le bandage, on se décide à le maintenir quand même. Il n'y a, en effet, rien de particulier du côté du membre inférieur qu'un peu d'adénite inguinale. — Pas de douleurs abdominales. Langue un peu sèche. Pas de frissons.
Le M, T. 40°, 2. — Soir, T. 39°, 4. Pas de frissons. Peau sèche. Le bandage est m.aintenu. 0,50 sulfate de quinine.
Le 12, T. '50°. — Soir, T. 39°, 3. Le malade reprend un peu d'appétit, mais la langue est toujours sèche. Pas de frissons, ni de diarrhée. Pas de douleur à la pression du foie.
îe i4, T, 39°, 3. — Soir, T. 40°.
Le 1 5, T. 38'',4. — Soir, T. 39°, 1 .
Le 16, T. 39'',2.— Soir, T. 39o,l . Même état général, un peu affaissé; mais conservation de l'appétit. Sommeil assez tran-
quille. Pas de frissons, pas de douleurs dans le membre. L'odeur du bandage est moins pénétrante.
Le a, T. 38°,3. — Soir, T. 40°, !.
Le 18, T- 38°, 1 . — Soir, T. 40°. Ces chiffres font craindre quelque complication du côté de la plaie; mais comme l'état général est relativement satisfaisant, on ne veut pas enlever l'appareil.
Le 19, T. SB",!. — Soir, T. 39°.6. Un peu de constipation depuis deux jours. Eau de Sedlitz.
Le 20, T. 38». — Soir, T. 38», 3.
Le 21, T. 31%^i.— Soir, T. 38%1.
Le 22, T. 37%4. — Soir, 38»,3.
Le 23, T. 38°,2. — Soir, T. 39»,'! .
Peu d'appétit.
Le 24, T., 38<"l. Ce matin on constate un peu de trismus. Les mâchoires ne peuvent pas s'écarter de plus de 0'",03 centim. le malade n'a pas éprouvé de crampes ni de lancées douloureuses le long de la jambe. La croisée est restée ouverte dans la nuit près de son lit, il ne se plaint cependant pas d'avoir eu froid.
Pas d'apisthotonos. La respiration est libre. A mangé encore ce matin avec assez d'appétit.
Potion avec 10 gr. de chloral.
Soir. T. 39», 3. — Moins de resserrement des mâchoires. La potion a été prise en entier ; le malade a mangé un peu. Injection sous-cutanée de 25 milligrammes dans la cuisse droite (chlorhydrate de morphine). Pour la nuit : 5 pilules de o centigrammes chaque d'extrait d'opium.
Le 25, T. 40°, 1, Le malade est calme, n'a pas éprouvé de secousses convulsives. Figure un peu colorée, congestionnée. Trismus aussi prononcé qu'hier malin, mais n'a pas augmenté. Le malade semble y prêter moins d'attention. Pas d'opisthotonos. 1 0 gr. de chloral.
Soir. T. 40», 2. Trismus égal à celui de ce matin. Le malade se réveille au moment où je l'examine; le regard est hébété, la parole hésitante, comme chez un homme ivre. Les 10 gr. de
chloral ont été ingérés. Pas de secousses convulsives ni de crampes douloureuses dans le membre inférieur. Il y a un peu de raideur des muscles de la nuque. 2'= potion de 10 gr. de chloral. L'urine, examinée, est jaune rouge, claire, sans dépôt; le malade a rendu dans la journée et la nuit 1 1 00 gr. d'urine ; le dosage de l'urée donne une proportion de 15 gr. par litre, soit \ 6 gr. 50 pour les 24 heures.
Le 26. — P. 105. T. 37, i (température rectale prise avec deux thermomètres différents pour vérifier s'il n'y avait pas erreur). Le malade a fini de prendre sa potion dans la nuit, soit 20 grammes de chloral hier. La nuit a été très-calme. Ce matin il ouvre la bouche plus facilement et la roideur de la nuque s'est dissipée. Etat de somnolence presque continuelle sous l'influence de l'ivresse chloralique.
Même dose de chloral, 20 gr. pour les 24 heures.
Soir. — P., 116. T., 39,1. R., 36. Quand je le vois à 6 heures, le malade sommeille assez profondément pour que les explorations de température puissent être faites sans le réveiller.
Pas de refroidissement périphérique. Pas de sudations. Urine jaune clair sans albumine.
Le bandage ouaté laissant couler un peu de pus à la racine du membre, j'ajoute un fort paquet d'ouate que je serre pardessus le premier bandage.
Le 27. — P., 124. T., 38». R., 40. Dans un état complet d'ivresse. Sommeil presque continu; trismus moins prononcé; pas de secousses convulsives.
Rétrécissement très-marqué des deux pupilles.
Soir. — P., 124. T. 39°. R., 40. 10 grammes de chloral dans les 24 heures.
Le 28. — T., 38,3; soir, p., 124. T., 38,4. R., 36. Ivresse complète ; le malade n'a cependant pas pris de chloral aujourd'hui. Pas de dysphagie. Pas de convulsions thoraciques. Pas de roideur dans les muscles de la nuque. Râles fins aux deux bases des poumons.
Le29. — P., 112. T., 38,1. R., 28. Toujours un peu de trisnms. Le malade se plaint de douleurs gravatives dans la
jambe, mais il n'a éprouvé ni crampes ni secousses tétaniques. Pas d'administration de chloral.
Soir. — P., 124. T., 38,2. R., 32. Urine rouge jaune sans dépôt ni albumine.
Le 30. — P., 96. T., 38". R., 28. Le malade est complètement remis de son ivresse chloralique. Toujours un peu de trismus. Deux selles ce matin sous l'influence d'un peu d'huile de ricin.
Soir. — 38,2. Pas de chloral. Aucun médicament.
Le 31. — P., 84. T., 38,3. R., 26. Même état de resserrement des mâchoires. Il s'y joint un peu d'opisthotonos. On lui fait une injection de 5 centigrammes de chlorhydrate de morphine dans les muscles du cou.
Soîf. — P., 104. T., 38,3. R., 28.
\<" août. — P., 84. T., 38,3. R., 26. Trismus un peu plus marqué. Opistliotonos également plus accentué. Pas de secousses convulsives. Pas de crampes dans les membres inférieurs.
Soir. — P., 96. T., 39°. R., 28. On fait dans la journée deux injections de 4 centigrammes chaque de chlorhydrate de morphine.
Le 2. — P., 92. T., 38,2. R,, 28. Le trismus parait un peu moins accentué. Injection de 8 centigrammes comme hier. Soir. — P., 104. T., 39,2. R., 28.
Le 3. — P., 92. T., 38,2. R., 28. Pas de dysphagie. Même trismus. Pleurosthotonos La tête est renversée sur le côté gauche et ne peut être redressée.
Soir. — P., 108. T., 39°. R., 32. Le malade boit devant moi sans avoir de spasmes. Toujours même pleurosthotonos avec léger opisthotonos. Injection de 10 centigrammes.
Le 4. — P., 108. T., .37,4. R., 28. Même état de la contracture. Injection de 5 centigrammes le matin. Deuxième injection dans la journée.
Soir. — 39,1 . J'enlève le bandage ouaté, je trouve un vaste décollement à la partie postérieure de la jambe, avec un foyer
contenant environ 200 grammes de pus jaune, bien lié, sans grande odeur.
Le pied est à angle droit sur la jambe dans une position parfaite.
Bourgeons granuleux au niveau de la plaie tibio-tarsîenne, recouvrant tout le fond de l'anfractuosité. J'ouvre le foyer de haut en bas sur la face interne de la jambe, déterge avec soin, lave à l'alcool camphré, et j'applique un appareil plâtré formant attelle au niveau de la jambe et gouttière au niveau du pied et de la cuisse.
Pendant ce pansement, sudations abondantes. Pas de crampes dans le membre inférieur.
L'opisthotonos parait un peu peu plus accusé.
Temp. prise à 8 heures du soir, 39,4.
Le 5. — P., 108. T., 37,4. R., 28. Moins de trismus et de pleurosthotonos. Le malade a déliré un peu cette nuit.
Soir. — P., 108. T., 38,4. R., 24. Malade calme. Pas de délire. Pas de douleurs du côté de la jambe. Moins de pleurosthotonos. On peut lui remuer la tête, mais les mouvements volontaires sont encore difficiles. La bouche s'ouvre bien. Aujourd'hui, une seule injection de 5 centigrammes.
Le 6. — P. M 6. T. 38o,3. R. 32. Le trismus existe à peine. Le malade mange avec un peu d'appétit. Plaie en bon état.
Soir. P. 116. T. 39o, R. 28. Plus de trismus; plus d'opisthotonos. Mouvements de la tète parfaitement libres.
Urine jaune rouge contenant 14 gram. 50 d'urée par litre. Le malade a rendu dans les 24 heures 950 grammes d'urine. Pas de dépôt; pas d'albumine ; pas de sucre.
Le 8. — P. 100. T. 38o,4.R. 24.
Soir. P. 104. T. 39o.
Le 9. — T. 38o,4. Plus d'accidents tétaniques. Soir. T. 38o,4.
Le 10. T. 39o,2. Soir. T. 39a,l. Le foyer purulent se vide mal. On évide l'appareil plâtré, et on fait une compression lé^ gère en arrière de la jambe.
Le 11. T. 380,3. Soir. T. 39o,l.
Le 14-, absolument rien comme accidents tétaniques. Le malade peut être considéré comme guéri à ce point de vue. Du reste, sa plaie nécessitant encore un séjour prolongé à l'hôpital , on pourra juger parfaitement de la stabilité de la guérison.
Sorti le 24 décembre.
Forme spontanée.
Observation XII
Recueillie par M. Foucart, interne des hôpitaux. — Tétatios spontané. Mort.
Le nommé Tercy (Charles), âgé de 22 ans, jardinier, entre le il septembre 1871, salle Saint-Ferdinand, no 1, à l'hôpital Necker, service de M. Delpech.
Cet homme est venu à !a consultation à pied. Il est malade depuis le jeudi 7 septembre, jour où il fut pris, le matin en se levant, de frissons qui furent suivis de raideur de la face, de dysphagie, de géne dans l'articulation des mots. Il a pu cependant manger jusqu'au samedi inclusivement. Mais il n'a pu le faire le dimanche. 11 n'éprouvait, du reste, aucune douleur, et n'avait que de la raideur dans les muscles de la face, de la mâchoire et de la nuque.
Lundi, même état; le cou devient plus raide.
12 septembre. — Ce matin, trismus incomplet, opislhotonos. Les cuisses ne peuvent être fléchies sur le bassin.
Le malade ne présente aucune plaie; il n'a été soumis à aucun traumatisme.
Il y a une semaine, le mardi 5 septembre, il est allé dans un bal, il en est sorti à plusieurs reprises le corps en sueur, et en dernier lieu pour retourner chez lui. Pendant le trajet, il eut à souffrir du froid.