‹ Pathogénie, marche, terminaisons du tétanosChapitre 9 sur 11 · OBSERVATIONS · texte numérisé non relu

OBSERVATIONS

Les documents publiés sur le tétanos sont innombrables. Je n'ai pas voulu reproduire ici d'observations déjà publiées, car, parmi tant de matériaux intéressants à divers titres, le choix eût été impossible. J'ai cependant fait une exception en faveur des faits que j'ai recueillis, et dans lesquels j'ai puisé une partie des notions précédemment exposées. Un grand nombre d'autres, qui m'ont également servi, se trouvent dans les journaux ou les recueils scientifiques, et notamment dans d'excellentes thèses présentées à la Faculté de médecine, et que j'ai citées en partie: Laurent, Soubise (1870), Budin, Leclerc, Guichard (1872), Gontier. Lardier (1874), etc.

Aux observations qui me sont personnelles, j'en ai joint plusieurs inédites, que je dois à l'obligeance de mes collègues Cartaz, Carpentier-Méricourt, Levrat, Ceccaldi et Foucart. Tous les types que j'ai décrits plus haut ne se retrouvent pas dans cette collection peu nombreuse ; mais les principales formes, celles

que nous voyons le plus souvent en France, y sont représentées avec les causes, la marche, l'issue que je leur ai assignées dans ce travail.

OBSERVATIONS PERSONNELLES, Forme subaiguë terminée par la guérison.

Observation 1

Tétanos traumatique guéri par le chloral.

Le nommé Paul Leclerc, journalier, âgé de 20 ans, entre à l'hôpital Lariboisière, salle Saint-Louis, n" 11, dans le service de M. Verncuil, le 29 janvier 1870.

Ce malade, il y a quinze jours, eut le doigt écrasé dans une porte. Il habite à Paris, dans une chambre hunide.

Pendant huit jours, il continua à travailler, sans s'inquiéter de son mal, et c'est au bout de ces huit jours seulement qu'il sentit un peu de roideur dans la mâchoire. 11 n'y fit pas d'abord grande attention ; mais le 25 janvier, le trismus devint assez fort pour gêner la mastication, et le 29, il se décide à entrer à l'hôpital.

Etat actuel. — C'est un garçon robuste, bien portant d'ailleurs. L'extrémité du médius de la main droite a été écrasée, mais la plaie est en voie de cicatrisation, et très-peu douloureuse à la pression. Le trismus est déjà assez fort, mais n'empêche pas complètement l'introduction des liquides; les mâ choires peuvent être écartées de quelques millim-ètres. Aucune contraction dans le reste du corps, sauf à la nuque, qui est le siège d'une douleur modérée. Aucune dysphagie, aucune gêne de la respiration. La face est comme bouffie, les yeux à demi fermés par la contracture des orbiculaires; rire sardonique. Temp. 36°, 2.

La contracture durant déjà depuis huit jours, et ne s'étant pas généralisée; de plus, la déglutition et la respiration étant libres, on pense avoir affaire à un tétanos à forme lente, et on conserve quelque espoir de guérison.

Le 29 au soir, on institue le traitement : on couvre le malade pour provoquer la sueur, et on prescrit l'opium {vingt centigrammes dans la nuit). Temp. 37°, 6.

Le 30, potion avec huit grammes de bromure de potassium et trois injections de un centigramme de chlorhydrate de morphine à la nuque. Temp. 37° (matin), 37°, 7 (soir).

Le 31, nouvelle potion semblable, injections plus fréquentes. La contracture apparaît dans les muscles abdominaux et les adducteurs de la cuisse. Il y a un peu de difficulté à uriner. Mêmes douleurs cervicales. Temp. 37".

L'urine, retirée par le cathétérisme, se montre chargée d'urates, mais sans trace de sucre ni d'albumine. Temp. 37°, 6 (soir).

Le 1" février. — Le trismus n'a pas augmenté. La respiration et la déglutition sont toujours libres; mais la contracture des adducteurs a augmenté, l'abdomen est très-dur. et il y a quelques spasmes toniques. De plus, le malade se plaint de douleurs très-violentes et continues dans les aines, qui l'ont empêché de dormir, et lui font jeter des cris.

On continue les moyens propres à provoquer la sueur, ainsi que les injections de morphine; on supprime le bromure de potassium, et on prescrit une potion avec quatre grammes de chloral à prendre dans les 24 heures.

Une injection de morphine {un centigr.) est faite dès le matin, et un quart de la potion, soit ««gramme de chloral, est administré en même temps.

Au bout de 10 minutes, n'entendant plus le malade pousser des cris de douleur, on revient à son lit et on le trouve endormi d'un profond sommeil, dont les secousses ne peuvent le tirer. La respiration est ample, silencieuse, le pouls est calme et de force moyenne. En écartant les mâchoires, on les trouve

notablement moins serrées, la tête est moins renversée en arrière. Temp. ST^T.

A 1 heure de l'après-midi, le malade dort toujours profondément. La contracture des adducteurs a cessé, on fléchit facilement la tête, l'abdomen est à peine tendu. En touchant celui-ci avec la main très-froide, on réveille légèrement le malade, et on détermine un spasme peu intense (opisthotonos) qui cesse aussitôt; le malade retombe dans son assoupissement. On ne fait pas de nouvelle injection de morphine.

A 6 heures du soir, on retrouve le malade réveillé, encore un peu somnolent, mais sans aucune douleur. Il ouvre luimême la bouche plus facilement que le jour de son entrée. La contracture des adducteurs est à peu près ce qu'elle était ce matin. On l'a réveillé dans la journée pour lui offrir du bouillon et du potage, qu'il a pris facilement et avec plaisir. Etat moral excellent. Temp. 38°.

La potion de quatre grammes ayant été achevée à 6 heures du soir, on en prescrit une nouvelle avec deux grammes de chloral pour la nuit. Elle est commencée à 8 heures du soir; aussitôt le malade s'endort profondément. A 5 heures il se réveille, avec des douleurs très-violentes dans les aines.

Le 2. — A la visite du matin, spasmes répétés et douleurs très-vives. Abdomen très-dur, muscles adducteurs violemment contractés. La nuque est beaucoup moins libre qu'hier dans la journée. Rien dans les membres supérieurs, ni dans les muscles thoraciques.

On fait immédiatement une double injection de morphine dans les deux aines (deux centigrammes), puis on attend trois quarts d'heure, afin d'observer séparément les deux médicaments. Les spasmes et les douleurs continuent, sans aucune amélioration. Au bout de trois quarts d'heure on donne un gramme de chloral (potion avec six grammes pour les 24 heures), et, dix minutes après, le malade dort profondément. Un nouvel examen pendant le sommeil montre que les mâchoires s'écarterit mieux, que l'abdomen est positivement plus souple, et que les adducteurs sont complètement relâchés. Temp. 37°, 8.

Le malade continue à dormir jusqu'à 2 heures de l'aprèsmidi. Puis il se réveille et prend un potage avec appétit. A 5 heures 1/2 du so!r, il est toujours calme; la contracture est presque entièrement revenue, mais sans spasmes ni douleurs. Temp. 38,8.

La potion avec six grammes de chloral étant épuisée, on prescrit de nouveau deux grammes pour la nuit.

Le visite du matin. — Le malade est réveillé depuis 7 heures du matin ; il ne souffre pas, et se trouve dans le même état de relâchement qu'hier pendant le sommeil. Les spasmes sont rares et peu douloureux.

Une double injection de morphine dans les aines détermine un spasme assez fon, Temp. 39° (élévation notable de la température depuis hier).

Dans la journée, étant toujours sous l'influence du chloral (potion avec dix grammes), il se réveille de temps en temps, et prend son potage et même un peu de viande avec plaisir. La résolution relative de ce matin continue.

Soir, temp. 38°, 2. — On ne fait pas de nouvelle injection de morphine, afin de ne pas provoquer de spasmes.

Le 4. — Etat moins satisfaisant. Les muscles ne sont pas beaucoup plus contractés, mais il se plaint de nouveau de douleurs très-vives dans les aines, et de plus, d'une douleur épigastrique violente. Il n'a pas été à la selle depuis son entrée. La miction est impossible; cependant, par le cathétérisme, on ne trouve pas d'obstacle spasmodique. Temp. 38°, 6.

Prescription : trois cuillerées à café d'huile de ricin; trois injections de morphine dans les 12 heures, en augmentant les doses; six grammes seulement de chloral dans deux cent cinquante grammes d'eau au lieu de cent vingt, afin de ne pas irriter l'estomac.

5 heures 1/2 du soir. — L'huile de ricin n'a produit aucun effet. Le malade a continué à souffrir jusqu'à 3 heures, en poussant des gémissements. On a commencé alors la potion, et dès la première cuillerée, le sommeil est arrivé. Actuellement, il dort profondément et les muscles sont plus relâchés

Page 1