‹ Pathologie chirurgicale. Plan et méthode qu'il convient de suivre dans l'enseignement de cette science. Thèse présentée le 20 mars 1831 au Concours pour la Chaire de Pathologie externe près la Faculté de médecine de ParisChapitre 10 sur 17 · PLANCHE II · texte numérisé non relu

PLANCHE II

Dilatation variqueuse des artères iliaques. (Observée sur le cadavre d'un homme d'une forte complexion , et âgé d'environ soixante ans. Pavillon de Béclard, 1816.)

L'aorte abdominale est très-large, souple, molle, d'une couleur plus blanche que dans l'état ordinaire. Les artères iliaques primitives et les deux branches qui naissent de leur division ( l'hypogastrique et l'iliaque externe) offrent un volume remarquable et de nombreuses flexuosités qui leur donnent quelque ressemblance avec les circonvolutions de l'intestin grêle. F/arlère iliaque gauche a, dans quelques points de son étendue, plus de largeur que le tronc de l'aorte abdominale dont elle provient. Leurs parois sont molles, flasques, affaissées sur elles-mêmes, excepté dans quelques endroits. Ces vaisseaux offrent des dilatations nombreuses qui forment autant de bosses ou de saillies irrégulières , rapprochées les unes des autres , et séparées par des excavations. Celles-ci dépendent , les unes de l'affaissement des parois de l'arlèrc dilatée qui est vide, les autres des parties de ces mêmes parois qui semblent avoir conservé leur texture et leur apparence naturelle. Cette altération cesse peu à peu dans les branches secondaires des vaisseaux iliaques internes et externes ; les artères fémorales, par exemple , sont dans leur état normal à partir d'un demi-pouce au-dessous de l'arcade fémorale.

• Les artères iliaques non-seulement sont dilatées , mais elles sont aussi très-sensiblement allongées ; aussi forment-elles des sinuosités en se reployant sur ellesmêmes , comme cela s'observe pour les veines devenues variqueuses. Les trois tuniques artérielles sont d'une couleur blanche anormale. La tunique moyenne, iiu niveau des dilatations, a perdu sa teinte jaunâtre, ses fibres circulaires sont bien moins distinctes ; elle ressemble dans beaucoup d'endroits à une lame mince de fibro-cartilage , souple et très-élastique dans le sens de son épaisseur.

Les parois artérielles ne semblent pas avoir perdu sensiblement de leur épaisseur

au niveau des dilatations ; seulement elles s'affaissent, parce qu'elles sont plus minces relativement aux diamètres doublés ou triplés des artères dans les points malades.

1N° 1. Fin de l'aorte abdominale.— 2. Artère mésentérique inférieure. — 3. Artère iliaque primitive gauche. — 4. Artère iliaque primitive droite. — 5. Artère iliaque externe, et — 6. artère iliaque interne gauches. — 7. Artère iliaque externe, et — 8. artère iliaque interne droites. —9,9,9. Excavations séparant — 10, 10, 10. les dilatations des artères précédentes.

Tumeur alhéromateuse oblitérant la moitié du calibre de V artère sous-clavière droite , au niveau de la première côte. L'artère est représentée fendue longitudinalement , ainsi que la tumeur, (Observée sur le cadavre d'un homme âgé d'environ cinquante ans. Pavillon de l'Ecole-Praiique , 1815. )

A l'extérieur , l'artère n'offrait aucun changement visible dans son calibre , sa couleur ni son organisation , au niveau de la tumeur qui saillait seulement dans sn cavité. Cette tumeur, longue de six lignes, embrassait, dans le sens de sa largeur, la moitié du diamètre de l'artère , dont la cavité , dans une coupe transversale , paraissait oblongue. La membrane interne saine couvrait la tumeur, qui était formée de couches superposées d'une matière jaunâtre , granuleuse , très- friable. Les fibres circulaires de la tunique moyenne avaient disparu au niveau de la tumeur, qui se trouvait ainsi renfermée entre la tunique celluleuse et la membrane interne.

1. Extrémité interne, et — 2. extrémité externe de l'artère. — 3, 3. Cavité de l'artère ayant conservé son diamètre naturel, — 4. Cavité artérielle rétrécie par — 5. lu tumeur athéromateuse.

Elle représente la coupe transversale de l'artère précédente au niveau de la tumeur.

N° 1. La tumeur, — 2. Portion des parois de l'artère qui ont conserve leur épaisseur naturelle. — 3. La cavité de l'artère.

Anévrysme vrai de l'aorte abdominale. Formation d'un canal central dans le caillot pour le passage du sang. La tumeur est vue par sa face antérieure. (Observée sur le cadavre d'une femme, âgée d'environ soixante-dix ans. Pavillon d'anatomie de Béclard , 1816.)

La tumeur existe à la partie inférieure de l'aorte, immédiatement au-dessus de sa bifurcation; elle est oblongue, inégale, bosselée, et assez lisse à sa surface qui présente, à gauche, une large tache noire , formée par du sang ecchymosé dans la tu-

9^ PATHOLOGIE CHIRUEGTCALE.

nique celluleuse. Celle-ci , bien que dilatée, conserve néanmoins une épaisseur assez considérable. La tunique moyenne est également dilatée et amincie : on peut distinguer ses fibres circulaires sur toute l'étendue de la tumeur ; seulement elles sont très-fines et écartées. On ne peut suivre la membrane interne que jusqu'à quelques lignes sur l'endroit où l'artère commence à se dilater .La cavité de l'anévrysnie est remplie de couches superposées de fibrine d'une couleur grisâtre, qui deviennent rouges de plus en plus, à mesure qu'elles s'approchent du centre delà tumeur et sont d'une formation plus récente. On trouve, au centre de ces concrétions fibrineuses, un canal artificiel dans lequel passait la colonne de sang. Ce canal est légèrement flexueux , rétréci à son miheu , et se bifurque à sa partie inférieure pour se continuer avec la cavité des artères iliaques primitives. Les parois de ce canal sont revêtues d'une membrane formée d'une couche très-mince de fibrine, facile à déchirer. La fibrine offre dans plusieurs points de son étendue un ramollissement qui la fait ressembler à de la substance cérébrale qui aurait été soumise à la coctinn. Ce ramollissement de la fibrine se remarque spécialement à la partie gauche de la tumeur, et le sang du canal central s'est infiltré à travers cette substance pulpeuse, pour venir former l'ecchymose qu'on aperçoit à l'extérieur. Les couches de fibrine sont beaucoup plus épaisses en devant qu'en arrière du canal central , aussi ce dernier est-il plus rapproché de la paroi postérieure que de la paroi antérieure de l'artère dilatée.

Les autres parties de l'aorte présentaient quelques ossifications et plusieurs pustules , formées par une matière fluide, blanchâtre, crétacée, qui soulevait la membrane interne.

N° 1. L'aorte abdominale. — 2. Artère iliaque primitive gauche. — 3. Artère iliaque primitive droite. — 4. Artère mésentérique inférieure. — 5. La tumeur. — 6. Ecchymose qu'on observe à la partie centrale gauche.

Elle représente la tumeur précédente, vue par le côté gauche. La tunique celluleuse a été fendue longitudinalement au niveau de l'ecchymose, puis disséquée et écartée de la tunique moyenne.

Les N°' 1 , 2 , 3 , 4 , 5 , indiquent les mêmes objets que dans la figure précédente. — 6 , 6. La tunique celluleuse détachée et renversée. — 7. Portion ecchymosée de la tunique précédente. — 8,8. Les fibres circulaires de la tunique moyenne , formant la seconde enveloppe de la tumeur.

Elle représente la même tumeur, fendue longitudinalement dans toute son épaisseur jusqu'au canal central du caillot. Les couches de fibrine incisées , ont été renversées avec les tuniques artérielles , afin de mettre à découvert ce canal.

PATHOLOGIE CHIRURGICALE. g3

Les N°M , 2 , 3 , 4 , Indiquent les mêmes objets que dans la figure 4. — , 5. Parois de la tumeur et couches de fibrine incisées longiludinalement et renversées en dehors. 6. Le canal central. — 7, .5. Bifurcation inférieure du canal précédent. —

8. Couche de fibrine ramollie, infiltrée de sang, et s'étendant du canal central à l'ecchymose extérieure.

Anévrysme de V artère poplitée droite , guéri par l'opération. Rétablissement de la circulation par la dilatation des collatérales. (Pièce disséquée en 18L5, avec M. Pellelan père > qui , en 1780 , avait pratiqué l'opération par la ligature de l'artère immédiatement au-dessus de la tumeur.)

N° 1 . Le fémur coupé à son tiers inférieur. — 2. Partie postérieure du condyle interne du fémur. — 3. Partie postérieure du condyle interne du même os. — 4. Le péroné. — 5. Le tibia. — 6. Portion du ligament inter-osseux. — 7. Ligament latéral externe de l'articulation du genou. — 8. Extrémité supérieure de l'artère poplitée. — 9 à . 10. Portion de l'artère poplitée où existait l'anévrysme , changée en un long cordon fibreux , plein et blanchâtre. Le cordon fibreux qui prolongeait l'artère à l'endroit où avait existé l'anévrysme était continu , et nous ne pûmes y apercevoir aucune trace qui indiquât l'endroit où l'artère avait dû être coupée par l'action delà ligature. — 11, 11. Artères articulaires supérieures externes. — 12. Artère articulaire inférieure externe , s'anastomosant avec les précédentes. — 13, 13, 13. Artères articulaires supérieures internes, fortement dilatées. — 14, 14. Artère articulaire inférieure interne , s'anastomosant avec les précédentes , et portant à l'artère poplitée le sang qu'elle en recevait. — 15. Branche dilatée de l'artère tibiale postérieure, anastomosée avec une des artères articulaires supérieui?es internes. — 16. Artère tibiale postérieure. — 17. Artère péronnière. — 18. Artère tibiale antérieure , traversant l'ouverture du ligament inter-osseux.

Anévrysme de la crosse de l'aorte, renfermant trois couches bien distinctes de fibrine ; les plus anciennement formées étant au centre et les dernières épanchées se trouvant à l'extérieur de la tumeur.

Celle observation d'Anatomie pathologique a été faite sur un marchand forain , âgé de quarante-six ans , d'une assez bonne constitution , qui entra à l'hospice de Perfectionnement en 1818, et y mourut environ six semaines après son entrée. Il y avait trois ans que sa maladie avait commencé : après être restée stationnaire assez long-temps , la tumeur avait pris un accroissement subit , qui avait déterminé le malade à entrer a l'hospice. Deux jours avant la mort du malade, la tumeur prit de nouveau un tel accroissement, qu'elle nous sembla doublée de volume du jour au

g4 PATHOLOGIE CHIRURGICALE.

lendemain. Je fis l'ouverture du cadavre avec Béclard , et voici ce que nous observâmes. La tumeur à l'extérieur, arrondie, très-saillante, occupait toute la partie supérieure droite de la poitrine et remontait jusqu'au-dessus de la clavicule. La peau était amincie et violacée. La tumeur avait détruit, à son niveau, les cinq côtes' supérieures droites , les cartilages de prolongement de ces côtes présentaient bien une légère érosion, mais qui n'était pas comparable à celle des côtes. La clavicule commençait à être usée par sa face inférieure. La tumeur était formée par un anévrysme de la crosse de l'aorte un peu avant la naissance de l'artère brachio-céphalique : elle comprimait le poumon, auquel elle adhérait et avait laissé transsuder du sang dans le tissu de cet organe. Elle était soutenue par un pédicule assez étroit. Fendue dans toute son épaisseur et examinée de dehors en dedans , nous pûmes constater qu'elle était formée : 1° à l'extérieur par une membrane fibro-celluleuse d'une épaisseur inégale, assez mince en général , et contenant immédiatement une couche fort épaisse de sang noir, nouvellement épanché et encore imparfaitement coagulé; 2° à sa partie moyenne par une seconde couche plus ferme que la précédente , en dedans de laquelle elle était placée , et résultant de lames superposées de fibrine d'une couleur jaune rougeâtre; 3° enfin h l'intérieur par une troisième couche de substance fibrineuse , beaucoup plus solide, plus jaune, et manifestement plus ancienne que la précédente. Cette dernière couche représentait une tumeur centrale du volume d'une petite pomme. Emboîtée par la couche moyenne , elle était creuse en dedans, et sa cavité était tapissée par une fausse membrane assez solide , plissée , couverte de franges libres et flottantes, semblables a celles que l'on observe dans l'un des estomacs des animaux ruminans. A sa partie inférieure , près du pédicule de la tumeur, cette dernière poche , et la couche moyenne de fibrine qui l'enveloppait, étaient décollées des parois internes de l'enveloppe extérieure de l'anévrysme, de sorte qu'il restait entre ces parties un passage par lequel le sang venant de l'aorte, s'était facilement épanché entre la tunique celluleuse extérieure et la couche moyenne de fibrine. La manière dont le sang a dû s'épancher successivement par ces crevasses des couches fibrineuses, pour les entourer en dehors, explique à la fois le mode de formation et l'accroissement presque subit de la tumeur à deux époques différentes.

N° 1. Crosse de l'aorte. — 2. Fin de la croSse de l'aorte. — 3. Artère brachiocéphalique. — 4. Artère sous-clavière droite. — 5. Artère carotide droite. — 6. Artère carotide gauche. — 7. Artère sous-clavière gauche. — 8,8. Enveloppe celluleuse extérieure de la tumeur. — 9. Pédicule de la tumeur. — 10. Couche de sang coagulé, nouvellement épanché. — II. Seconde couche de coagulum fibrineux. — 12. Troisième couche de fibrine. — 13. Petite cavité centrale de la couche précédente. — 14. Endroit où les deux couches internes de fibrine adhèrent à l'enveloppe extérieure de la tumeur. — 15, 15. Endroits où les deux couches précédentes

sont séparées de l'enveloppe extérieure , et par lesquels le sang s'est épanché entre elles et cette enveloppe. — 16. Parois de l'aorte incisée afin de faire voir la communication de cette artère avec le pédicule de la tumeur.

Fausse membrane organisée, développée dans la veine crurale droite, et formant un canal pour le passage du sang. ( Observée sur le cadavre d'un homme âgé de soixante et quelques années. Pavillon de l'Ecole-Pratique , 1816.)

La veine crurale, depuis la partie inférieure de la cuisse jusqu'à son passage audessous de l'arcade fémorale , était dure , comme calleuse , et offrait plusieurs rétrécissemens et dilatations successives dans les divers points de sa longueur. Entourée par un tissu lamineux , blanc, concret, elle adhérait fortement à l'artère fémorale, dont les parois étaient parsemées de plaques cartilagineuses et osseuses. Ayant été ouverte dans toute sa longueur, je pus constater : 1° que ses trois membranes, et surtout l'extérieure et la moyenne , étaient plus blanches et plus épaisses que dans leur état ordinaire; 2° que sa membrane interne pouvait être assez facilement isolée de la moyenne ; 3° que toute la cavité de la veine était tapissée par une fausse membrane, assez dense, blanchâtre, et dans l'épaisseur de laquelle rampaient des vaisseaux capillaires très fins , admirablement injectés par le sang dans quelques endroits. Cette fausse membrane commençait à se distinguer vers l'artère poplitée , et son épaisseur allait en augmentant jusqu'à la veine iliaque externe , vers la partie moyenne de laquelle elle se terminait. Assez adhérente à la membrane interne, surtout aux endroits où la veine était rétrécie, elle passait sur ses valvules, leur adhérait, s'opposait à leur abaissement, et permettait de les distinguer à travers son épaisseur. Elle représentait, en dedans de la veine, un véritable canal alternativement dilaté et rétréci et dans lequel se trouvait du sang non-coagu!é ; de sa face intorne se détachaient une foule de filamens blancs ou rougeâtres, arrondis, lisses, dapparence fibreuse, semblables aux tendons des colonnes charnues du cœur ou aux brides fibreuses que l'on observe dans plusieurs des sinus de la dure-mère. Ces filamens se croisaient dans toutes les directions; très-nombreux à la partie supérieure de la veine, ils représentaient une sorte de tissu aréolaire à travers lequel le sang avait continué de circuler; dans cette région, ils provenaient d'un cordon fibreux principal, arrondi , adhérent à la fausse membrane par l'extrémité de ces mêmes filamens. Ce gros cordon se prolongeait inférieurement, sous l'apparence d'une bride longitudinale, confondue avec la fausse membrane , jusqu'au tiers inlérieurde la veine fémorale. Les branches qui aboutissaient à celle dernière étaient dilatées , variqueuses , mais n'oUraient pas de productions membraneuses à leui? intérieur.

9b PATHOLOGIIi CHIRURGICALE.

N" 1. L'extrémité supérieure de la veine fémorale, au niveau de l'arcade crurale. — 2. Fausse membrane qu'on voit à la face interne de la veine sur sa coupe transversale. — 3, 3, 3, 3. Les parois de la veine, fendues iongitudinalement et maintenues écartées par des airigncs. — 4, 4, 4, 4. La fausse membrane adhérent à la surface interne de la veine , dont elle est en partie détachée sur les bords. — 5. La fausse membrane complètement détachée de la face interne de la veine à son extrémité inférieure. — 6,6. Portions des valvules mises à nu par la séparation de la fausse membrane qui les recouvrait. — 7,7. Autres portions de ces mêmes valvules visibles à travers la fausse membrane. — 8, 8, 8. 8. Vaisseaux capillaires de la fausse membrane. — 9. Cordon fibreux moyen, duquel partent beaucoup de filamens de même nature qui le fixent à la fausse membrane. — 10. Terminaison inférieure du cordon précédent. — 11. Faisceaux fibreux, — 12. Veine fémorale profonde. — 13. Veine musculaire.

PLANCHE ÏII.

Concrétions des veines des ligamens larges de l'utérus , observées sur le cadavre d'une femme d environ soixante ans. (Pavillon de l'Ecole-Pratique , 1814. Pièce desséchée et déposée dans le Muséum de la Faculté. )

Ces concrétions existaient dans les veines qui rampent entre les deux feuillets du ligament large et vont se rendre à la trompe utérine. Les plus volumineuses égalaient une petite noisette en grosseur, et se distinguaient à travers les parois des veines par leur couleur d'un blanc jaunâtre. Les concrétions moins grosses étaient d'une couleur rouge foncée. Ces concrétions n'offraient aucune adhérence à la face interne des veines, seulement les parois de celles-ci étaient considérablement dilatées et amincies à leur niveau. Lorsque, par la pression, on faisait refluer le sang encore fluide dans la cavité des veines, on le voyait passer facilement entre les concrétions et les parois de ces vaisseaux. Les plus petites de ces concrétions étaient molles et formées par de petits caillots de sang; celles d'un volume un peu plus considérable renfermaient, à leur centre, un noyau de matière fibrineuse blanchâtre. Les plus grosses avaient au centre un noyau de phosphate de chaux sur lequel se trouvaient appliquées des couches concentriques de fibrine blanchâtre , d'abord très-dures, et dont la densité allait en diminuant à mesure qu'elles devenaient plus extérieures. Quelques-unes de ces concrétions étaient entourées de couches de sang nouvellement coagulé et qui n'avait pas encore perdu sa couleur rouge foncée.

J'ai trouvé de semblables concrétions, mais d'un moindre volume, dans les divisions tibiales de la saphène, dans les veines et dans les tumeurs hémorrhoïdales , dans les veines spermatiques sur les sujets affectés de hernies ou d'hydrocèles anciennes et volumineuses.

N" 1. La trompe gauche de l'utérus. — 2. Extrémité interne de la trompe coupée à son origine. — 3. Extrémité externe ou pavillon de la trompe. — 4, 4. Feuillet antérieur du ligament large. — 5. Feuillet postérieur du même ligament soulevé par une airigne. — 6 , 6 , 6. Principaux rameaux des veines du ligament large , coupés. — 7,7,7. Concrétions dans leur premier degré de développement. — 8, 8, 8. Concrétions dans leur dernier degré de développement. — (Figure réduite de deux cinquièmes. )

A. L'une des grosses concrétions de la figure précédente, de grandeur naturelle et coupée par sa partie moyenne. On voit , au centre, le noyau osseux blanc et les couches fibrineusesqui l'entourent devenant de plus en plus foncées vers l'extérieur.

B. Petite concrétion offrant, à son centre, un caillot de fibrine blanchâtre.

Concrétion trouvée libre dans la cavité de la veine cave inférieure au-dessus des veines rénales. (Cadavre d'une femme âgée de soixante-dix ans. Maison de retraite de Monlrouge, 1812. )

Ce calcul était formé par de la fibrine prise en masse et comme granuleuse ; elle renfermait au centre un petit noyau de phosphate de chaux duquel partaient des rayons osseux et comme cristallisés qui s'enfonçaient dans la substance fibrineuse. Ce calcul est coupé par sa partie moyenne. (Grandeur naturelle. )

Sœmmerring conservait dans sa collection anatomique une concrétion à peu près semblable , d'une couleur grisâtre , à fibres rayonnées , et qu'il m'a dit avoir été trouvée dans la veine cave d'un enfant.

Varices de la veine saphène interne, (Cadavre d'un homme d'environ cinquante ans. )

N° 1. L'une des branches de la veine prise au-dessus de la malléole interne et ouverte dans une partie de sa longueur. — 2, 2, 2, 2, Rameaux allant s'ouvrir dans la branche précédente.

Artère aorte d'un enfant rachiti que âgé d environ dix ans. (Pavillons de l'Ecole-Pratique, 1816. )

La colonne vertébrale, déformée, était déjetée à gauche et en arrière. L'aorte suivait exactement cette inflexion et se trouvait pliée sur sa longueur, de telle sorte qu'elle était accolée à elle-même dans l'étendue de deux pouces : ses deux parties adossées étaient réunies par du tissu cellulaire lamelleux. L'artère diminuait insensiblement de volume jusque dans l'abdomen , de telle sorte que l'aorte abdominale avait tout au plus le tiers du diamètre de l'aorte pectorale. Celle-ci , par la convexité de sa courbure morbide, adhérait fortement aux côtes par un tissu cellulaire très-résistant et comme fibreux.

Les membres abdominaux de ce jeune enfant étaient en quelque sorte atrophiés , ou du moins très-peu développés relativement aux membres thorachiques. Il est probable que l'obstacle mis à la circulation, dans les parties inférieures du corps, par la courbure accidentelle de l'aorte , avait contribué puissamment au dépérissement des membres inférieurs.

N° 1. Tronc de l'aorte, coupé entre l'artère innominée , et — 2. l'artère carotide gauche. — 3. Artère sous-clavière gauche. — 4. Première courbure vicieuse de l'aorte. — 5. Seconde courbure vicieuse de l'aorle. — 6. Commencement de l'aorte abdominale.— 7,7. Les artères iliaques primitives. — 8. L'artère cœliaque. — 9. Artère mésenlérique supérieure. — 10, 10. Artères rénales. — 11. Artère mésentérique inférieure.

Vaisseaux d'une fausse membrane, unissant une anse de Vinleslin grêle avec le péritoine de la région iliaque gauche. (Cadavre d'un homme de cinquante-cinq ans , envoyé de l'hôpital Necker aux pavillons de l'Ecole-Pratique , 1816. Pièce desséchée et déposée dans le muséum de la Faculté. )

Ce cadavre présentait une hernie inguinale externe du côté gauche , formée par rS iliaque du colon , qui offrait des adhérences naturelles en bas et en arrière , et se trouvait ainsi privée de sac péritonéal dans une portion de son étendue , commç on l'observe souvent pour le cœcura, dans le cas où cet intestin forme les hernies du côté droit.

Les divers replis du péritoine et les épiploons, entièrement dépourvus de graisse , étaient couverts, ainsi que les intestins, de fausses membranes d'ancienne formation. Les intestins étaient, à leur face interne, remplis d'ulcérations qui s'annonçaient, sous leur enveloppe péritonéale, par des taches d'un rouge foncé, dues à l'injection des vaisseaux de la membrane séreuse.

Des fausses membranes, les unes étaient solides, comme fibreuses ; d'autres minces , membraneuses, d'une forme plus ou moins irrégulière; les unes réunissaient les anses intestinales entre elles j d'autres les attachaient aux parois abdominales. Toutes étaient formées par deux feuillets réunis par un tissu lamelleux très-serré:

quelques-unes étaient dépourvues de vaisseaux, mais on en trouvait sur le plus grand nombre. Ces vaisseaux , admirablement bien injectés par !e sang , étaient allongés , peu rameux, et ne s'anastomosaient pas entre eux à leur partie moyenne, qui avait dans quelques-uns plus d'une demi-ligne de diamètre; à chacune de leurs extrémités , ils se divisaient en une grande quantité de ramuscules capillaires , qui devenaient de plus en plus ténus et bientôt se perdaient à la vue, comme cela arrive pour les vaisseaux de la conjonctive oculaire. Au-delà, cescanauxsi déliés semblaient se fondre sur la membrane séreuse, en une teinte rougeâtre, dans laquelle venaient se perdre, d'un côté, les extrémités également capillaires des vaisseaux mésentériques, et, de l'autre, celles des vaisseaux du péritoine qui tapisse les parois abdominales. Je n'ai pu trouver par conséquent d'anastomose directe entre les vaisseaux du péritoine et ceux de ces fausses membranes , qui représentaient en petit le système de la veine-porte.

N° 1. Anse de l'intestin grêle, soufflée et nouée a ses deux exlrémités. — 2,2,2. Portion du péritoine de la fosse iliaque gauche, étendue et tirée par des airignes. — 3. Fausse membrane retrécie à sa partie moyenne et unissant par ses extrémités, qui sont élargies, l'anse intestinale avec le péritoine de la paroi abdominale. — - 4. Extrémités rameuses des vaisseaux de la membrane précédente , se divisant en tubes capillaires vers le point d'adhérence de celte membrane à l'intestin. — 5, 5. Tache rougeàtrc qui semble provenir des vaisseaux précédens. — 6. Divisions des vaisseaux mésentériques dont les extrémités capillaires se rendent à la tache rouge précédente. — 7. Vaisseaux de la fausse membrane se divisant de nouveau près de son point d'adhérence au péritoine de la fosse iliaque. — 8, 8. Tache rouge. — 9, 9, 9, 9, 9. Les vaisseaux du péritoine dontles divisions capillaires vont se perdre dans la tache précédente. — 10. Vaisseaux longitudinaux et volumineux que renferme la faiîss(3 membrane.

Tumeurs formées par des dilatations variqueuses des vaisseaux lymphatiques de la lu- •nique vaginale. (Pavillon de l'Ecole-Pralique , 1816. Pièce déposée dans le iMuséuni de la Faculté. )

Sur le cadavre d'un homme âgé d'environ soixante ans , le testicule gauche se trouvait à deux pouces au-dessous de l'anneau et produisait dans celte région ungon flement qui me fit croire à l'exislence d'une hernie. En palpant la tumeur, on sentait qu'elle était bosselée, dure, et offrait un sentiment obscur de fluclualioo. La dissection fit voir qu'il existait tout autour de la tunique vaginale, plusieurs tumeurs , arrondies, d'une forme irrégulière, disséminées sur cette membrane séreuse et variant depuis le volume d'un grain de chenevis jusqu'à celui d'une grosse noix ;

ÎOO PATHOLOGIE CHIRURGICALE.

les unes étaient globuleuses , d'autres étaient allongées , flexueuses et contournées sur elles-mêmes , comme les gros troncs lymphatiques de la région lombaire. Leurs parois étaient minces , demi-transpai'entes et assez faciles à rompre: quelques-unes de ces tumeurs communiquaient ensemble; d'autres étaient complètement isolées et formaient des espèces de kystes: les plus petites étant comprimées, se vidaient, et le liquide, légèrement trouble et inodore , qu'elles renfermaient , passait sans rupture dans les vaisseaux lymphatiques delà tunique vaginale. On ne pouvait découvrir aussi facilement les communications des plus grosses de ces tumeurs avec les vaisseaux lymphatiques, d'autant mieux que ceux-ci, excepté à l'endroit de leur dilatation , n'étaient guère plus volumineux que dans l'état normal. La plus considérable contenait une sérosité grisâtre , trouble, très-fétide. Dans les autres, le liquide paraissait albumiueux , du moins il précipitait abondamment par l'alcool et l'acide hydro-chlorique. Une de ces tumeurs, du volume d'une cerise, s'était développée dans le feuillet de la tunique vaginale qui recouvre le testicule. Celui-ci paraissait décomposé et airophié de sorte que ses conduits séminifères n'avaient que le volume de cheveux tres-fins.

N" 1. Cordon tesliculaire , coupé. — 2. Artère spermatique. [Les veines spermaliques n'ont pas été représentées ici , pour rendre le dessin plus intelligible.! — 3,3,3,3. Tunique vaginale distendue et tirée par des airignes. — 4. Extrémités supérieures de la tunique précédente se terminant en pointe allongée dans le cordon. — 5,5. Les plus volumineuses des tumeurs lymphatiques de la tunique vaginale. — 6, G, 6. Vaisseaux lymphatiques du cordon se continuant manifestement avec les moins volumineuses des tumeurs précédentes. — 7. Le testicule. — 8. Tumeurs lymphatiques développées à la surface de la tunique albuginée du testicule.

A. A. A. Vaisseaux et tumeurs lymphatiques détachés de la pièce précédente. B, B, B. Grosses tumeurs lymphatiques détachées de la même pièce.

Pessaire en ivoire ayant servi de noyau à une concrétion stercorale par V une de ses extrémités , cl à un calcul urinairc par l'autre. (Pièce présentée par M. le docteur Laroche, à la Société de la Faculté de Médecine. )

Ce pessaire fut trouvé sur le cadavre d'une femme âgée. Sa cuvette avait perforé le rectum et était passée dans cet intestin. L'extrémité de sa tige avait ulcéré la cloison vésico-vaginale et s'était introduite dans la vessie. La cuvette était aux troisquaris remplie par une concrétion blanche cristallisée , adhérant fortement au pessaire et teinte en brun, dans les intervalles des gros cristaux, par les matières stercorales. La tige de l'instr ument était entourée d'une autre concrétion irrégulière, lisse à sa surface , d'une couleur jaunâtre , et qui était formée d'acide urique.

PATHOLOGIE CHIRURGICALE. 10 î

N" 1. Cl 2. Cuveltedu pessaire. — 3,3. Concrélion stercorale adhérant à la partie précédenle de l'instrument. — 4. Tige du pessaire. — 5. Concrétion urinaire qui encroûte l'extrémité libre de la tige.

Calcul pilifère extrait de la vessie d'une dame anglaise. ( Grandeur naturelle. )

En 1821 , le docteur Gibbings a eu la bonté de me faire voir un calcul qu'il avait extrait de la vessie d'une dame de la cité de Corck. Cette dame éprouvait depuis long-temps des difficultés d'uriner, accompagnées de vives douleurs, et souvent elle rendait de longs poils avec ses urines. L'existence d'un calcul dans la vessie ayant été constatée, M. Gibbings tailla la malade et amena avec les tenettes une concrétion qui paraissait adhérente et s'était formée autour d'une mèche de poils blonds, légèrement frisés , longs de cinq à six pouces. Ces poils étaient les uns très-forts , les autres fins , lanugineux ; ils traversaient le grand diamètre du calcul de telle sorte que la mèche qu'ils formaient, passait aux deux extrémités. Ces poils m'ont paru dépourvus de bulbes, bien que j'aie cherché ceux-ci avec toute l'attention possible ; je crois qu'on peut les considérer comme Une production pileuse morbide des voies urinaires et probablement de la face interne de la vessie.

Le calcul est triangulaire , légèrement aplati , d'une couleur grise, moucheté de taches jaunes à sa surface. Chez la malade , les poils du pénil étaient d'une couleur brun-clair.

N° 1. Extrémité supérieure de la mèche de poils , passant par le sommet du calcul. — 2. Extrémité inférieure de la mèche sortant par le milieu de sa base. — 3. Le calcul.

Calcul pilifère. (Collection de calculs de M. le professeur Roux.)

Parmi les calculs que M. le professeur Roux a bien voulu mettre à ma disposition,,, il s'en trouve un , du volume d'une noisette , qui est formé de couches denses d'oxalate de chaux. Sa forme est irrégulière ; il présente six tubercules à sa surface qui est couverte d'une espèce de feutre brun-foncé et formé par une immense quantité de petits poils lanugineux. Indépendamment de ceux-ci , le calcul est encore traversé, dans diverses directions, par des poils beaucoup plus épais , bruns , roides , longs de près d'un pouce , et semblables à ceux qu'on trouve aux environs des organes de la génération.

Calcul pilifère. (Ce calcul m'a été envoyé par M. le docteur Pinel fils , qui l'a trouvé dans la vessie d'une femme âgée, morte à la Salpétrière. )

Ce calcul est gris'âtre , arrondi et déprimé , du volume d'une noisette. Il est formé

par un sédiment grisâtre , friable , qui se détache facilement par le frottement , mais se trouve agglutiné , au moyen de beaucoup de poils blonds et châtains, les uns trèsfins , les autres plus épais. Ce calcul est formé d'acide urique et de phosphate de chaux (I).

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