‹ Pathologie chirurgicale. Plan et méthode qu'il convient de suivre dans l'enseignement de cette science. Thèse présentée le 20 mars 1831 au Concours pour la Chaire de Pathologie externe près la Faculté de médecine de ParisChapitre 7 sur 17 · THÉRAPEUTIQUE · texte numérisé non relu

THÉRAPEUTIQUE

La thérapeutique ne faisant pas réellement partie de la pathologie proprement dite, je n'en parlerai ici que très-sommairement, parce que l'on ne peut professer la pathologie chirurgicale sans faire connaître, ou du moins indiquer les moyens que la chirurgie emploie dans le traitement des maladies qui sont de son ressort.

Le but de la thérapeutique est de guérir les maladies , de rendre les organes malades à l'état sain. Le traitement appartient à l'art, la guérison à la nature. Aussi , traiter une maladie consiste seulement à éloigner toutes les circonstances qui peuvent l'aggraver, et à user des moyens propres à influer sur sa marche et sa ternjinaison.

Les bases de la thérapeutique reposent sur la connaissance des lois qui régissent le corps malade et celle des moyens propres à les modifier. C'est en s'éclairant par l'observation, l'expérience, les expérimens ou le raisonnement, que le médecin peut entreprendre avec sûreté et confiance le traitement d'une maladie.

La thérapeutique présente deux parties distinctes, les indications et les moyens de les remplir.

L'indication consiste dans l'ensemble des circonstances qui fixent le jugement du médecin sur la marche qu'il doit suivre , et semble , en quelque sorte, la lui indiquer.

Les indications sont empjriques ou rationnelles : on ignore encore l'action des médicamens sur nos organes dans la guérison des maladies; on ignore comment le mercure agit contre les symptômes de la syphilis, comment le quinquina arrête les accès de fièvres intermittentes et le retour d'autres affections périodiques, et cependant on emploie ces agens thérapeutiques avec des chances presque certaines de succès. On ne saisit pas de rapport entre le mal et les remèdes , et on ne connaît l'action de ces derniers que par les effets qui suivent leur administration. Néanmoins, ce n'est qu'après miàre réflexion, que le médecin, guidé par l'observation et l'expérience, choisit tel ou tel médicament, et en fait la prescription sous les formes et aux doses les plus appropriées au cas; c'est par là que fempyrisme éclairé du médecin se distingue, comme on l'a dit, de l'empyrisme aveugle du charlatan.

Les indications rationnelles que fournit la raisonnement sont encore bien plus sûres: si elles existent pour beaucoup de maladies dites internes, il faut avouer qu'elles sont bien plus nombreuses dans les affections chirurgicales.

Le médecin doit saisir attentivement les indications qui se présentent pour le traitement des maladies, et savoir souvent se décider promptement dans beaucoup de cas urgens, ne point temporiser: consilium in arenâsumere. Dans d'autres cas, on est obligé d'attendre avant d'agir, de faire la médecine expectante, etc.

Des circonstances nombreuses peuvent fournir des indications chez l'homme malade. Les principales sont la tendance de la maladie vers telle ou telle terminaison; l'influence de la maladie sur la santé générale de l'individu; les causes, le genre, le caractère, le type, les diverses périodes, le siège, l'intensité, l'état de simplicité ou de complication de l'affection, l'état des forces, les effets des traitemens déjà employés, etc.

Telles sont les principales circonstances qui influent sur les indications en thérapeutique.

Chaque maladie n'a pas un seul remède ; le même remède peut convenir à des maladies d'espèces fort différentes ; et , dans quelques cas , la même affection peut réclamer des remèdes opposés.

On a donné le nom de co-indication à la réunion de plusieurs indications qui demandent la même méthode de traitement. On appelle contre-indication une indication qui est contraire aux autres et rend nécessaire une marche thérapeutique différente.

Les indications %onX prophylactiques ou préservatives ,\ors(iu!e\\es ont pour but de préserver d'une maladie, et elles sont àïiQS° curatives lorsqu'elles sont réclamées pour sa guérison, pour sa convalescence. Les phénomènes consécutifs des maladies offrent encore des indications particulières.

Les moyens thérapeutiques se trouvent dans tout ce qui peut être employé parla médecine, pour le rétablissement des malades. Les uns sont, hygiéniques ou tirés de la matière de l'hygiène; les autres sont médicinaux ^em^mnXés à la pharmacie; les derniers enfin sont externes ou chirurgicaux.

Les indications thérapeutiques chirurgicales consistent presque toutes, à la vérité, dans l'application d'agens mécaniques au corps de l'homme pour obtenir la guérison de ses maladies : mais le chirurgien ne doit pas moins >

dans le plus grand nombre des cas, employer, en même temps, les soins hygiéniques et les secours fournis par les médicamens. Il trouve sans cesse l'occasion de mettre à contribution, non-seulement son adresse manuelle, mais toutes ses autres notions en anatomie, en physiologie, en pathologie, en physique, en mécanique, en chimie ou en matière médicale.

Le traitement des maladies chirurgicales est fondé, comme celui des affections internes, sur la connaissance approfondie de l'affection et des moyens employés avec succès dans des cas semblables. Mais dans mainte occasion il devient nécessaire d'inventer, de créer de nouveaux procédés, ou de modifier ceux déjà usités. C'est ici que se déploie dans toute son étendue le génie chirurgical qui sait opposer de nouveaux moyens de guérison à des maladies nouvelles ou réputées incurables; le chiriu-gien fait appel à toutes ses connaissances dans l'art de guérir, il calcule ce qu'il peut ou doit espérer de ses moyens thérapeutiques et des forces de la nature pour l'aider dans la guérison. Né d'une imagination ardente que sait à propos maîtriser la raison, ce génie inventif a toujours fait les hommes d'un talent supérieur auxquels nous devons la place honorable qu'occupe la chirurgie française parmi les nations civilisées. 11 faudrait que le chirurgien , comme on l'a dit de J.-L. Petit, pût créer la chirurgie en supposant qu'elle n'eût pas existé.

Dans le traitement des maladies, rien ne peut suppléer à l'expérience, à l'habitude de voir et d'agir par soi-même. Ainsi, les connaissances théoriques lesplus vastes etles plus solides sont souvent insuffisantes, lorsqu'il s'agit d'en faire l'application au malade, de les mettre en œuvre. Il n'est aucun jeune médecin ou chirurgien qui, au début de sa carrière dans la pratique, n'ait été à même de se convaincre de la vérité de cette assertion.

Ce ne sont pas en général les spéculations faites dans le cabinet, par les chirurgiens-théoriciens, qui peuvent servir beaucoup dans la pratique. Combien de fois ne se sont-ils pas abusés sur les avantages qu'ils se croyaient en droit d'attendre de leurs nouvelles inventions, de leur nouvelle méthode de traitement! plusieurs milliers de ces inventions ne sont-elles pas tombées dans l'oubli le plus profond après avoir vu le jour un instant et joui parfois d'une vogue éphémère ?

En chirurgie on ne doit pas être plus exclusif qu'en médecine; un chirurgien habile doit savoir faire l'élection de la meilleure méthode, du procédé

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le plus convenable qu'il peut employer pour tel ou tel cas de maladie, sans s'attacher exclusivement à aucun d'eux.

On doit mettre beaucoup de prudence dans la pratique de la chirurgie: savoir calculer dans les cas insolites, jusqu'où l'art peut étendre ses effets salutaires sans compromettre la vie des malades : c'est dans des cas désespérés seulement que le chirurgien peut employer un moyen douteux plutôt que de rester spectateur des désordres et de la terminaison fatale de la maladie , qu'il peut entreprendre des opérations telles que l'ablation de l'utérus, la ligature de l'aorte abdominale, de l'artère innominée.

IjCS moyens chirurgicaux sont très-nombreux, et on doit considérer dans un ordre méthodique comme tels , les applications topiques , les opérations manuelles, quelle que soit leur nature et leur importance, les appareils, les bandages, les moyens de corriger les difformités qu'on emprunte à la prothèse, etc.

Toutes les opérations chirurgicales, proprement dites, ont pour but de diviser on de réunir certaines parties, d'en réduire d'autres, d'évacuer les liquides épanchés , à' extraire les corps étrangers.

Ces divers modes opératoires peuvent se trouver combinés de différentes manières dans la même opération: ainsi, dans l'opération de la taille, on divise les pai ties pour arriver au corps étranger, on fait l'extraction de celui-ci, et on réunit les lèvres divisées de la plaie. Des détails plus étendus sur ce sujet appartiendraient à la médecine opératoire.

Les chirurgiens, pour exceller dans leur art, doivent avoir fait une étude particulière de l'anatomie, et surtout de celle qu'on nomme chirui gicale, au moyen de laquelle on connaît parfaitement les raj>poi ts dans lesquels se trouvent entre eux nos différens organes. Comment un chirurgien pourraitil diriger ses instrumens dans les opérations les plus délicates, s'il n'avait continuellement présente à l'esprit la disposition exacte des parties sur lesquelles il opère? ne risquerait-il pas à chaque instant de donner la inort au lieu de rendre la santé au malheureux malade qui se serait confié à ses soins ? L'anatomie pathologique, comme nous l'avons vu, doit également éclairer de son flambeau la marche des chirurgiens dans une foule d'opérations délicates. Les expériences sur les animaux vivans, et surtout la pratique des opérations sur le cadavre, donnent au chirurgien l'adresse manuelle qui lui est si nécessaire dans l'exercice de sa profession. Il faut encore qu'il soit doué de

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qualités particulières, heureuses dispositions de la nature qui ne s'acquièrent pas , mais seulement se développent et se fortifient par l'exercice et l'expérience. «Le chirurgien, dit Celse, doit être jeune, ou du moins peu avancé « en âge; il faut qu'il ait la main ferme , adroite et jamais tremblante; qu'il «se serve de la gauche et de la droite avec une égale dextérité; qu'il ait la « vue claire et perçante , l'ame intrépide, et qu'impassible , lorsqu'il veut gué- « rir celui dont il s'est chargé, il ne se hâte pas, ni ne coupe moins qu'il ne « faut, mais achève son opération comme si les plaintes du malade ne faisaient « aucune impression sur lui. »

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