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ment souffrir ; le traitement de la maladie du cœur et du poumon étant interrompu, je n’avais plus de force, car la période où j’en suis est un affaiblissement.total du système musculaire dans ces deux organes. De là ces étouffements à propos de tout, même d’une parole
dite sur un ton trop élevé … ».
À la même, toujours de Vierzschovnia (séjour chez Mme Hanska), il écrit, le 30 avril 1849 :
« Je reste ici cloué par la maladie. Hélas ! j'ai payé tribut à 1848, comme tous ceux qui en sont morts ou qui en mourront ! Seulement, mon tempérament de taureau donne du fil à retordre à la souveraine de l'humanité : je fais partie de l'opposition qui s’appeile la vie. À la suite des chagrins de février, qui a sapé fortune et littérature, il s’est déclaré chez moi, pendant que j'étais à Saché, une hypertrophie du cœur (tiens cela secret pour ma mère). Je ne pouvais pas marcher vite, ni gravir la moindre éminence. Enfin, ici, je suis arrivé à ce point que je ne pouvais pas me peigner sans des étouffements et des palpitations ; et il y a eu deux fois des attaques de strangulation complète, par impossibilité d’aspirer et d’expirer l'air. Il m'est impossible de monter un escalier, ou il faut que j'y mette les plus grandes précautions ; aussi a-t-il été de la dernière urgence de me remettre entre les
mains des docteurs. Heureusement, il y a ici l’un des
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premiers élèves du fameux Franck, l'original de mon Médecin de campagne, et, depuis ma dernière attaque, je lai consulté. Lui et son fils ont reconnu une hypertrophie simple, et ils sont unanimes à répondre de ma guérison. Mais me voilà dans les remèdes pour combien de temps, Dieu le sait ! Toujours est-il qu’il me serait impossible de faire sans danger les huit cents lieues qui me séparent de Paris, tant que je ne serais pas tout à fait guéri. Ces affreux étouffements me prennent pour des contrariétés, pour des sentiments trop forts ; il faut que, dans ma vie, tout soit couleur de rose
« Cette horrible maladie, horrible pour un homme de ma vivacité (car est-ce vivre que de prendre garde à tout, à la moindre expression de sentiment, à une parole trop vive, à un pas trop rapide ? ), s’est compliquée, depuis quinze jours, du tribut que je paye au climat. Jusqu'à présent, je n'avais pas ressenti les influences terribles de ce climat asiatique. C’est effrayant ! J’ai des migraines tous les jours, je dors avec des maux de tête continuels …. »
Ces « affreux étouffements » et ces « maux de tête continuels » dont se plaint Balzac, il s’est fait illusion en les attribuant au climat du pays; ils étaient les symptômes du mal dont il semble qu'il ait été atteint depuis longtemps. L'hypertrophie du cœur, diagnos-
tiquée par les médecins polonais, n'avait pas seule-
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ment pour cause la température de Pologne, ni les abus du café absorbé à Paris...
Le 21 juin 1849, il écrit, toujours à sa sœur :
« J’ai tardé près de quinze jours à te répondre, ma chère sœur, car j’ai eu une affreuse crise. Ma maladie de cœur était arrivée à un degré d’intensité si visible qu’il a fallu se remettre entre les mains des médecins de Vierzschovnia. On m'a ausculté, et la maladie a été parfaitement reconnue ; on l’a nommée, pour ne pas m'effrayer, hypertrophie simple. Le père a été d'avis d'entreprendre la guérison contre l’avis de son fils qui, imbu de nos idées françaises, me regardait comme fini. Au bout d’un mois et demi de traitement, traitement qui a consisté à rétablir la circulation du sang veineux, assez oblitéré, et à le purifier, attendu qu'il s’était épaissi et que la pléthore était causée par un défaut d’équilibre entre le sang artériel et le sang veineux, il est venu une période de traitement qui me soumettait à prendre deux fois par jour du citron pur et dans laquelle je vais rentrer. Or, un beau matin, il éclate une perturbation telle dans le plexus solaire que je commence par être foudroyé, renversé d’un canapé, et il arrive des vomissements qui me font croire à ma dernière heure. On me couche, et alors les sensations extraordinaires que le hachich développe en plaisir se manifestent en douleur. Ma tête pesait des
millions de kilogrammes et je suis resté 9 heures sans
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pouvoir la bouger ; puis, lorsque j'ai voulu faire um mouvement, j'ai ressenti des douleurs vertigineuses telles que, pour les expliquer, il faudrait comparer ma tête à la coupole de Saint-Pierre, imaginer les douleurs pareilles à des sons qui se répercuteraient sous les étendues de cette coupole. J'avais la sensibilité démésurément agrandie pour souffrir. Le médecin ne me quittait pas. Il craignait une fièvre gastrique. J'ai eu un second vomissement ; enfin, après 25 heures d’agonie, j'ai pu prendre une médecine préparée pour empêcher l’inflammation des intestins.
« Je suis resté six jours au lit et six jours en convalescence. Il paraît que c'était une violente émeute de ma maladie contre mon excellent tempérament. Et voilà que, relevant de mon lit de douleur, je constate que les symptômes de ma maladie de cœur ont disparu : je puis monter, marcher, me coucher de plat, les voies sont libres, le cœur l’est aussi. Néanmoins, sans se fier à ce mieux, le docteur va achever son œuvre et me remettre à neuf ; il faut encore un mois. C’est un bien grand médecin, tout à fait inédit. II rend justice aux médecins français, les premiers du monde pour reconnaître et déterminer les maladies ; mais il les déclare tout à fait ignorants. à quelques exceptions près, en thérapeutique, c’est-à-dire dans la connaissance des moyens curatifs. N’est-il pas affreux de penser que
Soulié est mort faute de ce docteur, car j'étais, il y a
SIC OURRE
deux mois, aussi malade que l'était Soulié quandil s’est mis à se traiter. J'avais sa maladie, causée par les mêmes excès de travail, et je ne pouvais plus faire dix pas sans m’arrêter. Toutes mes douleurs d’estomac ont disparu depuis deux mois. Quelle reconnaissance ne dois-je pas à ce médecin ! Il aime les violons ; une fois à Paris, il faut que je trouve un vrai Stradi-
varius pour le lui offrir ».
Cette lettre de Balzac nous donne les renseignements les plus intéressants sur son état. |
« Sa tête pesait des millions de kilogrammes ». C’est bien là le signe capital de la grande hypertension, auquel s'ajoutent les « douleurs vertigineuses » que Balzac compare à la répercussion des sons de cloches sous la coupole de Saint-Pierre. Ce qu'il dit des troubles de la circulation sanguine et de la cure de citron instituée par le médecin polonais achève de confirmer notre interprétation. On sait l'usage qui est fait maintenant du citron sous toutes les formes dans les traitements de l'hypertension et de la viscosité sanguine. Le médecin polonais, qui n'avait peut-être pas tort d'incriminer à cette époque l'insuffisance thérapeutique de Ia médecine française, appliquait avant la lettre, sinon empiriquement, une médication à laquelle, aujourd'hui, les hypertendus sont systématiquement