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CHAPITRE VTII

LE TÉMOIGNAGE

LE TEMOIGNAGE

Une conclusion naturelle, essentiellement pratique, des travaux consacrés par E. Dupré à la Pathologie de l'Imagination, à la Mythomanie, volontaire ou involontaire, consciente ou délirante, est son étude magistrale sur le Témoignage, que nous reproduisons intégralement. Elle avait été publiée dans la Revue des deux Mondes, le 15 janvier 1910.

Etude psychologique et médico-légale.

S’il est, en psychologie, une question dont l’intérêt théorique et pratique s’impose à l’attention et à la critique de tout esprit cultivé, c’est bien celle du témoignage. Il n’est pas de problème historique, ni de procès judiciaire qui, à toutes les époques, ne démontre l’extrême importance d’un tel sujet.

Posé, en réalité, à tous* les moments de là vie sociale, devant l’opinion publique, mais intéressant surtout dans les domaines de la méthode historique, de la pratique judiciaire et de la clinique médico-légale, le problème du témoignage ne peut être abordé avec fruit que par les psychologues, les historiens, les magistrats et les médecins, particulièrement les médecins légistes et les aliénistes; il ne peut être éclairé que par la collaboration des hommes qui, en vertu de leur pratique professionnelle et de leur expérience psychologique, sont le mieux placés de tous pour recueillir et comparer les documents, pour interroger

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et observer les hommes, pour méditer enfin sur les conditions objectives et subjectives de la production dii témoignage.

Pour exposer le problème dans son évolution, son ampleur et tout son intérêt, il faudrait remonter aux origines de la science du témoignage, et en retrouver les éléments dans les écrits et les traditions des philosophes et des juristes de l’antiquité; il faudrait rappeler les intéressants mémoires des maîtres de la méthode historique sur l’appréciation de la valeur des documents écrits.

« Il y faut le choix, dit M. Frédéric Masson, dans un remarquable article sur Albert Sorel, il y faut la critique, et quelle critique î Non pas tant celle qui porte sur l’authenticité matérielle des pièces, ce qui s’apprend n’importe où, que celle qui porte sur leur authenticité morale, celle qui est de tact, d’usage, de flair, celle qui fait l’historien. Voici qu’on sort, d’archives privées ou publiques, un journal, des mémoires, même des suites de lettres. Papier, encre, écriture, tout est du temps. Mais si, en ce temps, tout fut combiné pour fausser l’histoire? »... « Dans l’instruction de ce grand procès que fait perpétuellement l’histoire, il y a, dit Sorel, comme dans les procédures les plus minces, les faux témoins, les témoins abusés, les témoins à mémoire rétive et confuse, les témoins à mémoire complaisante ou trop claire, enfin les témoins bavards et brouillons, qui font la foule ». Voilà ce qu’il faut démêler et ce qui est le don. Au premier coup, on peut juger, sur ce qui est de cela, un historien nouveau. »

Eliminant de mon étude le commentaire des travaux relatifs à la critique du témoignage dans la méthode his^ torique, je me limiterai au domaine pratique de mon activité et de ma compétence professionnelles, et j’exposerai les enseignements de la Psychologie clinique et expérimem tale, applicables à l’instruction judiciaire et à la médecine légale.

J invoquerai donc tout d’abord les observations et les conclusions des médecins légistes les plus autorisés de notre pays, sur la valeur du témoignage; je rappeleraî

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ensuite brièvement, dans leurs méthodes et leurs résultats, les travaux, si nombreux et si intéressants, consacrés, dans ces dernières années, en France, en Allemagne et en Suisse, à la psychologie expérimentale du témoignage. Je joindrai à la série de ces faits la notion générale d’un mémoire sur le mensonge et la fabulation morbides, que J’ai publié sous le titre de Mythomanie. Ce rappel de la Mythomanie servira de transition naturelle pour passer de l’étude du témoignage normal à celle du témoignage pathologique, considéré chez les anormaux et les aliénés. Enfin, je terminerai cette étude d’ensemble du témoignage par les conclusions judiciaires et médico-légales qui s’en dégagent, comme une moralité naturelle. Ces conclusions nous apparaîtront ainsi comme les éléments, pour ainsi dire professionnels, de la philosophie de l’esprit chez ceux qui recherchent la vérité pour éclairer la justice.

Le témoignage est la relation, orale ou écrite, spontanée ou provoquée, par un sujet appelé témoin, de ce qu’il a observé. Le témoignage judiciaire est la déposition de la personne qui atteste en justice avoir vu ou entendu une chose. Ce témoignage, dont les codes de procédure civile et d’instruction criminelle ont établi les conditions et réglé les formalités, est sanctionné, dans sa moralité générale, par une échelle de pénalités rigoureuses, qu’édicte la loi contre les auteurs ou les inspirateurs de faux témoignages. Le témoignage, en effet, représente l’élément le plus important de la formation de l’opinion et du jugement des magistrats, et la preuve testimoniale suffit, en matière pénale, pour former la conviction du tribunal. Aussi bien doit-on considérer l’étude du témoignage comme une des parties les plus importantes de la psychologie judiciaire.

Le témoignage est la résultante d’une série d’opérations psychiques complexes, ou entrent en jeu successivement : la perception, considérée surtout dans ses rapports avec la conscience et Vattention; la mémoire dans toutes ses qualités de fixation, de conservation et de reproduction; Yimagination, principalement dans ses facultés créatrices.

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et dans ses rapports avec Vactivité mythique, normale el pathologique, de l’esprit, c’est-à-dire avec la tendance plus ou moins consciente et volontaire à l’altération de la vérité, au mensonge et à la fabulation.

Toutes ces opérations, qui entrent en jeu dans la psychologie du témoignage, à l’état normal, chez un sujet sain d’esprit et sincère d’intention, sont compliquées, dans d’autres conditions et chez les sujets anormaux, par l’intervention d’innombrables éléments psychopathiques, qui relèvent principalement d’altérations de la perception, de la mémoire, de l’imagination, du jugement et enfin des sentiments.

Mais, même dans les conditions ordinaires de la vie, et, comme l’on dit, à l’état normal, le plus simple des témoignages représente une opération psychique tellement complexe, qu’on peut déjà, par le seul raisonnement, soupçonnèr quelles variations et quelles altérations peuvent apporter au témoignage normal des multiples conditions objectives et subjectives de sa formation et de sa production.

Parmi les conditions ohiectives, on entrevoit tout de suite l’influence que doivent exercer sur les qualités d’un témoignage la nature des faits observés par le témoin, leur durée, leur complexité, leur répétition, leur ancienneté, etc... Parmi les conditions subjectives, dont l’influence est encore bien plus importante, figurent l’âge du témoin, son sexe, son niveau intellectuel, l’ensemble: de ses qualités et de ses aptitudes psychiques, l’état de son émotivité au moment de l’observation des faits sur lesquels il témoignera, puis, au moment de la déposition, les facteurs de suggestion, intervenus chez le témoin, aux phases successives de la genèse et de la production de son témoignage, etc...

Ces considérations élémentaires, dont la justesse s’impose d emblée à tout esprit cultivé, et que l’expérience des magistrats, et des médecins légistes a toujours confirmées, étaient, jusqu’à une époque tout à fait récente, restées à l’état vague et imprécis de ces vérités de bon

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sens, que tout le monde accepte, sans que personne cherche à en établir la démonstration complète par l’analyse soigneuse des éléments psychologiques en présence.

Quelques médecins légistes et aliénistes de la plus haute autorité, Lasègue, Brouardel, Motet, Legrand du Saulle, avaient néanmoins^ en des mémoires classiques dont les premiers en date remontent à plus de trente ans, démontré, avec exemples à l’appui, la fréquence et le danger du faux témoignage et du mensonge chez les enfants, et l’inanité de cet adage populaire qui proclame que la vérité sort de leur bouche. M. Vibert (1) a consigné, récemment, dans uh article intéressant, le résultat très instructif de sa longue expérience médico-légale sur les témoignages en justice.

^ Mais ces travaux isolés ne suscitèrent point, dans le monde médical ou juridique, l’émotion qui inspire de toutes parts, sur le même sujet, les recherches, critiques ou confirmatives; et il faut ariver à ces dix dernières années, pour voir naître et, depuis, grandir rapidement cette Science du Témoignage, que M. A. Binet a fondée dans son principe et sa méthode, et dont il a. prédit, il y a huit ans, l’avènement dans ses beaux travaux sur la suggestibilité.

C’est, en effet, à M. Binet, le maître de la psychologie ex,périmentale française, que revient l’honneur d’avoir inauguré l’étude scientifique du témoignage, en montrant et en adoptant, le premier, la véritable méthode qui convienne à cette étude, la méthode expérimentale.

L’initiative de notre compatriote a suscité aussitôt dans ce domaine psychologique un immense mouvement d’intérêt et d’étude; l’impulsion scientifique, partie de France, ne réveilla la curiosité et le zèle des travailleurs qu’en Allemagne, en vertu de cette loi historique qui semble réserver au génie français l’honneur des initiatives et des révolutions, et lui refuser ensuite le bénéfice des applications fécondes et du développement pratique de ses découvertes.

En Allemagne, aliénistes, juristes et psychologues, se mirent, à l’envi, avec cette discipline méthodique et pa-

(i) Vibert, Lës témoignages en justice. Annales d’hygiène fubligue et de médecine légale, janvier 1909.

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tiente, qüi est la marque de l’esprit germanique, à recueillir, par l’observation et l’expérience, des documents, à dresser des statistiques, à dégager enfin de tous ces travaux des conclusions qui constituent, dès à présent, les premiers matériaux de la psychologie scientifique du témoignage. Les professeurs de droit, les criminalistes, les magistrats, vivement intéressés par les études des psychologues et des médecins, ont apporté a ceux-ci leur collaboration active, et il en est résulté une telle affluence de travailleurs, qu’un recueil spécial s’est fondé, sous la direction de M. W. Stern, les Beitrage zur Psychologie der Aussage, pour centraliser tous les mémoires et organiser tous les efforts individuels consacrés à l’étude du témoignage. Le grand journal périodique de science criminelle en Allemagne, l’Archiv für Kriminalanthropologie, du Professeur Hans Gross, de Graz, contient également de nombreux mémoires sur le même sujet. On trouvera d’ailleurs la bibliographie et 1 analyse détaillée de la psychologie du témoignage dans la série des dernières Années Psychologiques publiées par M. Binet, et principalement dans les Revues d ensemble de M. Binet (1905), M. Larguier des Bancels et M. Claparede (1906), enfin dans les articles de M. Ladame [Revue d' Anthropologie criminelle, publiée par le Professeur Lacassagne, de Lyon).

Les conclusions qui se dégagent de cette énorme somme de travaux confirment absolument celles qu’avaient déià formulées, au nom de la clinique médico-légale, les maîtres français dont j’ai cité les noms. Ces conctusions sont dues à une phalange de travailleurs dont je rappelerai ICI les principaux : d’abord l’initiateur M. A. Binet, puis 'a r. Breslau), M. Borst (de Berlin), M. Clapa¬

rede (de Geneve), M. H. Gross (de Graz), de M: Otto Lipp-

^obsien, Wreschner, Plüschke, Weber, Schneikert, von Liszt, Cramer, Sommer, etc ^ Les méthodes expérimentales appliqués à l’étude du consistent à provoquer, dans des conditions determinees d enregistrement et de déposition, le récit, par les témoins, de faits qu’on a soumis à leur observation

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Les objets du témoignage sont : soit une image, soit un texte, soit une représentation cinématogra,phique, soit un lieu familier aux sujets, soit une scène réglée d’avance dont on peut rapprocher et comparer ensuite les détails avec les dépositions du témoin; cette possibilité de la confrontation de l’objet avec le témoignage et le témoin constitue le principal avantage de la méthode expérimentale.

L’expérience du témoignage est soit individuelle, si elle porte sur un seul témoin, soit collective, si elle est instituée sur un groupe de sujets, appelés à observer ensemble un même fait ou une même scène.

Le temps de présentation de V objet varie dans des conditions qui permettent de mesurer l’influence sur le témoignage de la durée de l’observation,

^intervalle de temps écoulé entre la présentation de l’objet et la déposition du témoin permet d’apprécier l’influence de l’ancienneté de l’observation, sur l’étendue, l’exactitude et l’assurance du témoignage.

La forme de la déposition permet d’apprécier les influences exercées sur le témoignage par : soit la liberté du récit, laissée à la spontanéité du déposant, soit V interrogatoire, soit la combinaison de ces deux méthodes.

Cette étude de la forme de la déposition a permis à M. Binet de formuler, comme une véritable loi de la psychologie du témoignage, que la valeur d’une déposition dépend, en grande partie, de la forme dans laquelle elle est recueillie. La déposition libre, le récit, élimine l’influence de la suggestion étrangère, et, ne mettant en jeu que l’activité psychique spontanée, éclaire l’individualité personnelle du témoin. L," interrogatoire permet d’étudier l’influence de la suggestion exercée sur le témoin par les questions, et met en lumière le rôle, dans la déposition, de ce que M. Binet a appelé « la mémoire forcée «, c’est-à-dire l’alternative dans laquelle certaines questions placent le sujet, invité à se prononcer dans tel ou tel sens, de choisir entre deux affirmations.

La méthode mixte, qui combine le récit spontané et l’interrogatoire, est celle des procédés de l’instruction judi-

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ciaire, et présente, à ce titre, comme le fait avec raison observer M. Larguier des Bancels, un grand intérêt pratique.

Les dépositions successives du même (témoin sur les mêmes faits permettent d’étudier l’influence du témoignage sur la mémoire, le mécanisme de consolidation des souvenirs, et, pour ainsi dire, le progrès, dans tel ou tel sens, de la cristallisation du témoignage. Les dépositions successives sont, en réalité, la règle dans les affaires pénales, où les intéressés témoignent à plusieurs reprises devant les officiers de police, dans le cabinet de l’Instruction et devant le Tribunal. L’étude de ces dépositions successives a permis de montrer qu’elles entraînaient la consolidation des souvenirs erronés aussi bien que des souvenirs exacts, et la déformation progressive du témoignage par les dépositions ultérieures; celles-ci substituent, dans la conviction du témoin, leur contenu erroné aux souvenirs exacts de la première déposition.

L’étude de la forme des questions, dans l’interrogatoire, instituée par MM. Binet et Stern, montre l’influence sur le témoignage des diverses modalités de la suggestion, impliquées dans le ton, l’accent, la tournure, etc... des questions posées au témoin.

L’application de la méthode expérimentale permet ainsi d apprécier, par l’étude statistique des résultats recueillis, les qualités du témoignage, et les variations de celles-ci, dans leurs rapports avec les conditions de l’expérience.

On peut reconnaître pratiquement au témoignage deux ordres de qualités, les qualités, subjectives et les qualités objectives.

Les qualités subjectives du témoignage sont : l’étendue, la fidélité, l’assurance.

A ces trois qualités, j’en ajouterai une quatrième : l’originalité.

U étendue est représentée par la somme des données posi^ tives, exactes ou erronées, de la déposition.

La fidélité est mesurée par le rapport des données exactes aux données positives, exactes ou non.

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Uassurance c’est-à-dire la décision, la conviction avec laquelle le témoin répond aux questions, se mesure par le rapport des données certiliées aux données positives. Cette assurance est justifiée ou injustifiée. M. Claparède, qui a particulièrement étudié cette question, a montré aussi, comme une forme de l’assurance du témoignage, la tendance au serment, qui se mesure par le raipport des données jurées aux données positives. Celte tendance au serment est soit justifiée:, et exprime alors la tendance au serment véridique, soit injustifiée, et exprime la tendance au faux témoignage.

U originalité représente, dans le témoignage, l’apport personnel par le témoin de certaines qualités de compétence, d’éducation, d’orientation intellectuelle, de culture particulière, etc...

L’originalité du témoignage se rapporte donc à un ensemble de qualités essentiellement subjectives, qui échappent à toute mesure quantitative, mais qui permettent d’apprécier, dans la déposition, la nature, les tendances, le niveau et les connaissances spéciales du déposant. C’est le reflet de la personnalité du témoin, dans le fond et la forme du témoignage. Le même fait, observé par différents individus, sera, avec des qualités d’étendue, de fidélité et d’assurance égales, rapporté avec une originalité différente, suivant la diversité d’origine des sources psychichiques du témoignage. C’est, en partie, cette originalité du narrateur qui distingue les uns des autres les historiens, les mémorialistes, les romanciers : tous ces témoins de rhistoire, grande ou petite, passée ou actuelle, ont imprégné leurs œuvres de leur personnalité. Les plus originaux d’entre eux ont su, suivant la profonde remarque de M. Paul Bourget (1), nous donner « ce témoignage complet qui montre, tout ensemble, un coin de vie humaine, et l’esprit où ce coin de vie humaine s’est pensé ». Et, en trouvant, « ce point d’équilihre où les traits personnels que découvre le témoin achèvent la signification du témoi-

(i) P. Bourget. Introduction à Etienne Mayran de Taine {Revue, 15 mars 1909).

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gnage », ils -ont élevé nu plus haut point l’originalité du témoignage.

Ces qualités subjectives du témoignage appartiennent au déposant. Mais le témoignage peut être étudié aussi dans ses qualités objectwes, appartenant aux faits sur lesquels porte la déposition.

Ces qualités objectives, bien étudiées par M. Claparède, sont la testabilité, c’est-à-dire l’aptitude plus ou moins grande d’un objet à donner lieu à un témoignage, et la mémorabilité, c’est-à-dire l’aptitude plus ou moins grande d’un objet à donner lieu à un témoignage juste. Ces deux propriétés objectives des choses mesurent la capacité de chaque objet à solliciter un témoignage, ou à se graver dans la mémoire.

Il est intéressant, on le comprend, de rechercher quels sont les faits, les objets, les qualités des choses (mesures, couleurs, formes, ensemble et détails, etc...) qui sont plus ou moins aptes à provoquer un témoignage, et un témoignage juste.

Les différents objets qui nous entourent possèdent, en effet, un coeHicient d’intérêt, qui dépend parfois plus de la nature même de l’objet que de la mentalité de l’observateur. La testabilité des choses, et aussi leur mémorabilité, dépendent ainsi du degré d’attention qu’elles sollicitent de la majorité des hommes. Or, comme, en vertu d’nne loi psychologique bien connue, nous n’accordons spontanément d’attention qu’aux objets dont la connaissance importe à notre intérêt, on comprend, dit M. Claparède, « combien peu de fond on peut faire sur la plupart des témoignages sollicités dans les affaires judiciaires, où il est le plus souvent question de faits de détail (détails de vêtements, etc...), qui ont aussi peu d’intérêt pour ceux qui en ont été témoins, qu’ils en ont davantage pour la justice ».

A l’appui de cette judicieuse proposition, je citerai le passage eu, dans leur journal, les frères de Concourt rapportent les propos suivants de Théophile Gautier : « Beaucoup de gens ne voient pas. Par exemple, sur vingtcinq personnes qui entrent ici, il n’y en a pas trois qui

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