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ACCROISSEMENT DES TUMEURS. M

croissement et que la compression exercée par la tumeur les atrophie et finit par les faire disparaître. Lorstju'unc tumeur siège immédiatement à la surl'ace d'un organe, on sait qu'en général elle ne se développe pas également dans tous les sens, mais que la partie surtout qui est dans l'épaisseur de l'organe, s'accroît toujours davantage. IMais ici aussi on se figure que l'accroissement se fait du dedans au dehors de la tumeur. Cela n'est pas exact en général. Tout au plus une telle disposition se rencontre-t-elle dans quelques formes bénignes et plus innocentes, mais elle devient d'autant moins vraie que la malignité du néoplasme est plus marquée. Ainsi dans le dernier exemple on peut se convaincre positivement que ce n'est pas l'ancienne tumeur, la chose existant à un moment donné qui s'accroît en soi et par soi, mais, bien qu'il se reforme toujours de nouveaux foyers accessoires dans le voisinage, par l'adjonction desquels la tumeur s'accroît et qu'ainsi la grosse tubérosité que l'on finit par avoir n'est qu'avie so)nnie, un multiple de petits foyers^ qui se réunissent entre eux, se confondent et finissent par figurer un corps unique en apparence.

L'accroissement se fait donc de telle sorte que le petit noyau

existant d'abord ou la nodosité-mère- ^ " 'y [Mutter-Knoten), comme je l'appelle-

rai , ne s'accroît que jusqu'à un certain volume; puis il cesse de croître. Mais I" c^^, -' ~-^;^;^:;:^iir7 1 pendant ce temps il se forme de nou- 1~ ^»9^ "i?-—— — ~ / veaux novaux autour de lui, une zone L..^^^ ~" lîlirî--^ -' ^^6 nouveaux foyers. Ces nouveaux

foyers peuvent finir par devenir si gros qu'ils se touchent les uns les autres et se confondent tant entre eux qu'avec la masse principale. Puis se forme une nouvelle

Flg. 3. Représentation schématique du développement des tumeurs. A Un noyau occupant la surface d'un organe : a la partie la plus ancienne (noyau mère) ; b couche plus récente de noyaux secondaires ; c couche plus jeune encore ; d la dernière. B Noyau collectif semblable dans l'intérieur d'un organe, avec des zones circulaires de noyaux accessoires.

^ Paih. cellul, p. 385.

- Cette expression, usitée depuis longtemps chez les paysans russes pour désigner la première nodosité dans le sang de rate (cpr. Virchow, Handbuch der spev. Pnth. u. Tlierap., Il, Zoonoses, p. 399), s'applique parfaitement aux tumeurs et mérite d'être en général adoptée dans la terminologie.

48 TROISIÈME LEÇOxN.

zone; il est vrai, comme je tiens particulièrement à le faire remarquer, que les nodosités accessoires ne sont pas toujours dans un rapport de voisinage immédiat avec les nodosités primitives ; il n'est pas rare de les rencontrer séparées par un certain intervalle de tissu sain. ,*,jM

Cet accroissement par foyers montre d'une façon très-positive que le noyau-mère exerce sur les parties voisines une certaine incitation, qui provoque dans les parties voisines un processus analogue à celui qui a présidé au développement de la tu-i meur primitive. En effet, l'observation directe montre que les noyaux accessoires procèdent d'une prolifération des éléments de tissus environnants et non, comme on l'admettait encore il y a peu de temps, d'un exsudât ou d'un blastème exsudé. L'action qui s'exerce dans l'intimité de tissus solides , ne se conçoit guère autrement que par l'intermédiaire de liquides, de sucs, de sucs qui se sont formés dans la nodosité-mère, qui partent de là pour pénétrer par voie d'imbibition les parties voisines et y provoquer les nouveaux désordres 'i.

Il en est ici absolument de même que dans la propagation de plus d'un processus inflammatoire. Que l'on observe un érysipèle: le procès morbide gagne de place en place , un point se prend après l'autre et nous ne pouvons cependant méconnaître que la maladie, dans sa dernière localisation, ne soit une suite de la première affection, que le point le dernier atteint n'ait été sollicité par le premier point malade à une affection identique.

Autre exemple : il se développe à la surface du corps , une pustule d'un contenu un peu irritant; ce liquide coule sur les parties voisines , où se développent des pustules analogues. Que l'on se rappelle certaines affections syphilitiques, par exemple les condylômes plats (plaques muqueuses), oii la lésion se propage de place en place. Dans bien des cas de développement de tumeur il n'est guère possible d'admettre un autre mode de propagation que celui où un suc ou une humeur nuisible se produit sur place, pénètre dans les parties voisines, y sert de nou-

' J'ai pour la première fois développé cette doctrine, selon moi d'une haute importance, dans l'histoire de l'enchondrôme, où j'ai démontré en même temps que l'imbibition des sucs infectants se fait par les anostomoses des éléments du tissu connectif, et que ceux-ci sont le point de départ des nouveaux foyers de tumeurs. (Virchow, Archiv , 1853, t. Y, p. 245.)

SICS INFI'XTIEÜX. ko

vel incitateui' à une production analogue et provoque ainsi la formation du nouveau foyer morbide. Gomment veut-on expliquer autrement ces hideuses formes de squirrhe, où la peau s'altère dans une étendue toujours plus grande , parfois sur une étendue de plus d'un pied carré, autour d'un foyer primitivement très-circonscrit (cancer en cuirasse) ?

A mon avis, l'étude de l'accroissement local des nodosités est précisément un des exemples les plus probants de la nature infectieuse des substances qui se développent dans le corps de la tumeur; et la formation de ces nouveaux foyers, ou, ce que l'on a appelé, en un mot, ï accroissement de la tumeur, est pour moi analogue à l'atteinte morbide des glandes lymphatiques et à celle d'autres organes éloignés dans le cours de la généralisation du mal. Dans ces trois cas nous avons une infection , une sorte de contagion , où une substance infectieuse , un « miasme ^ » part du point de première formation pour s'étendre en partie par la voie de l'imbibition directe, de la simple endosmose ou de l'immigration dans le voisinage; })artie par la voie du courant lymphatique, jusqu'aux glandes lymphatiques les plus proches ^ ; partie enfin par la voie de la circulation sanguine, où elle pénètre lorsque le mal atteint les parois des veines.

La question de savoir s'il n'y a ici qu'une absorption de sucs en jeu, est beaucoup plus difficile à résoudre et je ne nie pas qu'elle ne soit possible , et même dans certains cas probable ; que non-seulement des sucs , mais encore des éléments morphologiques, particulièrement des cellules, ne soient entraînés par le courant et ne jouent en même temps le rôle de moyen d'inoculation.

Il n'est, en effet, pas rare de trouver des vaisseaux lymphatiques, même sur un très-long trajet, remplis de la masse qui forme la tumeur. Gela se rencontre non-seulement dans le cancer et le cancroïde, mais aussi dans d'autres tumeurs, dans l'enchondrôme par exemple. La tumeur envoie, de cette façon, dans l'intérieur des vaisseaux lymphatiques, des ramifications semblables aux branches d'un arbre , qui peuvent finir par faire

« Virchow, Handbuch derspec. Path. ti. Themp., I, p. 275, 277. Gesammelte Abhandlungen, p. 53. {Aiatvco z= inficio, j'infecte. ^ Path. cellul. , p. 181 et suiv.

Fis. 4.

iyj^.-^

éclater la paroi des vaisseaux lymphatiques , traversent les tissus

ambiants et apparaissent au jour libre. Un des cas les plus remarquables de ce genre que j'aie observé ^ est celui d'un cancroïde pultacé de l'utérus, oii les vaisseaux lymphatiques du péritoine, et ceux qui des poumons se rendaient aux glandes bronchiques également altérées , étaient remplis sur une grande étendue par des masses cylindriques cancroïdes ; il s'y trouvait dans la cavité peritoneale et dans les bronches des masses vermiformes libres sorties de ces vaisseaux et formées entièrement de cellules de la tumeur. Il y a donc deux possibilités d'extension d'éléments cellulaires par les vaisseaux lymphatiques : l'une d'après laquelle, de l'extrémité des ramifications de la tumeur pénétrant dans les canaux lymphatiques, il se détacherait des cellules qui seraient entraînées par le courant de la lymphe ; l'autre d'après laquelle les ramifications de la tumeur se fraieraient une voie à travers les parois qui les renferment et se trouveraient ainsi libres dans les cavités ou les canaux du corps. Mais il m'est impossible de dire positivement laquelle de ces voies les métastases suivent régulièrement dans leur mode de production ; dans la plupart des cas, les vaisseaux lymphatiques qui de la tumeur se rendent aux glandes lymphatiques sont libres et simplement remplis de liquide.

Il n'est pas rare de trouver aussi, comme je l'ai déjà dit, des masses très-friables de tumeurs qui ont pénétré à travers les parois des veines et dont il peut très-facilement se détacher des parties. Quelques observateurs ont prétendu avoir vu de ces cellules dans le

ïlg. é. Cancer des vaisseaux lymphatiques à la surface des poumons, a Un lobule pulmonaire avec infiltration complète du grand vaisseau périphérique, les réseaux centraux [lus fins commencent à se remplir, b Un plus grand lobule pulmonaire, où tout le réseau lymphatique est presque entièrement rempli (farci), c Farcissement complet et élargissement croissant du réseau. Grandeur naturelle.

* Virchow, Trois observalions de tumeurs epitheliales généralisées (Gai. méd. de Paris, 1855, p. 212-213).

MASSES NÉOPLVSIQLES D\NS LES VAISSEAUX LYMPHATIQUES. 5i

sang lui-mêiiie^. Je neveux pas nier absolument ce fait, car il est toujours très-périlleux de nier catégoriquement ce que quelqu'un dit avoir positivement vu. Il y a cependant de nombreuses sources d'erreur-: ainsi il arrive que l'on trouve dans le sang de grantls éléments cellulaires ; ce ne sont pas nécessairement des éléments de la tumeur. Dans les cadavres il se détache de la surface in,terne des vaisseaux des cellules epitheliales qui se mêlent au ^^ng» La rate fournit probablement aussi de grands éléments que ^^on peut prendre pour des cellules de tumeur. Il faut en pareille matière être très-prudent. Mais j'ai vu moi-même des cas indubitables où des fragments entiers de tumeur, d'une grandeur déjà iiççonnaissable à l'œil nUr s'étaient détachés de cancers des veines ,^t étaient arrivées dans l'artère pulmonaire; on a aussi observé dans la lymphe du canal thoracique, des éléments qui présentaient du moins la plus grande analogie avec ceux du cancer^. j-,,-,,Ç;es considérations rendent, en tout cas, très-vraisemblable la possibilité du transport, dans certaines circonstances, de particules jiji^o,r(|liologique^,Jjljesjl, W^ uuj^cas, çù une propagation de

«ssb JiJüion- ■' ■ ■ ''

ce genre est beaucoup plus probable que celle qui ne se ferait

ïîg. 5. Cancer peritoneal disséminé, consécutif à un cancer primitif de l'estomac. Auréoles de pigment autour des petits noyaux cancéreux.

' Andral , //éma<o/or/Je pathoL, 1843, p. 179. — EeWer, Archiv für Mikroskopie u. Chemie, 1846, livr. 1. — Wernher, Zeilschrift, für rat. Medicin. Nouvelle série, 1854, t. V, p. 109. — Rokitansky, klhj.path. Anat., 1846, p. 553.

-Virchow, Medic. Zeitumj d. Vereins f. Heilk. in Preussen , 1846, no 35, p. 165. Gesammelle Abhandl., p. 163.

'A. Buez, Du cancer et de sa ciirabilitè. Paris 1860, p. 59, pi. III, fig. 1.

que par les sucs seuls; c'est la propagation telle qu'on l'observe, ' en particulier, dans les grandes cavités séreuses où la maladie part d'un organe déterminé. Quand il existe, par exemple, primitivement un cancer de l'estomac, qui s'étend jusqu'à la séreuse, il n'est pas rare de voir le péritoine devenir le siège d'une éruption cancéreuse multiple, mais non uniforme; au contraire, en des points souvent très-éloignés et précisément disposés de façon à être contaminés par les substances qui glissent ' le long de la surface peritoneale de la paroi abdominale , par exemple dans les environs des ligaments latéraux de la vessie, dans l'excavation recto-vésicale , recto-utérine ou utéro-vésicale. Dans ces [joints se forment de nouveaux petits îlots de tumeur,' ' une seconde génération de nodosités, absolument comme si l'on:' eût répandu une semence ^ qui aurait germé çà et là où elle ' serait tombée. Je ne puis mieux comparer cette apparence qu'à l'arbre ou au buisson que l'on rencontre quelquefois sur le versant d'une montagne et pour lesquels il faut admettre qu'ils y ont certainement été semés, que probablement des graines, en tombant du haut de la montagne , arrêtées par quelque point saillant, s'y sont fixées et y ont pris racine.

Ce ne sont point là des preuves absolues : aussi me déterminentelles à ne porter qu'un jugement très -réservé sur le mode de propagation , de telle sorte que je ne conteste pas la possibilité du détachement de particules de tissus qui , entraînées , deviendraient le germe de la maladie dans un nouveau point^. Mais je tiens pour invraisemblable que la propagation par transport à distance de parcelles de tissu soit la règle. Précisément dans les cas les plus exquis de cancer des veines ou des vaisseaux lymphatiques, on ne trouve souvent aucun noyau métastatique , ou bien ces noyaux ne sont que très-peu nombreux et petits, tandis qu'au contraire la dégénérescence du côté des veines ou des lymphatiques manque totalement dans les cas de lésions métastatiques des plus multipliées. Il fallait, d'après cela, se bien garder de tirer des règles générales de quelques cas isolés. Il est probable que les deux modes de contagion existent, mais je n'en tiens pas moins la contagion purement humorale pour la plus importante. Gomme

■ Path. c.elluL, p. 181.

• Gesammelte Ahhandluiujen , p. 53.

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