DISSÉMINATION
les éléments cellulaires dans l'intimité de la tumeur doivent être regardés comme les éléments qui produisent les sucs nuisibles, ils pourront aussi être porteurs de ces sucs dans les points éloignés. On peut établir avec certitude par l'observation que ces cellules, répandues en quelque sorte comme des semences, ne donnent pas par elles-mêmes naissance aux nouvelles tumeurs; que les nouvelles nodosités ne se développent pas par une sorte de germination des cellules déplacées, mais que les tissus préexistants subissent, en leur lieu et place, l'atteinte morbide'^, et que, procédant d'eux et uniquement par un travail local de prolitération, les soi-disant métastases, les nodosités secondaires se produisent. Il s'agit ainsi toujours d'une infection qui s'exerce par la partie détachée de la tumeur sur le tissu local, et la dissémination elle-même, par les éléments de la tumeur, nous conduit nécessairement a regarder ces éléments comme les agents de transport et les organes générateurs d'un principe infectant , qui , de son c(Mé , n'est pas nécessairement lié aux éléments cellulaires.
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(22 novembre 1862.)
Étiologie des tumeurs néoplasiques.
Dyscrasie et cachexie. Doctrine névro- pathologique. Disposition locale des tissus. Hérédité : tumeurs congénitales, ju'édisposition (faiblesse). Lésions préexistantes: cicatrices, vices de conformation congénitaux, inflammations. Situation, structure et fonction des organes. Altérations mécaniques. Rétention des testicules. Siège de prédilection et immunités. Disposition dilTérente à la production des tumeurs primaires et secondaires (métastases). Diatliôse constitutioimelle. Causes locales et développement de tumeurs homologues dans des dyscrasies spécifiques.
Les caractères que l'on regarde comme nécessaires pour établir l'hétérologie d'une tumeur sont les suivants :
1° La progression locale , l'accroissement par la formation de nouveaux foyers accessoires autour de la nodosité-mère, l'action de ronger lorsque la tumeur s'ulcère, ce qu'indique depuis le moyen âge le nom de cancer. Cancer, en effet, dans le sens du moyen âge, exprime l'action rongeante de la tumeur ulcérée et non celle de la tumeur avant l'ulcération.
2° La récidive sur place après l'extirpation.
3° Valtération des glandes lymphatiques.
ll° La formation de foyers métastatiques dans des organes éloignés, la généralisation.
Toutes ces propriétés, nous l'avons vu, s'expliquent bien plus naturellement par une infection secondaire que par une dyscrasie primitive; car^ pour ce qui est de la récidive après une opération, l'observation permet de voir facilement que très-souvent l'extirpation n'est pas complète^. Lorsque l'on a extirpé une tumeur
* John Pearson, Pract. obs. on cancerous complaints. Lond. 1793, p. 32.
et que l'on croit l'avoir enlevée en totalité, tandis qu'on a laissé persister une zone dans laquelle l'altération morbide existe déjà a un état peu avancé dans les lèvres de la plaie , il est évident que ce point pourra devenir avec la plus grande facilité le point de départ d'une nouvelle tumeur. C'est là, comme cela a déjà été dit plus haut (p. /i6), non pas un simple raisonnement, mais le résultat direct de l'observation, que l'on peut contrôler très-facilement : il suffit chaque fois d'examiner soigneusement les bords de la partie extirpée. io '-»i.ut.iy nb Jun'itJiiL
Dès l'instant oii la propagation de tous ces nouveaux foyers morbides, le développement des noyaux secondaires se comprend beaucoup plus naturellement par une infection secondaire que par une dyscrasie primitive, il est permis de révoquer singulièrement en doute une dyscrasie primitive qui devrait expliquer le point de départ de la tumeur primitive. Car le mode de développement des noyaux secondaires renverse en réalité toutes les raisons qui pouvaient nous déterminer à admettre une dyscrasie pour explic{uer la formation de la tumeur primitive. On en appelle toutefois souvent encore à un autre phénomène symptomatique , qui est l'objet d'un malentendu complet : à la cachexie , à la mauvaise mine des malades , à leur nutrition incomplète , à la diminution des globules rouges du sang (anémie , oligaemie) , aux troubles de la digestion et qui sait encore à quoi. Tout cela existe, ce n'est pas douteux; mais il est tout aussi indubitable que rien de semblable ne s'observe dans d'autres cas de tumeurs malignes parfaitement marqués. En examinant les cas où il y a cachexie, on voit d'autre part celle-ci être en grande partie la conséquence de la marche locale de la tumeur ; elle est due tantôt à la grande consommation de substances organiques qui s'y fait , tantôt à des hémorrhagies considérables , à de fortes déperditions de sucs ou à des états putrides : toutes conditions qui réagissent sur l'organisme entier. Lorsque chez une personne il se développe une tumeur maligne de l'utérus , elle n'est d'ordinaire pas cachectique à l'époque de la première apparition de la tumeur ; c'est ce qui a conduit , seulement dans ces derniers temps , à découvrir les tuuieurs utérines dans les premières périodes de leur développement, depuis que l'on a commencé à examiner avec plus de soin et plus fréquemment les altérations locales.
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Mais lorsque plus tard survient l'ulcération qui ronge de plus en plus et s'accompagne de fortes pertes sanguines ou autres, alors nous voyons se développer ces états cachectiques, états qui se rencontrent identiquement les mêmes dans beaucoup d'autres affections ulcéreuses et qui n'ont rien de spécifiquement cancéreux.
Dans certains cas, on a bien relevé le teint tout particulier (jaunâtre ou terreux) de ces malades. Gela arrive en effet. Mais on rencontrerait de grandes difficultés si l'on voulait, au moyen de ce caractère, diagnostiquer le cancer. On voit d'ordinaire les plus fortes colorations de la peau^ dans les cas oii les organes digestifs , surtout l'estomac et peul/-être le foie , sont affectés , en dehors des troubles généraux et locaux de nutrition , que l'on conçoit aisément, en songeant à la fréquence de l'altération concomitante des glandes lymphatiques épigaStriques et mésentriques. Mais ce sont plutôt là des symptômes accidentels, qui ne procèdent nullement de la dyscrasie^. Il suffit, pour être édifié à tout jamais sur l'insuffisance de ce caractère , de voir un individu , avec les apparences de la santé la plus florissante et le teint le plus pur, ne pas moins porter une tumeur maligne.
Il serait très-risqué, après ces prémisses , d'avancer que l'état des sucs de l'économie soit parfaitement indifférent au développement des tumeurs et qu'il ne faille rapporter celles-ci qu'à des altérations locales. Ce n'est, en aucune façon, ma pensée. Il est d'observation qu'un trouble général de la nutrition fait naître certaines dispositions dans le corps, et que, par suite, certains organes sont plus disposés que d'autres à subir l'atteinte morbide ; je regarde comme très-admissible qu'une maladie antérieure quelconque, qui a amené dans le corps une altération de la nutrition en général , une altération de la masse sanguine ou quelque altération organique, puisse avoir l'importance d'une cause prédisposante. Mais il y a une grande différence entre considérer ces états de dyscrasie et d'altération nutritive, seule-
' Dans la sixième leçon je reviens encore sur un cas particulier de cachexie.
' Phil. de Walther prétendait qu'il n'y a pas qu'une seule et unique physionomie cancéreuse, mais qu'elle varie dans les difl'érents cancers, par exemple le cancer de l'estomac, de l'ovaire, du rectum, de la face (Gräfe und Walther, Journal, V, p. 218), Si cette opinion était la vraie, elle ne serait que plus favorable à l'importance deutéropathique de ce signe.
ment comme cause prédisposante ou y voir la cause essentielle, efficiente du mal. Suivant que l'on adopte l'une ou l'autre de ces opinions, on se conduira d'une façon très-difïérente dans. la pi;^tique. 'ii<if(uii oTfnfffîhi^rK M!t*?'>
On n'a jamais opposé avec une grande conséquence les idées névro-pathologiques aux doctrines humorales en matière de tumeurs. Il y a bien eu quelques névro-pathologis tes enthousiastes qui ont cru trouver précisément dans les rapports de l'appareil nerveux la cause immédiate de tout développement de tumeur. Il n'est pas difficile , en particulier lorsque l'on s'occupe de la littérature spéciale des tumeurs, de trouver de nombreuses autorités qui prétendent que des influences morales dépressives, comme des soucis et des chagrins, que des lésions directes des nerfs ou des affections fébriles graves ont donné lieu au développement de tumeurs. Ce genre de causes a été surtout mis en jeu pour le cancer de l'estomac^; mais les raisons qu'on en donne sont trèsfaibles, et Barras- n'a certes pas tort de croire que bien des soidisant prodromes nerveux sont déjà eux-mêmes des symptômes du cancer de l'estomac. D'autre part, il résulte de la statistique que le canoer en général , comme le cancer de l'estomac en particulier, est plus fréquent chez les gens aisés que chez les indigents^, et on pourrait en conclure que les classes les plus nerveuses de la population y sont plus exposées. ÎMais cette explication est trèsproblématique ; elle est insoutenable lorsque , sans se borner au cancer, on considère aussi d'autres tumeurs. En tous cas, l'influence des nerfs ne saurait agir autrement qu'en amenant un aff'aiblissement du corps, qui pourrait avoir une importance égale à celle des troubles de nutrition en général : ce serait une cause prédisposante^.
Parmi les observateurs de nos jours, il en est un seul qui a émis une théorie plus plausible pour la doctrine névro-pathologique; ce fut Schröder van der Kolk, mort récemment. Il y a déjà une série d'années, dans des recherches qui se faisaient sous
* René Prus, Recherches nouvelles sur la nature et le traitement du cancer de l'estomac. Traduit en allemand par Balling. Wiirzbourg 1829, p. 64.
- narras. Précis analytique sur le cancer de l'estomac. Paris 1842, p. 14.
^Waller Hayle Walslie, The nature and trealment of cancer. Lond. 1846, p. 159. — Marc d'Espine, dans Y Écho médical. Neucli. 1838 , t. H , p. 322.
*Palh. celluL, p. 262. — Virchow, Handbuch der spec. Path. u. Therapie, I, p. 276.