TROUBLES NERVEUX
sa direction sur la régénération des os fracturés^ , il se rencontra un cas où , chez un lapin auquel on avait fracturé la jambe après avoir sectionné les nerfs de la cuisse, il se forma dans la cavité médullaire, au lieu d'un cal régulier, une tumeur molle à l'extrémité de chacun des fragments du tibia ; Schröder crut avoir affaire à un fungus médullaire. J'ai vu moi-même, à Utrecht, cette pièce qui m'intéressait beaucoup ; seulement je n'ai pu y rien distinguer qui pût me déterminer à prendre cette lésion pour du cancer. On peut facilement donner lieu à des productions identiques chez des lapins, en leur fracturant la partie moyenne du maxillaire inférieur. A cette place il n'y a pas de lésions considérables de nerfs , parce que c'est là que se distribuent leurs rameaux terminaux ; si la fracture est médiane , ils ne s'y trouvent que bien peu intéressés. JMais les os fracturés se déplacent continuellement lorsque le lapin remue ses mâchoires, et les fragments frottent l'un contre l'autre; il en résuite une irritation persistante et il se forme une espèce de tumeur. Mais ce sont là des tumeurs inflammatoires qui ne renferment rien d'autre que des tractus de tissu connectif s'entrecroisant dans différentes directions , quelquefois du tissu osseux , du pus et des granulations , mais rien moins que du cancer et encore bien moins un cancer dont la malignité serait constatée. Ah ! si l'on était arrivé à produire des tumeurs qui aient amené plus tard des métastases , alors je consentirais à me rendre ; dans le fait, je ne puis m'empêcher de dire que, d'après ma conviction, le cas en question a été faussement interprété, et que, par suite, il n'est pas nécessaire de l'expliquer. Schröder- pensait que la production d'un cancer, dans son cas, ne se concevait pas autrement que comme une conséquence du défaut d'influx nerveux ; la force régulatrice qu'il attribuait au système nerveux , avait manqué au travail régénérateur dans le point fracturé. Les éléments nouveaux de tissus s'étaient développés par eux-mêmes comme des êtres parasitiques , n'avaient pas revêtu la forme du cal suivant la loi typique du corps, mais avaient continué à proliférer à l'état de cellules et avaient constitué
* Janus Wittop Koning, De vi nervonim in ossiuin regeneratione. Diss. inaug. Trajecti ad Rh. 1834, p. 60,
- Aanteekeningen van de Sectie-Vergadering van het Prov. Utrecht, Genootschap ., 29 junij 1847.
ainsi une sorte d'enfants perdus qui n'étaient pas arrivés à produire le résultat en vue duquel ils avaient été formés dans le principe. Mais ce n'a été qu'un essai unique et je ne le considère pas comme probant. Nous avons, au contraire, un grand nombre d'expériences où, chez des animaux de toute espèce, on a produit des fractures des extrémités après avoir sectionné les nerfs , et cependant il ne s'est pas développé de cancer^ ce qui aurait dû arriver infailliblement ou fois ou l'autre, si la cause déterminante en était la suppression de l'influx nerveux. 'y>v.oy.?.s»sv
Si, d'après cela, on ne peut trouver ni dans le sang ni daiis l'appareil nerveux , le point de départ que l'on cherche pour les tumeurs , on en arrive tout naturellement aux tissus d'où procèdent les tumeurs par un travail continu de prolifération. A ce sujet il est à noter avant tout un fait très -important qui a une valeur considérable dans l'histoire des tumeurs , c'est la disposition locale aux tumeurs. Ici se présente , en première ligne , la transmission héréditaire, qui peut être considérée comme indubitable, car elle a porté sur les différentes formes des tumeurs, et a été établie avec certitude soit au moyen des tables généalogiques exactes de certaines familles , soit par de grands relevés statistiques. jMais, dans ce nombre, il faut de nouveau distinguer différentes catégories.
La disposition héréditaire se trahit parfois de très-bonne heure, de telle sorte que la production nouvelle existe déjà lors de la naissance et qu'elle est par conséquent congénitale dans le sens propre du mot. Gela est surtout vrai pour une série de formes de petites tumeurs que l'on désigne sous le nom de nœvi. Dans certaines familles, les nœvi sont héréditaires, de sorte qu'en des places déterminées du corps surviennent de semblables tumeurs^. Ces naevi n'ont d'ordinaire aucun cachet de malignité, mais ils sont quelquefois en nombre plus ou moins grand sur le même individu. Il est naturellement difficile d'établir jusqu'à quel point ils existent dans les organes internes; à la surface du corps, ils sont non-seulement fréquents , mais encore très-variables d'aspect , comme le montrent déjà leurs noms (naevus verruqueux , pileux , pigmentaire, vasculaire, lipomateux). Nous voyons se rapprocher le
* À pisis Pisones, ciceribiis Cicerones, knlibus Lentulos appellalos esse. oci: